Congo-Kinshasa: Pourtant annoncés ce lundi à Kinshasa - Paul Kagame et ses pairs africains se rétractent !

Photo: New Times
Le président Kagame avec Moussa Faki, président de la Commission de l'Union africaine

Inédit dans les annales diplomatiques de la RD Congo. Cinq Chefs d'Etat africains ainsi que le Président de la Commission de l'Union Africaine (UA) auraient dû atterrir à Kinshasa, ce lundi 21 janvier 2018, en vue de solutionner la crise postélectorale opposant Félix Tshisekedi Tshilombo, proclamé officiellement Président de la République par la Cour Constitutionnelle, à Martin Fayulu Madidi, le challenger malheureux de la Coalition LAMUKA, qui conteste le verdict des urnes.

Avec à sa tête le Rwandais Paul Kagame, Président en exercice de l'UA, cette délégation de haut niveau devrait comprendre aussi les Présidents Hage Geingob de la Namibie, Cyril Ramaphosa de l'Afrique du Sud, Joâo Lourenço de l'Angola, Idriss Deby du Tchad et Moussa Faki de la Commission de l'UA. Déjà le jeudi 17 janvier, à Addis-Abeba, cette organisation continentale déclarait, dans un communiqué, qu'elle prenait au sérieux le doute et les contestations sur la crédibilité des résultats provisoires de la présidentielle en RDC tels que publiés par la CENI et demandait la suspension de la proclamation des résultats définitifs par la Cour Constitutionnelle. Cette dernière a donc court-circuité cette démarche en publiant, aux petites heures du dimanche 20 janvier, les résultats définitifs. Conséquence : visite annulée. Certains dirigeants africains félicitent le vainqueur, d'autres se réservent encore. Prendront-ils part à la cérémonie d'investiture prévue ce mardi 22 janvier ?

Hormis les circonscriptions électorales de Beni ville, Butembo, Beni et Yumbi, le peuple congolais a participé, faiblement d'après les statistiques de la CENI (47%), aux scrutins combinés, la présidentielle couplée aux législatives nationales et provinciales, du 30 dimanche 2018. Depuis la publication des résultats provisoires par la Centrale électorale, seul organe habilité, des vagues de contestations ont été enregistrées. D'abord, celle de la Coalition LAMUKA qui soutient Martin Fayulu, puis celle de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO). En revanche, Cap pour le changement (CACH) incarné par le tandem Tshisekedi - Kamerhe a savouré sa victoire jusqu'à la confirmation par la Haute Cour. Quelques jours auparavant, une enquête menée par des journalistes de TV5 Monde, RFI et Financials Time a révélé, sur base d'un document de près de 2.000 pages soutirés furtivement du serveur central de la CENI de même que de données de la CENCO, que l'ordre d'arrivée au scrutin présidentiel est à l'opposé de celui annoncé par Corneille Nangaa. C'est-à-dire 62,8% pour Fayulu, 17,99% pour Shadary et 15% pour Tshisekedi.

La communauté africaine s'en mêle

En raison de cet antagonisme, la SADC et la CIRGL, deux organisations sous régionales, ont lancé des vibrants appels à la formation d'un gouvernement d'union nationale de même qu'au recomptage des voix de l'élection présidentielle. A l'initiative du Président en exercice de l'UA, le Rwandais Paul Kagame, une double troïka sur la crise politique en RD Congo s'est tenue dans la capitale éthiopienne, siège de l'UA, en vue de dissiper ce spectre de la contestation postélectorale, le jour même de la commémoration de l'assassinat de Patrice Emery Lumumba.

Aussi, une délégation africaine de haut niveau est-elle dépêchée à Kinshasa pour faire triompher la vérité des urnes. Mais, la RDC, qui ne cesse de se targuer de sa souveraineté, a décidé de prendre de court cette mission médiatrice en proclamant les résultats définitifs par la Cour Constitutionnelle. Cette visite multilatérale annulée n'a donc plus d'objet ? Pour sa part, l'Union Européenne affirme toujours que les doutes subsistent sur le résultat de la présidentielle.

Division dans l'arène politique congolaise

«Je me réjouis de ce que les Chefs d'Etat et de Gouvernement de notre continent qui se sont réunis à Addis-Abeba le jeudi 17 janvier en cours, dans le cadre de l'Union Africaine, U.A., ayant constaté des sérieux doutes sur la conformité des résultats publiés par la CENI, préoccupés par la crise électorale dans notre pays et animés par le souci de justice, de paix et de stabilité aussi bien de la RDC que de la Région... », a déclaré Martin Fayulu. Ce même leader rejette la décision de la Cour Constitutionnelle, appelle la population à la contestation, demande à la communauté internationale de ne pas reconnaître Félix Tshisekedi et s'autoproclame Président élu de la RDC.

En revanche, dans le camp du 5ème Président de la RDC, Félix Tshisekedi, l'on sabre le champagne. Et l'on s'attèle aux préparatifs de la double cérémonie de passation de pouvoir avec Joseph Kabila et de prestation de serment. Pour les «combattants» de l'UDPS, parti cher à l'opposant historique Etienne Tshisekedi mort à Bruxelles, cette délégation africaine n'est pas la bienvenue. Même son de cloche du côté de l'ancienne Majorité présidentielle. Il est hors de question de remettre en cause le prononcé de la Haute Cour. L'homme fort de Kigali et ses pairs allaient donc avoir du pain sur la planche, à Kinshasa. Quel sera le dénouement de cette crise postélectorale ? Wait and see.

Installation de nouvelles institutions

Le pouvoir de Kinshasa met les bouchées doubles pour l'installation de nouvelles institutions du pays. Le calendrier prévoit que ce mardi 22 janvier, Félix Tshisekedi Tshilombo soit investi comme nouveau Chef de l'Etat. Aussitôt installé, il va occuper la résidence où logeait le Premier ministre sortant, Bruno Tshibala. Le samedi 26 janvier, s'ouvre la session extraordinaire de la nouvelle Assemblée Nationale sous la houlette du doyen d'âge, Gabriel Kyungu wa Kumwanza de la Coalition LAMUKA. Le FCC de Joseph Kabila contrôle, en effet, les trois quarts de cette Chambre basse du Parlement et la quasi-totalité des Assemblées provinciales. Aussi, le prochain Chef du Gouvernement proviendra-t-il de cette famille politique arrivée troisième à la présidentielle. Ce Premier ministre ne sera donc plus Vital Kamerhe de CACH issu de l'accord de Naïrobi.

Mais, ces nouvelles institutions auront maille à partir avec la puissante Eglise catholique et la communauté internationale, particulièrement l'Occident, qui semblent se ranger derrière Fayulu. La décrispation politique, dont le retour des exilés et la libération des prisonniers politiques, tant réclamée depuis la signature de l'accord de la Saint-Sylvestre sera-t-elle au rendez-vous ? Beaucoup d'observateurs avertis prédisent que le fils de «Ya Tshitshi» sera tout simplement un Président protocolaire qui règne mais ne gouverne pas. Alors qui détiendra le véritable impérium ?

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

A La Une: Congo-Kinshasa

Plus de: La Prospérité

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.