Congo-Kinshasa: Position de Bruxelles par rapport à la victoire de Tshisekedi - L'UE enjambe le cadavre de la démocratie pour le coltan congolais

L'UE et l'Union Africaine derrière Félix Tshisekedi !
22 Janvier 2019

Hier, 22 janvier 2019, les ministres européens des Affaires étrangères étaient réunis dans la capitale belge en présence d'une délégation des ministres de l'Union africaine (UA). Officiellement, il s'est agi de consulter les pays africains en vue de prendre une position commune dans la crise politique congolaise consécutive aux dernières élections qui ont vu l'arrivée à la présidence du pays, de Félix Tshisekedi.

Cette démarche, dit-on du côté de Bruxelles, s'était avérée nécessaire après le revirement de l'UA qui bénéficiait pourtant du soutien de l'Union européenne (UE) poussée en coulisses par la France et la Belgique car, selon un diplomate européen, « si nous sommes les seuls à critiquer, ça n'a pas beaucoup de sens ».

Mais au-delà des subtilités bien connues du langage diplomatique, on sent l'embarras des uns et des autres puisque l'UE elle-même n'a pas fait mieux que de prendre acte de l'élection de Tshisékédi fils.

En temps normal, il faut le dire, les diplomates européens se seraient passés de cette fioriture et l'on aurait assisté à une avalanche de sanctions, allant du refus de reconnaître les nouvelles autorités issues de ces élections aux sanctions économiques les plus sévères.

Pour preuve, l'on n'a pas eu besoin de ces messes basses pour bombarder la Libye alors même qu'il s'agissait là aussi de sauver la démocratie. Mais comme on le sait, la République démocratique du Congo n'est pas n'importe laquelle de ces républiques bananières dont les Occidentaux peuvent se passer.

Les Congolais ne pourront s'en prendre qu'à eux-mêmes puisqu'ils veulent aller au paradis sans mourir

Le seul fait pour l'UE de tenir une réunion sur ce pays africain, témoigne de l'importance du pays de Kabila. La RDC, c'est connu, est un pays immensément riche et les Européens qui n'ont d'yeux que pour ses ressources, ne veulent pas prendre le risque de s'attirer sa disgrâce à travers un discours discourtois.

Il faut donc trouver la parade pour rattraper le mal déjà fait par les premières déclarations et pour ce faire, il n'a pas fallu aller chercher trop loin : il faut s'inspirer de la volte-face de l'UA qui, pour une fois, sert de modèle à l'Europe.

Autrement dit, en termes sans équivoque, au sortir de cette rencontre de Bruxelles, les Européens n'ont pas fait mieux que de s'aligner sur les positions de l'UA.

C'était prévisible car des concurrents qui n'en ont cure des questions de démocratie et des droits de l'Homme sont aux aguets s'ils n'ont déjà même pris pied dans le pays. Il faut donc faire vite et bien, et c'est donc à coup sûr que Bruxelles, sur les funérailles encore fraîches de la démocratie congolaise, fait le choix du coltan.

Et c'est tant pis pour le peuple congolais qui apprend ainsi la leçon qu'il faut d'abord compter sur soi-même. Et tout compte fait, les Congolais ne pourront s'en prendre qu'à eux-mêmes puisqu'ils veulent aller au paradis sans mourir.

Et c'est tant pis aussi pour le candidat malheureux Martin Fayulu qui n'a que ses yeux pour pleurer tout comme un Jean Ping au Gabon à l'issue de l'élection présidentielle. Il paie ainsi cash sa naïveté politique.

En effet, dès l'échec de la Conférence de Genève, il aurait bien pu se douter que Joseph Kabila était passé à la manœuvre et aurait dû prendre les devants en empêchant par tous les moyens, la proclamation des résultats de l'élection par la CENI. L'on dit en Afrique que c'est Dieu qui donne le pouvoir et les hommes de Dieu, à travers la CENCO, le lui avaient offert mais il n'a pas su le saisir.

L'UA devient contagieuse puisqu'elle exporte, de plus en plus, ses pitreries vers l'UE qui, aujourd'hui, s'en sert pour défendre ses intérêts

Cela dit, la réunion de Bruxelles qui, en réalité, n'est qu'un leurre, risque de ne pas être l'acte final du mélodrame congolais. Et le nouveau pouvoir a tout intérêt à en prendre conscience.

Le danger ne viendra pas des militants et sympathisants de Martin Fayulu mais des immenses territoires de l'Est du pays et du Centre, exclus des élections et où pullulent toutes sortes de bandes armées.

Car il n'est pas évident qu'un pouvoir civil, à la différence du régime militaire déguisé de Kabila, puisse porter la réponse qu'il faut à ce bastion traditionnel des révolutions congolaises.

Cela dit, s'il y a bien quelqu'un qu'il faut titiller dans cette affaire, c'est bien l'UA. Et pour cause. D'abord, elle a échoué à parler d'une même voix face au hold-up électoral en RDC.

En effet, alors que des initiatives au niveau africain étaient en cours, des Etats et non des moindres, se sont désolidarisés en envoyant des messages de félicitations à Félix Tshisékédi.

Ensuite, en battant en retraite, l'UA a prouvé qu'elle n'était qu'un ridicule épouvantail dont peuvent se moquer les dictateurs. Il faut d'ailleurs craindre que ce fiasco ne serve de prime d'encouragement à tous les satrapes du continent.

Enfin, et le pire, l'UA devient contagieuse puisqu'elle exporte, de plus en plus, ses pitreries vers l'UE qui, aujourd'hui, s'en sert pour défendre ses intérêts.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

A La Une: Congo-Kinshasa

Plus de: Le Pays

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.