22 Janvier 2019

Burkina Faso: Achille Tapsoba - « Eddie Komboïgo a le droit d'être candidat à la présidentielle de 2020 »

interview

C'est peu de dire que les états-majors des partis politiques fourbissent déjà leurs armes pour la présidentielle de 2020. Si c'est déjà donc la précampagne, il y a aussi la question des candidatures qui suscite de vifs débats au sein de l'opinion nationale.

Notre invité de Mardi Politique, Achille Tapsoba, un des vice-présidents du CDP, nous entretient sur comment se fera le choix du candidat de son parti à la prochaine présidentielle.

Il ne manque pas non plus de revenir sur la question de la gestion de l'ex-majorité. Quant à l'actualité brûlante portant sur la nomination d'un nouveau Premier ministre, l'interviewé nous a référé au président du parti, Eddie Komboïgo (voir encadré).

Depuis un certain temps, on vous voit rarement au-devant de la scène politique. Qu'est-ce qui explique cela ?

Vous me voyez rarement au devant de la scène politique pour la simple raison que je ne suis plus, depuis février 2018, le premier responsable du parti dont j'ai assuré l'intérim pendant deux ans environ.

Depuis le 7e Congrès tenu en mai 2018, j'ai été reconduit au poste de 1er vice-président et je travaille sous la direction du président élu par le même congrès, le camarade Eddie Komboïgo.

Depuis lors, c'est à lui que revient le rôle de premier plan sur la scène politique, pour le compte du CDP.

Il se murmure qu'il y a une mésentente au CDP pour le choix d'un futur ministre devant prendre part à un gouvernement de large ouverture. Qu'en est-il exactement ?

Une mésentente au CDP pour le choix d'un futur ministre devant prendre part à un gouvernement de large ouverture ? Votre question me surprend pour plusieurs raisons.

D'abord, à ma connaissance, mon parti n'est pas informé de la mise en place d'un gouvernement de large ouverture, ni associé à la désignation de ministre pour la circonstance.

Il ne saurait y avoir de mésentente dans un parti sur un tel sujet. Du reste, notre parti, s'il en était saisi, se prononcerait au préalable sur l'opportunité de sa participation à un gouvernement de large ouverture ou à tout autre type de gouvernement mis en place par le MPP.

Pour se quereller sur le choix de ministre, il faut d'abord avoir accepté de participer à un gouvernement. Aussi ne vois-je vraiment pas de quoi vous parlez à travers cette question.

Mahamadi Kouanda, dans une interview à nous accordée, dit préférer une candidature de Juliette Bonkoungou à celle de Eddie Komboïgo. Êtes-vous de cet avis ?

Je préfère répondre à cette question par une simple mise au point. Le CDP, en tant que parti, s'est doté de principes statutaires et règlementaires pour discipliner le traitement des questions électorales en son sein.

En matière de candidature, il y a le principe du consensus à défaut des primaires pour déterminer le choix du parti entre plusieurs candidats à la candidature sur des bases démocratiques et stratégiques.

Pour cela, le parti définit les critères, les démarches, les cadres statutaires, le calendrier des opérations électorales internes et externes, etc., qui s'imposent à tous ses militants.

Tout débat, toute opinion émise publiquement par un militant et de surcroît un cadre, en dehors des principes, des cadres et des démarches du parti, n'engage que sa seule personne.

En outre, dans le cadre des consultations primaires pour le choix du candidat du parti, chaque membre du collège aura la liberté de choisir le candidat de sa préférence parmi ceux qui auront été enregistrés de manière régulière par le parti pour prendre part à la compétition organisée à cet effet.

Pour revenir aux propos de M. Kouanda Mahamadi, jusqu'à preuve du contraire, on n'en est pas encore à ce stade.

Déclarer sa préférence sur des candidats qui ne sont pas eux-mêmes déclarés candidats à la candidature relève de pures conjectures et de simples causeries de cabaret. Par conséquent, des propos de ce genre, autant en emporte l'harmattan tous les jours au Burkina.

Des voix s'élèvent de plus en plus pour réclamer la candidature de Kadré Désiré Ouédraogo dit KDO alors que Mahamadi Kouanda dit qu'il ne participe pas aux activités du parti. Quelle est votre réaction ?

Il n'y a rien d'extraordinaire à réclamer la candidature de Kadré Désiré ou de Zon Issa ou de toute autre personne.

Tout Burkinabè peut réclamer la candidature de qui il veut. La liberté d'expression, d'opinion et de choix est garantie par notre Constitution. Je respecte le choix de chacun qui estime qu'un tel ou tel autre peut faire l'affaire en 2020 comme candidat à la présidentielle.

Ce qui est clair, ce n'est pas la force de la réclamation, ni des « réclamants » qui fera de quelqu'un le futur président du Faso. C'est le vote des électeurs le jour des élections.

