20 Janvier 2019

Kenya: Les ONG mettent en garde contre le renforcement des mesures de sécurité

Au Kenya, les autorités promettent d'armer les gardes de sécurité privés d'ici 6 mois. Une annonce faite trois jours après l'attaque d'un complexe hôtelier à Nairobi ayant fait 21 victimes et revendiquée par les islamistes shebabs. Une décision censée renforcer la sécurité dans tous les lieux publics, mais qui fait déjà beaucoup de bruit dans la capitale kényane.

Mardi, 15 heures, le commando terroriste abat sans difficulté les deux gardes de sécurité à l'entrée du complexe hôtelier. Les quatre terroristes poursuivent alors leur mission macabre.

Armés, les gardes auraient pu arrêter la progression des terroristes, affirment les autorités kényanes. Ce sera chose faite d'ici 6 mois. Une annonce censée rassurer la population qui appelle à plus de sécurité dans les lieux publics. Mais pour certains observateurs, la perspective d'un Far West kenyan s'avère bien réelle.

Trafic d'armes, corruption, abus de pouvoir. La police kényane jouit d'une réputation peu enviable. Au Kenya, beaucoup de crimes sont commis à l'aide d'une arme à feu provenant de la police elle-même sans que personne ne soit inquiété. C'est ce que rappelle Otsieno Namwaya, chercheur à Human Rights Watch (HRW). Il conclut : « Si vous ne contrôlez déjà pas votre police, comment voulez-vous contrôler des milliers de civils armés ?»

Et pour cause, le Kenya compte près de 800 000 armes privées, dont une grande majorité détenue illégalement. Le taux le plus important d'Afrique de l'Est.

■ Quelle est la puissance des shebabs?

L'enquête continue sur l'attaque du complexe hôtelier de Nairobi par des islamistes somaliens. Neuf suspects ont été arrêtés dans le cadre de l'enquête. Les assaillants appartiennent à la milice jihadiste shebab, affiliée à al-Qaïda, qui se bat depuis 2006 contre le gouvernement somalien afin d'instaurer la charia dans la région. Mardi les assaillants n'étaient qu'une poignée. Les autorités kényanes ont toutefois parlé d'une attaque bien coordonnée, ce qui relance la question de la force de frappe de ce mouvement terroriste.

Huit ans après avoir été chassés de Mogadiscio quelle est la puissance réelle des shebabs ? Autrefois, ils contrôlaient presque tout le sud du pays, y compris le port de Baidoa et la périphérie de Mogadiscio. Aujourd'hui ils ont perdu l'essentiel de leurs bastions.

Ils sont entre 3 000 et 7 000 combattants, estime Washington, qui a intensifié ses frappes de drones contre le mouvement : 47 frappes l'année dernière, 31 l'année précédente.

Il ne faut pas les sous-estimer, mettent en garde plusieurs chercheurs. Les shebabs contrôlent toujours de vastes zones rurales d'où ils mènent des attentats-suicides.

Et l'attaque de Nairobi montre que le groupe n'est pas en déclin, estime Stig Hansen, de l'université d'Oslo : « De 2011 à 2016, les shebabs ont perdu le contrôle d'une grande partie du territoire et ont eu beaucoup de problèmes en interne. Mais depuis, ils ont consolidé leurs positions et ont une puissance considérable. Ils ont une présence importante sur le terrain. Par exemple, dans des régions -qui ont soi-disant été libérées par l'Amison- ils ont réussi à récupérer le soutien de la population. A travers de leurs tribunaux islamiques, ils rendent la justice et ont remplacé l'Etat. »

Une opinion partagée par Harum Maruf, Somalien auteur d'un livre sur les shebabs. Parce que ces combattants frappent peu souvent en dehors de la Somalie, les gouvernements de la région ont tendance à les sous-estimer. Et à les oublier. Ce sur quoi table le mouvement avant de frapper à nouveau, ajoute-t-il.

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