Ile Maurice: Richard Arlove - «C'est à nous de pousser plus loin nos relations diplomatiques et économiques avec l'Afrique»

interview

Dans un secteur des services financiers mondial qui ne cesse d'évoluer, la remise en question des acquis et la nécessité d'identifier les dé fis relever sont des obligations permanentes des centres financiers internationaux. Richard Arlove fait le point sur le sort de ce secteur à Maurice, dans le contexte du global business.

Le premier forum organisé par Ocorian, après avoir racheté ABAX, et qui se tient jeudi pose la question de Maurice comme un centre financier inter- national générant de la valeur ajoutée pour les investissements trans- frontaliers en Afrique. Votre réponse ?

L'Ocorian Forum s'inscrit dans une logique de continuité d'ABAX Forum, avec pour objectif d'être un forum de discussions et de rencontres entre les businessmen mauriciens et nos clients internationaux.

Il sert aussi de moyen d'établir que le secteur financier et le global business sont bien ancrés au sein de l'économie mauricienne en y apportant de la valeur réelle, contrairement à une définition d'offshore centre où rien ne se passe réellement à Maurice ; et, finalement, que le global business n'est pas un secteur nébuleux entaché de transactions frauduleuses ! Bien au contraire, nous sommes dans du business concret, avec une valeur ajoutée significative pour les pays et populations africaines aussi bien que pour nos clients !

Comment Maurice ajoute-t-il de la valeur aux investissements en Afrique ?

La problématique est la suivante : d'un côté, il y a les flux d'investissements transfrontaliers, c'est-à-dire, un investisseur étranger qui investit dans un pays, ce dont l'Afrique a grandement besoin, et, de l'autre, il y a dans plusieurs pays africains un environnement d'affaires souvent peu favorable aux investisseurs. Il faut donc créer ce pont entre l'investisseur et les projets où investir. C'est là où un Centre financier international (CFI) tel que Maurice peut, d'une part, faciliter le flux d'investissement allant de l'investisseur au projet et, d'autre part, ajouter de la valeur au retour sur investissements, aussi bien pour les pays et les populations bénéficiant des investissements que pour les investisseurs eux-mêmes.

«Il est temps aujourd'hui d'évoluer et de capitaliser sur nos acquis afin d'offrir d'autres services.»

Pourquoi et comment ?

Maurice est premier en Afrique en ce qu'il s'agit du ease of doing business, economic freedom, democracy index et peace index, tout en étant dans le peloton des 20 meilleurs pays au niveau mondial. Nous sommes aussi premiers dans l'indice de gouvernance pour l'Afrique. En plus, nous avons un en- vironnement financier qui a fait ses preuves, avec des banques qui ont de l'excess liquidity en dollars, des cabinets comptables, des corporate lawyers, des management companies, du personnel qualifié bilingue, culturellement proche des Asiatiques, Africains et Européens, pas de contrôle de change, donc la possibilité de lever des fonds et de faire des transactions en dollars sans difficulté, une fiscalité qui n'est pas lourde, un système juridique performant et une reconnaissance des instances internationales. Il est donc normal que des investisseurs qui recherchent une paix d'esprit et un environnement d'affaires propice pour établir leur headquarters, leur holding ou leurs fonds de private equity veuillent s'établir à Maurice.

L'investissement direct étranger (FDI) indien transitant par Maurice pour atterrir en Inde a baissé drastiquement selon les dernières statiques de la Reserve Bank of India. Faut-il associer cette situation aux amendements apportés, en 2016, au «Double Taxation Avoi- dance Agreement» entre Maurice et l'Inde. D'une manière générale, faut-il aujourd'hui mettre une croix sur l'Inde quand il s'agit du global business ?

