21 Janvier 2019

Sénégal: Inauguration du Pont de Farafénni - Les enjeux d'une diplomatie de bon voisinage !

Le pont érigé sur le fleuve Gambie, entre les villes gambiennes de Farafenni et Soma, sera mis en service à partir de ce lundi 21 janvier, date de l'inauguration de l'ouvrage. Il a couté 50 milliards de F CFA pour un linéaire de 942 mètres de long, sur financement conjoint de la Gambie, du Sénégal et de la Banque africaine de développement (BAD).

En principe, ce joyau tant attendu devra abréger la galère des usagers de la transgambienne, avec à la clé un regain des activités commerciales dans les localités desservies.

Cependant les modalités d'exploitation de ce pont restent toujours inconnues du grand public, alors que les défis sécuritaires détermineront, par ailleurs, la mobilité des personnes et des biens.

Le président Adama Barrow de la Gambie et son homologue sénégalais Macky Sall vont procéder à l'inauguration du pont de Farafenni (Gambie), ce lundi 21 janvier.

L'ouvrage a nécessité un financement de près de 50 milliards de F CFA pour un linéaire de 942 mètres long, selon Abdoulaye Daouda Diallo, le ministre sénégalais des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement, à l'occasion de sa visite des chantiers en juin 2018, en compagnie de son homologue gambien Baye Lamine Job.

Abdoulaye Daouda Diallo a fait observer que «ce pont est issu d'un financement conjoint entre nos deux pays, dans le cadre du désenclavement au sein de l'espace de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

Il est attendu de ce pont les fonctions de corridor entre Dakar, Banjul, Lagos (Nigéria)», via la «Guinée-Bissau et Guinée (Konakry).

A l'intérieur du Sénégal, ce pont contribue dans une très large mesure au désenclavement routier de la région naturelle de Casamance longtemps isolée du reste par l'étendue d'eau entre Soma et Farafenni».

Les ennuis techniques du bac, les humeurs de l'ex-président Yahya Jammeh, l'austérité du climat, l'impraticabilité du tronçon et l'absence d'infrastructures comme des blocs d'hygiène et des hangars d'attente ont fait de la traversée gambienne une géhenne pour les nombreux passagers en partance ou en provenance des régions de la Casamance et du Saloum et le Nord du Sénégal.

S'y ajoute les tracasseries policières obligeant certains usagers à faire le contournement via le Sénégal Oriental (Tambacounda), soit 500 kilomètres de plus pour ceux qui quittent Sédhiou (moyenne Casamance et 600 de plus pour ceux en provenance de Ziguinchor, en basse Casamance

Les options étaient nombreuses et fastidieuses. A partir de Soma, certains conducteurs détenteurs d'un ordre de mission appuyé par une dispense d'acquit font le grand tour sur 205 kilomètres, en passant par Georgetown (McCarthy ou Laminkoto) pour ressortir hélas à Farafenni, non loin du bac déjà contourné, avec à la clé des dizaines de litres de carburants consumés et des ennuis policiers sur 26 check-points.

Certains, au rang desquels des gros porteurs et souvent transportant des fruits, qui sont astreints à faire la transgambienne perdent leurs produits sous l'effet de la chaleur pendant au moins une semaine.

Les embarcadères nord et sud (Yelli tenda et Bamba tenda) du fleuve sont par ailleurs des réserves potentielles de moustiques et autres insectes qui font la fête aux occupants une fois la nuit tombées, avec son corollaire de paludisme et autres pathologies nées d'une allergie pour certains au contact ou à la vue d'un objet fétide.

Au bac, c'était la jungle. Les plus nantis pouvaient venir et sans couper leur moteur de véhicule, monter, avec une arrogance manifeste, directement sur les rampes du ferry pour avoir dégainé des billets de banque à un agent portuaire en poste ou influent à l'embarcadère.

ENFIN LE PONT LIBERATEUR !

Aucun mathématicien ne peut mettre en évidence le nombre de passagers ou d'usagers ayant subi des préjudices à la traversée de la Gambie avec les différents facteurs combinés. Assurément, la mise en service de ce pont va principalement désenclaver la Casamance.

Les produits de cru qui pourrissaient dans des camions immobilisés ne le seront plus, en principe. Ce qui va sans doute impacter sur l'économie des zones pourvoyeuses de ressources naturelles comme les régions de Sédhiou, Ziguinchor et Kolda.

