Sud-Soudan: Un mois après le début des manifestations, quel avenir pour le mouvement

Un mois jour après le lancement du mouvement de protestation, des Soudanais ont à nouveau manifesté vendredi 18 janvier à Khartoum contre le régime d'Omar el-Béchir au lendemain d'une journée marquée par la mort de protestataires.

« Nous ne nous arrêterons pas », « Nous n'avons pas peur », ont encore scandé les manifestants dans les rues de Khartoum vendredi, au lendemain de la mort de protestataires au cours de rassemblements.

« Seules deux personnes sont décédées et non trois », a tenu à insister le porte-parole de la police, le général Hashim, assurant que les forces de sécurité n'avaient pas tiré à balles réelles sur les protestataires. Un bilan qui contredit celui de témoins qui évoquaient eux trois morts.

Une cinquantaine de morts et plus 1 200 détenus

Les manifestations qui ont débuté le 19 décembre dernier après le triplement du prix du pain ont pris très vite une tournure politique. En un mois, la réponse sécuritaire aurait fait une cinquantaine de morts parmi les manifestants, des centaines de blessés et plus de 1 200 détenus, selon l'Association des professionnels soudanais qui a pris la tête de la contestation. Le régime, lui, reconnaît l'arrestation de plus 800 personnes. Parmi eux figurent plusieurs responsables politiques de l'opposition.

Un mouvement économique, mais aussi politique donc, qui reflète le ras-le-bol des Soudanais d'un régime qui tient le pays d'une main de fer depuis 1989 et qui est tenu pour responsable de la très mauvaise situation dans laquelle se trouve le pays.

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Face à l'ampleur du mouvement, le gouvernement soudanais a tenté de contenir cette colère. Dès le mois de janvier, les fonctionnaires doivent être augmentés, des mesures contre l'inflation ont été mises en place. Mais ces mesures ne semblent pas convaincre une grande partie des Soudanais qui réclament un changement radical.

Confronté à une inflation qui a atteint plus de 72 % en décembre dernier, à un manque de liquidités, à la corruption généralisée, à une monnaie nationale qui dégringole face aux dollars et aux devises qui manquent dans les caisses de l'Etat depuis la séparation du Sud en 2011, le gouvernement a donc une marge de manœuvre limitée.

Un mouvement qui risque de durer

Le mouvement de protestation risque donc de s'installer dans la durée. Sa continuité forcera le changement, estiment des observateurs.

« Face à ce mouvement, Omar el-Béchir ne pourra plus changer la Constitution comme il en avait l'intention pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle de 2020 », estime Al Tayeb Zein al-Abidine, professeur de sciences politiques à l'université de Khartoum. Il considère qu'une « annonce claire de la part du président sur la Constitution pourra calmer la rue en attendant les élections ».

La solution la plus probable sera alors de négocier politiquement avec l'Association des professionnels soudanais (APS) pour l'intégrer dans un gouvernement transitoire qui organisera les prochaines élections sans Omar el-Béchir.

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Plus de: RFI

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