17 Janvier 2019

Congo-Brazzaville: Musique - Un détour historique du succès de Bala-Bala

Le Congo a eu des orchestres de renom ayant marqué l'histoire de sa musique, parmi lesquels le groupe Bala-Bala de la police qui a fait parler de lui les années 1970 jusqu'aux années 1990.

L' orchestre Bala-Bala a été créé par des jeunes qui venaient d'être recrutés dans la police par voie de concours, en 1974. Il s'agissait de Georges Kilébé, colonel à la retraite et actuel préfet du département du Pool, le colonel Ibéla Ibele, Fiacre Félicien Lembala, Okombi Likita, le colonel Yves Gérard Mboungou, Hilaire alias Debase, Jean Olokatila alias Mopépé et Nina Milongo. « Il a été créé sur la volonté de la direction politique de la sécurité publique, c'est-à-dire la police. C'était l'instrument de propagande du parti. Nous avons été recrutés lors d'un concours d'entrée à la police en 1974 et nous sommes entrés dans la police en décembre de cette année après notre admission. Quand nous arrivions, nous trouvions un groupe d'embryon culturel qui était à la fois ballet, groupe vocal... Après s'en est suivie la formation commune de base au camp 15-août en 1975. Tendant vers la fin de la formation commune de base, des grands comme Fiacre Félicien Lembala, Ibéla Ibel, Okombi Likita vont penser qu'il fallait créer un groupe de musique », se souvient Georges Kilébé.

Et d'ajouter: « Quand nous avons fini la formation, Fiacre Félicien Lembala et Ibéla Ibel nous ont rassemblés et nous sommes allés à la production. On va jeter donc les bases de l'orchestre Bala-Bala à Brazzaville ».

Ils seront rejoints par Madzou Faucon, Jean Louis Akouala alias Izo, Pascal Mbiapia et François Oko. Les répétitions vont commencer en juillet 1976 sur la terrasse de l'hôtel Cosmos. Appelé encore l'orchestre de la police, le groupe va devenir Bala-Bala (la voie publique) pour symbolyserl'environnement dans lequel travaille la police.

Les chansons du groupe portaient beaucoup plus sur des thèmes engagés dont les plus célèbres étaient "Papa akéyi", chantée pendant la mort du président Marien Ngouabi. Il y avait des chansons sur le congrès, sur la révolution, les réalisations du président de la République, etc.

En 1978, Bala-Bala va décider d'aller au studio. L'orchestre traversera le Pool Malébo pour enregistrer aux éditions Vévé, à Kinshasa, trois titres : "Code de la route", "Bala-Bala awelaka té" de Claude Alain Yakité, journaliste et sympathisant de l'orchestre, et "Bé liboso", composé par Georges Kilébé.

Malgré le succès que connaîtront ces chansons, elles ne seront pas produites sur disque 33 ou 45 tours. Mais elles étaient jouées sur la chaîne nationale. Par contre, la prochaine entrée au studio, cette fois-ci à l'Industrie africaine de disque, en 1986, donnera des chansons comme "Yaka ko" de Mouanga Jagger, drummer de l'orchestre, "Bozin" de Ibela Ibel et un titre de Georges Kilébé. Contrairement au tout premier, celui-ci sera mis sur le marché du disque. « Quand notre orchestre il jouait, il était confondu à Bella-Bella des frères Soki de Kinshasa. Claude Alain Yakité avait la voix ressemblant à celle de Soki Vangu. Un jour, alors que nous étions en train d'enregistrer, Verkys arrive dans le studio et s'en prendra à son personnel, lui rappelant qu'il avait interdit de recevoir Soki Vangu. On lui dira que ce n'était pas lui mais un Congolais de Brazzaville qui chante. Il était ému », s'est rappelé Nina Milongo, indiquant qu'« à cette époque, la chanson "Code de la route" cartonnait. Quand les chauffeurs de taxis ou de bus l'entendaient, ils étaient obligés de se conformer au code de la route. La police n'était pas seulement la répression mais nous éduquions aussi. En retour, nous notions l'immatriculation de la voiture. S'il arrive que la prochaine fois le chauffeur récidive, à ce moment-là, nous la placions en fourrière ».

Jean Aive Alakoua est arrivé dans la police en s'occupant du patrimoine et de la culture. Il avait donc en charge cet orchestre. Il rejoindra les Bala-Bala en 1984. Il jouait à la guitare et au synthé mais chantait également. « Au départ, je n'étais pas encore musicien du groupe mais je devais assurer le suivi de ce qui se faisait. Puisque j'avais aussi un côté musicien, j'ai commencé à chanter, à répéter toutes les chansons avec eux. Par respect, personne ne pouvait me repousser parce que j'étais le chef. Plus l'album faisait du chemin, plus nous avions la place au sein de la police. Puisque l'orchestre était devenu une institution ; il avait désormais des officiers », a témoigné Jean Aive Alakoua.

Il lui revenait aussi d'assurer la promotion des albums que sortait le groupe. Il travaillait ainsi avec les chroniqueurs culturels de l'époque comme Georges Tabas, Jean Raymond Albain Lébanda, Charly Noël, Richard Mouyeni, etc!., tous de la Radio télévision congolaise.

Malgré le succès fulgurant que connaissait Bala-Bala, il avait du mal à se faire accepter au sein de l'administration de la police. C'est le colonel Thomas Bakala alias Rex, qui plaidera auprès de la hiérarchie pour que cette question soit réglée. A leur époque, le groupe chantait plus pour le succès. L'argent de la vente des disques ne leur était pas reversé. « Il n'y avait pas de profit. Le producteur, c'était la direction générale de la sécurité publique. Ils nous ont mis en studio. Ils ont assuré la production et la distribution du disque. On ne pouvait pas demander des comptes à la sécurité publique, parce que c'était elle qui nous gérait », a-t-on appris.

L'arrivée de la démocratie et du multipartisme viendra malheureusement disloquer l'orchestre à cause de la donne politique qui avait changé. La police était devenue apolitique. Ce qui avait donné un véritable coup à l'orchestre. L'avant dernière présentation publique remonte entre 1994 et 1995, lorsque le général Paul Mbote était directeur général de la police, au cours d'une cérémonie où il devait recevoir une délégation de l'Interpol. Et la dernière remonte à 2011 lors du mariage de la fille de Georges Kilébé.

Il sied de rappeler que l'orchestre Bala-Bala a fait presque le tour du Congo. Il n'était pas le seul groupe de la force publique à faire la propagande du parti unique. Il y avait d'autres orchestres militaires comme Aéro Ndos du Groupement aéroporté, Flotte musique de la Marine et Inter music.

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