17 Janvier 2019

Sénégal: Manifestations des jeunes de l'opposition - La conséquence de mesures «impopulaires»

Après avoir demandé aux leaders de revoir leurs stratégies face au pouvoir, basées sur des «conférences de salon», en descendant dans les rues pour des actions, des jeunes de l'opposition sont passés à l'acte.

La soirée d'avant-hier mardi, ils ont barré la VDN, essuyant des jets de grenades lacrymogènes des Forces de l'ordre qui ont dû faire face à une sorte de guérilla urbaine dans d'autres rues de Sacré-Cœur, Liberté VI. Ces manifestations sont la conséquence de mesures prises par les autorités depuis bientôt un an.

Le directeur exécutif d'Amnesty International/Sénégal, Seydi Gassama, en est convaincu. S'exprimant sur les ondes à de la radio Sud Fm, il estime qu'elles sont la suite logique de la décision du Conseil constitutionnel.

Alors que le journaliste formateur et analyste politique, Ibrahima Bakhoum, trouve que c'est une situation qui peut mener à la dérive.

Dès lors, il n'y «aucune raison pour le Sénégal de négliger ce qui est en train de se produire» car «une étincelle peut suffire à embraser la campagne» pour la présidentielle du 24 février 2019, prévient-il.

IBRAHIMA BAKHOUM, ANALYSTE POLITIQUE : «Aucune raison pour le Sénégal de négliger ce qui est en train de se produire»

«Une étincelle peut suffire à embraser la campagne. Le 23 juin 2011, le président Abdoulaye Wade n'avait vu qu'une brise passagère.

On n'a vu la suite. Aujourd'hui, tout ce qu'il y a eu comme frustration et engagements non respectés ont fait que de vastes espaces de la prairie se sont asséchées ou elles ont commencé à se faner.

Pourvu que la brise ne débouche sur un avis de tempête. Il n'y a aucune raison pour le Sénégal de négliger ce qui est en train de se produire.

Il vaut mieux essayer d'éteindre ces étincelles tout de suite, si c'est possible. Mais l'éteindre veut dire remonter aux causes de cette situation. Le processus jusqu'à maintenant a été longuement faussé.

En vérité, depuis la veille des dernières législatives, il y a menace sur le processus démocratique et électoral en général. C'est pourquoi, plus on avance, plus on s'approche au feu; alors que chacun a du pétrole avec lui. Le pouvoir qui dit: «force restera à la loi» et «faire du forcing», c'est un problème.

L'opposition peut également dire: «de toute façon, qu'on le veuille on non, il faudra que cela se passe ainsi», en insistant sur ce qu'elle veut. Ici, au Sénégal, la démocratie se pose sous forme de règlement de compte entre le vainqueur et les vaincus.

Personne ne veut désormais être le vaincu, surtout quand on a été initiateur du règlement de compte. Tout le monde se met à tirer comme on le fait maintenant, sans qu'on se mette à plat, sans s'assoir et discuter parce que le Sénégal vaut mieux qu'une pléthore de mandats. C'est le Sénégal qui doit compter.

Mais, si une personne veut se permettre de tout faire pour la bonne raison qu'elle est détentrice de pouvoirs et qu'en face, il y a des gens qui tirent en se disant: «nous aussi nous réclamons nos droits», si personne ne veut laisser une partie de ce qu'il tient, la tension qui a commencé à s'installer devient une étincelle qui peut s'enflammer.

Et le Sénégal sera le seul perdant, le peuple dans sa grande majorité et dans tous les secteurs: économie, stabilité, intégrité territoriale du pays qui peuvent tous être menacés dans une situation comme l'Afrique de l'Ouest où on commence à se positionner, à se compter en terme de groupe ethnique.

Aucun pays, aujourd'hui, n'a le droit de laisser une situation comme telle continuer, rien que pour des élections, alors que les règles du jeu ont été faussés depuis très longtemps».

SEYDI GASSAMA, DIRECTEUR EXECUTIF D'AMNESTY SENEGAL : «C'est la conséquence des différentes mesures depuis bientôt un an»

«C'est une conséquence logique des délibérations du Conseil constitutionnel. Il fallait s'attendre à ce que les mécontents puissent manifester. Dans une démocratie, c'est un droit légitime de manifester lorsqu'on n'est pas content.

Mais, je dois dire à ces leaders de l'opposition et à tous leurs militants, que ces manifestations doivent être pacifiques.

Elles ne doivent pas être une atteinte aux biens des personnes ou de ceux de l'Etat. Je voudrai dire au ministre de l'Intérieur et au préfet de Dakar, qu'une manifestation non déclarée n'est pas obligatoirement illégale, en droit international.

On prévient l'autorité afin qu'elle encadre la manifestation, mais une manifestation non déclaré n'est pas forcément illégale. Et les manifestations qu'on observe actuellement à Dakar, sont pacifiques et personne ne doit les réprimer.

Cependant, la tournure des événements est très inquiétante. On ne sait pas comment est-ce que ces manifestations vont évoluer dans les jours à venir, mais tout cela, c'est la conséquence des différentes mesures qui ont eu lieu depuis bientôt un an.

Depuis l'adoption de cette loi sur le parrainage sans consensus, il fallait s'attendre à ce que la tension persiste et qu'on aboutisse aujourd'hui à ce qu'on est entrain de voir, des manifestations de rue.

Il faut qu'on arrête de jeter les lacrymogènes à des gens qui manifestent de façon pacifique, même si la manifestation n'est pas portée à la connaissance du préfet».

Sénégal

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