Pour revenir à Kadré, soit dit réclamé comme candidat alors qu'il ne participe pas aux activités du parti, je dis et je le répète que le parti fixera des critères précis et pertinents pour choisir son candidat à lui.

Par référence à ce qui s'est passé en 2015, des critères internes et des critères externes ont été définis par le parti pour déterminer le profil de son candidat.

De mon point de vue, pour la présidentielle, d'une part, les liens entre le candidat et le parti comptent beaucoup dans le choix des militants et d'autre part, la perception que les électeurs ont de l'intérêt que le candidat a manifesté pour leurs préoccupations majeures, pèsera beaucoup dans leur choix.

D'aucuns reprochent à Eddie Komboïgo d'être en précampagne alors même qu'il n'est pas encore désigné comme candidat du parti. Qu'en dites-vous ?

Il convient de préciser que depuis son élection comme président du parti au congrès passé, le camarade Eddie, à la tête de la direction politique nationale, s'active sur le terrain pour donner plus de visibilité au parti.

Il s'agit notamment des sorties- meetings initiées par les structures elles-mêmes, de cérémonies d'installation des responsables de nouveaux organes des sections, sous-sections, d'activités à caractère social ou encore d'activités politiques à caractère national (rentrée politique, conférences de presse).

Si c'est cela qu'on appelle précampagne, je ne vois pas comment on peut dissocier les activités de visibilité du parti de qui les conduit et les préside. Est-il raisonnable d'empêcher le président du parti de mener des actions de visibilité du parti parce que celles-ci le mettent également en exergue ?

A mon sens, l'impact de ces activités sur l'image du parti est plus important que les perceptions propagandistes. A travers ces activités menées par le président Eddie, le parti revit, se revigore et le moral des militants se renforce. Avec tout cela, l'optimisme est permis.

Qui, selon vous, a le meilleur profil pour porter les couleurs du parti à la présidentielle de 2020 ?

Le meilleur profil, c'est celui qui sera défini par la direction du parti.

Il ressort que le CDP est aujourd'hui traversé par des clans de nature à menacer sa cohésion. Ne craignez-vous pas une implosion ?

Dans tout grand parti, il ne peut y avoir unanimité sur toutes les questions à plus forte raison dans un parti comme le CDP qui revient de loin et dont le sort semblait avoir été scellé par les tombeurs de 2014 qui ne sont autres que ses propres produits. Le MPP se comporte comme une mauvaise bouture du CDP.

Au MPP, les clans et les contradictions internes fondées sur les individus et non sur des questions politiques objectives y ont encore droit de cité. Le CDP, pour sa part, tente d'exorciser ces vieux démons de la division sur des querelles de personnes. Heureusement, le dernier congrès tenu en mai 2018, a réussi à sauver l'essentiel.

En effet, notre parti est resté dans son entité par le choix démocratique du premier responsable voté à bulletin secret et qui préside aux destinées du parti pour les trois ans de mandat (2018-2021).

A moins de remettre en cause la décision du 7e congrès qui a investi le camarade Eddie président du CDP, je ne vois pas la pertinence d'une quelconque attitude qui estime que Eddie n'est pas président ou même s'il l'est, il faut s'en démarquer au point de constituer un groupe à part, parallèle à la direction politique issue du 7e congrès.

Je ne suis pas de cette tendance confusionniste et divisionniste pour laquelle ne pas vouloir de Eddie comme président du CDP, ne pas le vouloir comme candidat à la présidentielle de 2020, est synonyme de rejeter, refuser le fait qu'il soit président statutaire et légal du CDP, investi comme tel par le congrès et rejeter même la possibilité de sa candidature à la présidentielle au point d'organiser une fatwa politique contre lui.

Eddie Komboïgo a le droit d'être candidat. Tout comme Mélégué Traoré, Juliette Bonkoungou ou d'autres encore, et de la même manière et selon les mêmes conditions, le président du parti, Eddie Komboïgo, peut présenter sa candidature à la candidature du parti pour les prochaines élections présidentielles.

L'essentiel est que le parti les soumette aux mêmes critères et aux mêmes conditions de désignation et que celui qui est sélectionné pour les finales soit soutenu par tous les autres concurrents.

L'essentiel est que chaque prétendant à la candidature respecte le choix du parti et place les intérêts du CDP au-dessus de ses ambitions personnelles.

Pour cela, j'ai foi que les groupements ou "clans" qui se constituent autour des potentiels candidats du CDP, respecteront les règles du jeu démocratique internes et se conformeront tous à terme aux dispositions de l'article 12 des statuts du CDP dont le dernier alinéa rappelle qu'un militant du CDP ne saurait soutenir un candidat qui n'est pas investi par le parti.

A ce prix, la cohésion triomphera et les prédictions d'implosion seront une fois encore tenues en échec en 2020 et après 2020.

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