Il est clair que les changements apportés au Double Taxation Avoidance Agreement (DTAA) ont un impact direct sur les FDI en Inde provenant de Maurice. Notre centre financier s'est beaucoup développé en raison de cet accord. Il est temps aujourd'hui d'évoluer et de capitaliser sur nos acquis afin d'offrir d'autres services et produits financiers. L'Inde restera un partenaire important pour notre global business. Moins en raison du DTAA, mais plus en raison des affinités culturelles, de la valeur ajoutée de notre CFI, des avantages d'être un CFI africain pour les investissements indiens vers l'Afrique.

Il nous faut continuer d'ajouter de la valeur aux investissements en Inde, par exemple, à travers la qualité de nos services en fund administration, et surtout se posi- tionner comme le pont entre les investissements provenant de la Grande péninsule et allant vers l'Afrique.

Pourquoi l'Afrique demeure-t-elle une pièce maîtresse dans la nouvelle configuration de notre secteur financier, alors que certaines grandes puissances du continent, comme l'Afrique du Sud et le Nigéria, sont confrontées à des difficul- tés économiques énormes avec des risques de récession à l'horizon ?

Il est vrai que la situation s'est détériorée et que le taux de croissance a diminué dans plusieurs pays africains au fil des cinq dernières années. Mais c'est précisément là ou un CFI tel que Maurice peut réellement aider à faciliter des investissements qui peuvent faire la différence.

Le continent africain comprend 54 pays et peut contenir en superficie les États-Unis, la Chine, l'Inde, le Japon et l'Europe de l'Ouest réunis ! Le continent a pris du retard dans plusieurs domaines - infrastructure, énergie, éducation, santé, agrobusiness, et j'en passe. Les investissements massifs en Afrique pour pallier ces manquements continueront.

Nous voyons souvent que les risques accrus dans plusieurs pays africains renforcent le besoin des inves- tisseurs dans leur recherche d'une place financière avec moins de risques et qui peut faciliter le flux d'investissements. Maurice se place comme l'un des meilleurs centres financiers dans ce contexte : nous sommes un pays africain qui a plusieurs accords avec d'autres nations du continent. Nous sommes un CFI reconnu offrant des avantages importants, avec un business environment reconnu par les businessmen internationaux. C'est à nous de pousser plus loin nos relations diplomatiques et économiques avec l'Afrique afin d'être «le» centre financier incontournable du continent.

Quels sont les gros défis auxquels le gglobal business est confronté ?

Les défis sont multiples parce que nous jouons dans la cour des grands ! Nous voulons être en Ligue 1, donc il faut mettre le paquet ! Ma vision de notre centre financier, c'est que nous puissions évoluer de la manière suivante : (i) deve- nir le centre financier incontournable pour l'Afrique ; (ii) devenir un mid-office corporate services centre in- ternationalement reconnu pour des services comptables et de corporate services à des sociétés enregistrées partout dans le monde. Un mid-office, et pas un backoffice, c'est-à-dire, nous allons au-delà d'un outsourcing centre ou un back-office pour d'autres sociétés de gestion qui nous outsource leur travail, et ce en res- tant en contact direct avec leurs clients.

Pour réaliser ces deux objectifs, il nous faut (a) consolider nos acquis au niveau du regulatory and tax environment - l'État et les acteurs du secteur financier doivent travailler davantage ensemble. Nous avons fait beaucoup de progrès, il faut travailler encore mieux en- semble ; (b) investir dans la formation de notre personnel, la formation technique et encore plus de customer service et de soft skills ; (c) attirer des professionnels de la finance et des headquarters à s'établir à Maurice, et à vivre ici. Beaucoup d'efforts ont été faits par l'État, mais il faut aller beaucoup plus loin ; (d) l'État doit établir une réelle stratégie pour l'Afrique.

Sur ce plan, il y a un gros travail à faire - une diplomatie économique avec des professionnels en poste et pas des nominés politiques qui ne maîtrisent pas les enjeux économiques et du business comme c'est souvent le cas ; signer des accords de coopération en pensant winwin pour les pays africains et nous, et pas ramener tous les avantages vers nous ; faire de Maurice un réel education hub pour l'Afrique ; et (5) investir dans l'image et le branding de Maurice comme CFI.

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