Guinée: Un élu arrête de siéger pour dénoncer l'actuelle législature

17 Janvier 2019

En Guinée, le mandat des députés est prolongé au delà du 13 janvier, date de son expiration. Alors que ses collègues se taisent, un élu décide de ne plus se rendre au parlement, invoquant l'illégitimité de l'institution.

Le mandat des parlementaires guinéens a pris fin, puisque ceux-ci sont entrés en fonction le 13 janvier 2014 pour un mandat de cinq ans. Le président Alpha Condé, après avoir consulté la Cour constitutionnelle, a pris un décret prorogeant le mandat des députés jusqu'à l'élection d'une nouvelle Assemblée. Seulement, personne ne sait à quelle date cette élection va avoir lieu.

La classe politique prudente

Contrairement à son habitude, l'opposition guinéenne se montre prudente sur le sujet.

La plupart des acteurs politiques s'abstiennent de contester la prorogation. Interrogés, certains députés se défendent en rappelant que l'organisation des élections n'est pas de la compétence de l'Assemblée nationale.

Selon le député Daouda David Camara, "il y a une institution spécialisée en la matière qu'on appelle la Céni. Nous irons à ces élections quand la Céni nous convoquera pour y aller. Beaucoup de députés se sont déjà prononcés sur la situation. Ou alors il faut nous dire : messieurs les députés votre mandat est terminé, rentrez chez vous."

Institution "illégitime"

Un autre député, Ousmane Kaba, président d'un parti politique, affirme cependant qu'il ne va plus siéger dans l'hémicycle parce que, dit-il, "le peuple de Guinée nous a donné un mandat de cinq ans. J'ai estimé que ceci est conforme à la constitution de la Guinée. Alors, plus tard, on a fait un décret pour prolonger. Ce qui est légal mais je ne trouve pas cela légitime. Je pense qu'on devrait éviter la facilité juridique parce que ce pays a besoin de démocratie. Les responsables chargés de l'organisation des élections c'est-à-dire la Céni et le gouvernement ne respectent pas les délais constitutionnels."

Certaines voix soutiennent déjà le couplage des élections législatives à la présidentielle en 2020. Mais la société civile guinéenne ne défend pas cette option. Elle entend ainsi faire pression pour amener l'Etat guinéen à organiser l'élection des parlementaires dans les plus brefs délais.

La société civile insatisfaite

Aboubacar Koïta, membre des Forces sociales de la société civile guinéenne estime par ailleurs que cette Assemblée nationale n'a pas été à la hauteur de sa tâche.

"Si l'élection n'est pas organisée et qu'on couple les deux élections en 2020, alors nous n'allons pas l'accepter", affirme l'activiste dans une interview à la DW."

A l'en croire, la société civile entend "utiliser les moyens de pression nécessaires pour que les lois de la République soient respectées. Pour débarrasser notre pays de cette Assemblée nationale qui a montré toutes ses limites et qui n'est plus dans la légalité. Il va falloir que ces députés fassent leurs bagages et quittent notre Assemblée pour nous doter d'une autre plus crédible."

Mais cette situation est loin d'être exceptionnelle en Guinée. Depuis l'an 2000, toutes les Assemblées nationales qui se sont succédées ont dépassé leur temps de mandature.

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