22 Janvier 2019

Congo-Kinshasa: L'épidémie d'Ebola pourrait devenir incontrôlable

Plus de 400 personnes sont mortes et la courbe des décès ne fléchit pas, en dépit d'une campagne de vaccination. L'épidémie la plus meurtrière que le pays ait connue s'étend dans le Nord-Kivu et menace Goma.

L'épidémie d'Ebola, partie de la ville de Beni officiellement le 1er août, s'étend inexorablement vers le sud, en direction de Butembo et Katwa, et même au-delà dans la région de Kayina.

"La situation à Butembo et Katwa n'est absolument pas contrôlée", explique Laurence Sailly, la coordinatrice pour Médecins sans frontières (MSF) à Beni. "La grande majorité des cas ne sont pas connus et plus ou moins la moitié des cas confirmés sont des décès."

Selon le ministère congolais de la Santé qui publie une évaluation quotidienne des cas d'Ebola recensés, la situation à Beni s'était améliorée avec une douzaine de jours passés sans nouveaux cas déclarés.

Néanmoins, deux personnes contaminées ont été identifiées le week-end dernier et la ville compte le plus grand nombre de cas confirmés (218) et de personnes décédées de la maladie à ce jour (143).

La situation reste très préoccupante à Katwa et surtout Butembo, une ville d'un million d'habitants, située au sud de Beni, dans la province du Nord-Kivu. Ces deux localités représentant aujourd'hui les principaux foyers de progression de l'épidémie.

Avec la crise politique en République démocratique du Congo (RDC), plusieurs centres de santé ont été endommagés à Beni, ce qui rend plus difficile l'identification de nouveaux cas. "Nous parlons d'une population qui a connu de nombreuses années de conflit et qui doit désormais faire face à l'épidémie d'Ebola la plus meurtrière que le pays ait jamais connue", ajoute Laurence Sailly.

La vaccination utilisée pour la première fois

Plus de 60.000 personnes ont été vaccinées contre Ebola et le ministre congolais de la Santé, Oly Llunga Kalenga, a affirmé que cette vaccination, utilisée pour la première fois à grande échelle, a permis d'éviter "des milliers de morts".

Une déclaration difficile à vérifier, d'autant que le nombre de morts se chiffre pour l'instant par centaines et non par milliers.

Par ailleurs, la courbe de la mortalité enregistrée depuis le 27 septembre, date des premières publications de statistiques par les autorités congolaises, montre une progression constante, passant de 70 à 422 décès en trois mois et demi.

A ce stade, l'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC) s'étend sur deux régions, le Nord-Kivu et l'Ituri. Sa progression au nord, en Ituri, est "stabilisée" selon Médecins sans frontières. Le risque étant la réintroduction de la maladie, en particulier depuis Butembo.

Mais les chiffres de deux localités en Ituri - Mandima et Komanda - ont montré une forte progression des cas de décès au cours des deux derniers mois.

Dans le Nord-Kivu, MSF a renforcé ses activités de prise en charge des patients, avec notamment l'agrandissement du Centre de traitement Ebola (CTE) de Butembo et l'ouverture d'un nouveau CTE à Katwa.

"La grande difficulté c'est d'abord la densité de la population avec des villes peuplées, comme Butembo, et la rapidité avec laquelle les gens se déplacent sur des axes routiers très fréquentés", ajoute Laurence Sailly.

Il suffit de consulter une carte pour constater à quel point l'épidémie s'est répandue le long des routes, et notamment le long de l'axe Butembo-Kalunguta-Beni-Oicha en suivant la nationale 2 puis la nationale 4 vers Nyankunde, qui relie le Nord-Kivu à l'Ituri.

L'épidémie s'est d'ailleurs étendue plus loin vers le sud, à Kayina, une dix-huitième zone recensée par les autorités sanitaires et considérée comme touchée par l'épidémie d'Ebola après le décès de deux personnes qui provenaient de Butembo.

La grande peur désormais est que la maladie atteigne la ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu. Celle-ci est encore relativement épargnée avec seulement cinq cas suspects recensés à ce jour. "On essaye de bloquer la descente vers Goma mais le risque est là, c'est certain", précise Laurence Sailly.

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