Congo-Kinshasa: Comment expliquer le dernier revirement de l'Union africaine

La République démocratique du Congo est dans l'attente de la prestation de serment du nouveau président Félix Tshisekedi. Son élection à la tête du pays a été confirmée ce week-end par le Conseil constitutionnel. Une prestation de serment prévue initialement demain, qui pourrait être repoussée à jeudi. Une investiture qui ne met pas fin aux protestations du camp de Martin Fayulu revendiquant toujours la victoire. Jeudi dernier, les chefs d'Etats de l'Union africaine avaient émis des doutes sur la conformité des résultats et annoncé l'envoi d'une délégation à Kinshasa, mais finalement, ils ont changé de ton et ont reporté sine die cette visite.

La Commission de l'Union africaine parle aujourd'hui de son intention de faire une évaluation, qui aboutirait à un rapport qui sera transmis aux chefs d'Etat au cours du prochain sommet. Un véritable revirement que l'on peut expliquer par plusieurs facteurs.

D'abord, il y a la contre-offensive diplomatique menée par la coalition au pouvoir. Trois proches du président Kabila ont été mobilisés : le chef des renseignements civils, le patron de l'ANR, Kalev Mutond, s'est rendu à Kigali, Barnabé Kikaya, le conseiller diplomatique du chef de l'Etat avait été lui mandaté à Pretoria, et le directeur de cabinet, Néhémie Mwilanya Wilondja, aurait lui reçut les éléments précurseurs de la commission de l'Union africaine qui étaient déjà arrivés à Kinshasa.

Tous avec le même message : la défense de la souveraineté de la RDC, avec pour élément-clef, le fait que la Cour constitutionnelle devait statuer samedi quoiqu'il arrive, que c'était une obligation légale. Deuxième point : c'est de faire une « campagne de charme », nous dit une source diplomatique congolaise, « en vue de l'investiture du président Félix Tshisekedi ». Rassurer, expliquer que le retour à l'ordre constitutionnel, la cohabitation avec Cach était irréversible.

Tensions à la SADC et à l'UA

Les autorités congolaises n'ont pas été les seuls à œuvrer. Ca a notamment été le cas au sein de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC). Jeudi, le communiqué de l'organisation sous-régionale avait pris le contre-pied de celui porté par le président de l'Union africaine, le rwandais Paul Kagame. La SADC demandait à ce que la communauté internationale respecte la souveraineté du Congo. Des Etats comme la Tanzanie, le Zimbabwe, se sont opposés à la Zambie et l'Angola notamment, qui avaient exprimé non seulement des doutes sur les résultats, mais aussi des craintes autour d'une dégradation de la situation sécuritaire.

Il y a eu notamment une guerre d'influence autour du président sud-africain Cyril Ramaphosa, avec ses homologues de la SADC, comme au sein de l'ANC, le parti au pouvoir en Afrique du Sud, où certains entretiennent des relations ombrageuses avec Kigali. Finalement, la SADC, comme l'Afrique du Sud, ont félicité dès dimanche le président Tshisekedi et ont appelé les acteurs politiques à respecter l'arrêt de la cour Constitutionnelle.

Enfin, les dernières pressions ont eu lieu au sein même de la Commission de l'Union africaine. Selon des sources diplomatiques africaines, les commissaires ont reproché à Moussa Faki, le président, d'avoir tordu le cou aux règles de l'Union. Avec en arrière-plan, une bataille d'influence, nous dit-on, entre la France, proche de Paul Kagame, et l'Algérie, très influente et soucieuse, comme d'autres pays, de la souveraineté. C'est aussi le cas de l'Egypte, dont le président Sissi doit prendre la tête de l'UA en février prochain.

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