21 Janvier 2019

Sénégal: Pr Boubacar Barry, historien - «Ce pont met fin à la fragmentation de l'espace sénégambien»

Photo: © RFI/Guillaume Thibault
Le nouveau pont entre la Gambie et le Sénégal.

Ce lundi 21 janvier 2019, le chef de l'Etat du Sénégal, Macky Sall, et son homologue de la Gambie, Adama Barrow vont inaugurer le pont Sénégambien de Farafenni. Pour Boubacar Barry, ancien professeur à l'Ucad et spécialiste des questions Sénégambiennes, ce pont va au-delà de la liaison entre les deux pays, car «il met fin à la fragmentation de l'espace Sénégambie».

Avec l'inauguration du pont qui relie la Sénégambie, ce lundi 21 janvier, c'est le rêve de toute une nation que l'on réalise. Tel est l'avis du professeur Boubacar Barry, ancien professeur d'histoire à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad).

L'auteur de «La Sénégambie du XVe au XIXe siècle», estime qu'il s'agit «d'un pont de la grande Sénégambie, un pont ouest africain qui désenclave le Sud par rapport au Nord de la Sénégambie». Il est d'avis que ce «joyau» est bénéfique aux différents pays, dans tous les aspects.

En effet, il explique que ce pont ne se limite pas uniquement à desservir le Sénégal et la Gambie, mais elle «unie également le Sénégal du Nord à celui du Sud.

C'est un pont sénégambien par le sens de la grande Sénégambie et qui inclue à la fois la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie, la Guinée -Bissau, le Mali et la Guinée Conakry.

Ce n'est pas uniquement la confédération de la Sénégambie qui a été mise en place pour unifier le Sénégal et la Gambie, à une époque des années 80 et qui avaient échoués».

Et de relever qu'une «fragmentation a été mis en place par le partage colonial et qui n'est pas de notre intérêt, encore moins de notre futur et qui doit se fixer sur l'unité de l'Afrique de l'Ouest, la grande Sénégambie.

Ce corridor devait exister dès les premières années de l'indépendance». Pour Boubacar Barry, ce pont achevé va améliorer les relations entre «deux Etats qui constituent un seul pays et un seul peuple.

Toute ma vie, j'ai rêvé de ce pont et le jour où j'en aurai l'occasion, je le traverserai à pied pour marquer toute ma joie de voir ce pont qui met fin à la fragmentation de l'espace sénégambien».

«LA GAMBIE VOYAIT LE SENEGAL COMME UNE OMBRE QUI POUVAIT L'AVALER A TOUT MOMENT»

Sur le plan diplomatique, l'historien fait savoir que la construction de ce pont instaure une politique commune entre ces deux Etats qui sont souverains et qui devraient «progressivement abandonner leur souveraineté au profit d'une unification beaucoup plus large et beaucoup plus tournée vers le développement des peuples de cette région».

Pour ce qui est de l'apport économique, M. Barry note: «le temps que les transporteurs gagnent notamment pour la traversée est un gain économique énorme. C'est dommage qu'on ait attendu tout ce temps pour construire ce pont qui devait l'être dès les premières années de l'indépendance.

Sur le plan économique, c'est un gain énorme et on ne doit pas se limiter à un seul pont. C'est plusieurs ponts qui doivent être construit sur tous les parcours de la Sénégambie, de traversée de ses fleuves qui relient la Guinée, la Gambie, la Guinée-Bissau, le Sénégal, dans un vaste espace et qui complémentaire de la vallée du fleuve Sénégal».

Revenant sur le retard relatif à la réalisation d'un tel ouvrage, Boubacar Barry souligne que Jammeh voyait en ce pont une menace pour la sécurité de la Gambie. Des menaces qui étaient fondées dans la mesure où il y avait cette perspective des élections qui hantaient les esprits des gambiens.

«Mais c'est un faux problème parce que la Gambie et le Sénégal sont faits pour être ensemble» et donner aux populations un espace apaisé de libre circulation des hommes et des biens et dans la recherche de leur de honneur réciproque.

C'est l'Etat-Nation. «La Gambie voyait le Sénégal comme une ombre qui pouvait l'avaler à tout moment, mais on a vu que cela n'a jamais eu lieu. Ce n'est même pas dans l'intérêt du Sénégal».

Au contraire, selon lui, ce pont met la Gambie et le Sénégal dans une position de créer un libre espace de circulation des biens et des personnes, de citoyenneté pour le développement des peuples qui sont à cheval sur le Sénégal et la Gambie.

«CE SERAIT DOMMAGE QUE CE PONT SOIT UN FREIN A LA NAVIGABILITE DE CE FLEUVE GAMBIE»

«La Gambie est le creuset de l'Afrique de l'Ouest, tel est l'impact d'un ouvrage de cette envergure dans un espace comme la Sénégambie», se réjouit M. Barry. Néanmoins, il interpelle les autorités étatiques sur la navigabilité du fleuve Gambie.

«La Gambie est le fleuve le plus navigable de l'Afrique de l'Ouest et j'espère qu'ils avaient prévu cela. Parce que les bateaux de haute-mer peuvent pénétrer la Gambie sur prés de 300 milles à l'intérieur des terres. C'est le fleuve le plus navigable et ce serait dommage que ce pont soit un frein à la navigabilité de ce fleuve», a fait savoir l'universitaire.

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