Congo-Kinshasa: Comment Tshisékédi va-t-il remettre sur pied ce géant d'Afrique ?

Photo: Radio Okapi/Ph. John Bompengo
Félix Tshisekedi lors d’un point de presse le 24/04/2017 à Kinshasa au siège de son parti UDPS (archive)
21 Janvier 2019

En validant, le week-end dernier, les résultats provisoires de la présidentielle du 30 décembre 2018 en République démocratique du Congo, la Cour constitutionnelle a légitimé l'élection de Félix Tshisékédi à la magistrature suprême, faisant de lui le successeur de Joseph Kabila au Palais du bord de mer.

Ce, dans un contexte de tensions où le candidat malheureux, Martin Fayulu, continue de faire dans la contestation, s'autoproclamant au passage président élu et appelant ses partisans à des manifestations pacifiques en même temps qu'il demande à la communauté internationale de ne pas reconnaître Félix Tshisékédi.

Les défis qui attendent le nouveau président s'annoncent d'ores et déjà titanesques

Quoi qu'il en soit, à l'instar d'autres candidats malheureux sous d'autres cieux, qui se sont égosillés à en perdre haleine, il y a lieu de croire que les agitations du candidat de Lamuka n'iront pas bien loin et que le fils de l'opposant historique dont le corps repose quelque part en bière outre atlantique, sera bel et bien le cinquième président du Zaïre devenu depuis belle lurette, République démocratique du Congo.

Du reste, sa prestation de serment et son investiture devraient intervenir dans la foulée, pour une transmission historique du pouvoir, la première du genre par les urnes, dans un pays où la violence politique était en passe d'être le mode de dévolution du pouvoir.

Mais les défis qui attendent le nouveau président, s'annoncent d'ores et déjà titanesques. A commencer par celui de la réconciliation et de la cohésion sociale. En effet, après les ères Mobutu et Laurent Désiré Kabila, les dix-sept ans de règne de Joseph Kabila auront laissé de profondes entailles dans le tissu social congolais.

Et ce ne sont pas ces élections contestées qui pourraient permettre de recoller de sitôt les morceaux. D'autant plus que la pilule de cette élection qui a vu le triomphe du leader de l'UDPS, semble particulièrement amère à avaler pour le camp Fayulu qui y voit la main de Joseph Kabila.

Même au sein de la communauté internationale, l'amertume le dispute visiblement à l'impuissance face à ce qui a les allures d'un hold-up électoral savamment orchestré.

C'est pourquoi il va falloir à Félix Tshisékédi plus que des talents d'orfèvre pour avoir la confiance de tous ses compatriotes et travailler à la réconciliation des Congolais de l'intérieur mais aussi de l'extérieur.

Pour cela, il va falloir d'abord éteindre l'incendie interne en travaillant à faire baisser la tension. Cela passe par un discours fédérateur et d'apaisement pour d'abord calmer les esprits.

En cela, une main tendue au camp des contestataires pourrait permettre de faire baisser le mercure. En tout cas, Tshisékédi serait bien avisé de traiter Fayulu en allié et non en adversaire à casser coûte que coûte.

Mais ce dernier aussi gagnerait à rentrer dans la République car, quoi qu'on dise, Tshisékédi a avec lui la légalité. A ce titre, il devra se mettre au-dessus de la mêlée et se présenter comme le président de tous les Congolais.

Les autres challenges qui s'annoncent pour le nouveau président, ce sont les défis sécuritaires et sanitaires. Surtout dans les parties du pays qui sont sous la coupe réglée de groupes armés et dans celles qui sont frappées par le virus Ebola.

A cela, s'ajoute le problème de la relance économique qui va de pair avec l'amélioration des conditions de vie des populations.

Sur le plan international, il lui faudra tisser des relations de confiance avec tous ses pairs qui ont pu vivre son élection comme une frustration. Car, malgré ses grandes richesses, la RDC ne peut se payer le luxe de vivre en autarcie.

Félix Tshisékédi a besoin de montrer qu'il n'est sous aucune tutelle

En tout état de cause, maintenant qu'il a été élu, Félix Tshisékédi est attendu au pied du mur. Et, face à la montagne de défis qui l'attendent, l'on se demande comment le natif de Kinshasa s'y prendra pour remettre sur pied ce géant d'Afrique qui est dans une situation bien difficile et dont beaucoup s'accordent à dire qu'il est un scandale géologique eu égard à l'immensité de ses richesses, mais dont la grande majorité de la population croupit dans la misère.

Pour sûr, pour remonter la pente raide de la montagne de défis, il lui faudra plus que des talents d'alpiniste. Car, après plusieurs années de tensions politiques, la RDC a besoin de se reconstruire dans la plus grande sérénité.

Et Félix Tshisékédi doit comprendre que pour rassurer ses compatriotes, il a aussi besoin de montrer qu'il n'est sous aucune tutelle, surtout pas de Joseph Kabila. Mais aura-t-il les coudées franches pour dérouler son programme ? L'on attend de voir.

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