Mieux, et sauf cas de force majeure, plus personne ne doit dormir à la belle étoile sur les sables boueuses des quais d'embarquement.

La kyrielle de complaintes et de préjudices ci-haut relevés devront, en principe, disparaitre selon les exigences de la CEDEAO qui stipulent la libre circulation des personnes et des biens, principe qui existait certes mais n'avait jamais auparavant prévalu à la traversée de cet Etat enclavé à l'intérieur du Sénégal.

L'ENJEU SECURITAIRE

La fonction première de ce pont est de réduire le temps d'attente à la traversée du bac. Ce qui implique alors que les personnes se déplaceront plus facilement et plus rapidement.

Le contrôle aux frontières pourrait prendre plus de temps aussi bien du côté de la Gambie que du Sénégal, un tant soit peu, s'assurer d'une mobilité correcte des passagers. Le contexte de lutte anti-terroriste n'en serait pas un facteur exigeant à cette austérité éventuelle ?

En outre, la situation de la Casamance voisine ayant subi un conflit trentenaire requiert une surveillance accrue via le contrôle de la mobilité pour éviter toute infiltration insidieuse à même de compromettre le processus de paix en cours.

De son côté aussi et de surcroit avec les déplacements en fin de journée, la Gambie enclavée dans le Sénégal accordera une particulière attention aux mouvements des usagers de la transgambienne.

Cela est d'autant plus plausible que le pays de Adama Barrow se remet jusqu'ici difficilement de l'après Jammeh dont les anciens compagnons et frère d'arme, non entièrement débusqués, lorgnent toujours le fauteuil présidentiel.

L'IMPACT SOCIAL ET ECONOMIQUE

La mise en service de ce fleuron de pont sur le fleuve Gambie va abréger la galère et le calvaire des populations de part et d'autres de l'ouvrage.

En fait, il libère les usagers. Les sentiments d'aversion, sous l'emprise de la fatigue et de la colère vont disparaitre pour céder la place à la convivialité et au raffermissement des relations de bon voisinage.

L'idéal de Sénégambien va sans doute prévaloir, en l'absence de facteurs compromettant la courtoisie et l'hospitalité légendaire entre les deux Etats frères.

La dimension économique de la plus-value de ce pont est sans commune mesure. La mobilité des produits commerciaux donnera un coup de fouet à différents pans de l'économie des acteurs de la transaction. Reste donc à savoir le sort qui sera réservé aux nombreux commerçants qui opèrent de part et d'autre du bac.

Le 6 janvier 2019 et sur sa page Facebook, Seydi Gassama, le directeur exécutif de la section sénégalaise de Amnesty Internationale émettait des réserves sur la prise en charge des commerçants établis sur l'emprise du pont, en écrivant ce qui suit: «les présidents Adama Barrow de la Gambie et Macky Sall s'apprêtent à inaugurer en grande pompe ce pont, au grand bonheur des populations du Sud.

Mais, ont-ils suffisamment pensé aux populations impactées ? Des commerçants sénégalais, gambiens et guinéens qui opèrent sur ce site, depuis plus de 40 ans pour certains, ont été déguerpis contre 40.000 Dalassis, environ 470.000 F CFA».

Seydi Gassama de poursuivre: «les promesses de construire des marchés à Farafenni et Soma pour les réinstaller n'ont pas été tenues.

Manifestement, les standards internationaux en la matière, ceux de la Banque africaine de développement (BAD) en particulier, n'ont pas été suffisamment pris en compte dans le cadre de ce projet».

LES INCONNUS DE L'EXPLOITATION DU PONT

Les modalités d'exploitation de ce pont, érigé par le Sénégal et la Gambie sur financement de la BAD à hauteur de 50 milliards de F CFA, taraudent toujours les esprits. Nombreux sont ceux qui s'inquiètent du tarif qui sera fixé pour les usagers, toutes catégories confondues.

Le pont sera-t-il ouvert aux gros porteurs, eu égard à sa hauteur, sa longueur et les phases de montées ? Le bac offrira-t-il toujours ses services à un public particulier ou non ?

L'équation demeure. Les heures d'ouverture et de fermeture de la frontière vont-elles changer ? Les langues se délient et peut-être que la tribune de l'inauguration apportera plus de renseignements aux usagers pressés d'y voir plus clair.

Sénégal

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