Maroc: Double entêtement

Les prix persistent dans leur montée les salaires se complaisent dans leur stagnation

Encore une nouvelle qui n'est pas de nature à mettre du baume au cœur des Marocains : l'indice annuel moyen des prix à la consommation a enregistré, une augmentation de 1,9% au terme de l'année 2018 par rapport à celle qui l'a précédée. La hausse a concerné aussi bien les produits alimentaires dont l'indice a augmenté de 1,3% que les produits non alimentaires dont l'indice a progressé de 1,8%, a indiqué le Haut-commissariat au plan dans sa note d'information relative à l'IPC rendue publique hier.

Les variations enregistrées pour les produits non alimentaires vont d'une stagnation pour la «communication» à une hausse de 6,5% pour les «biens et services divers».

Sur cette base, l'indicateur d'inflation sous-jacente aurait connu une hausse de 0,7% au cours de l'année 2018 par rapport à l'année 2017, ajoute la même source en précisant que les hausses les plus importantes de l'IPC annuel ont été enregistrées à Dakhla (3%), à Laâyoune et Safi (2,7%), à Fès et Guelmim (2,2%), à Oujda et Tétouan (2%) et à Agadir (1,9%) et Casablanca (1,8%).

De fait, pareilles données ne peuvent que mettre de l'eau au moulin des syndicats dont les demandes d'augmentation des salaires ont meublé les doléances qu'elles n'ont cessé de présenter à l'annonce de chaque reprise d'un dialogue social mis en stand-by par un Exécutif qui ne cesse de clamer le contraire.

Elles sous-tendent et justifient le malaise perceptible de la classe dite moyenne dont les revenus stagnent à vue d'œil et dont les dépenses sont en augmentation d'autant plus constante que les pouvoirs publics sont en train de se défausser de certaines fonctions régaliennes de l'Etat sur un secteur privé qui semble guidé par le seul lucre.

Dans une étude consacrée à la question des inégalités sociales et publiée vers la fin de l'année dernière, la Direction des études et des prévisions financières du ministère de l'Economie et des Finances, rappelle, à ce propos, que «les avancées encourageantes enregistrées par le Maroc n'ont pas permis d'endiguer de manière significative les inégalités sociales, qui continuent d'afficher une résistance à la baisse comme en témoigne la quasi-stagnation de l'indice de Gini depuis des années (0,395 en 2014 soit le même niveau enregistré en 1998). Par milieu de résidence, ces inégalités sont plus intenses en milieu urbain, avec un indice de Gini de 0,388 contre 0,317 en milieu rural en 2014».

Le diagnostic établi à ce propos par la DEPF a permis de relever l'existence de trois sources de creusement des inégalités sociales au Maroc. En l'occurrence, l'éducation, la santé et l'emploi dont les insuffisances affectent les conditions de départ des individus et partant leur aptitude à réussir leur mobilité sociale.

Or, l'Etat a ouvert grandes les portes des deux premiers au privé et son modèle de développement ne crée pas suffisamment d'opportunité de travail décent pour des raisons qui semblent ne pas avoir été suffisamment mises en avant pour justifier le divorce avec celui-ci.

Aussi dans son discours d'ouverture de la session parlementaire d'octobre 2017, S.M Mohammed VI avait appelé à l'adoption d'un nouveau modèle de développement, «équilibré et équitable, garant de la dignité de tous, générateur de revenus et d'emplois», insistant sur la nécessité d'assurer un enseignement de qualité, un accès digne à des services de santé d'un bon niveau, une justice équitable et une administration au service du citoyen.

Le gouvernement s'y est attelé, mais le temps politique fait que les actions concrètes ne vont pas être opérationnalisées dans le très court terme malgré l'urgence de la situation et malgré la pression que le coût de la vie ne cesse d'opérer sur les salaires et le panier de la ménagère et malgré un taux de chômage qui devient de plus en plus préoccupant.

En effet, la situation du marché de travail a été marquée par une poursuite de la baisse des taux d'activité et d'emploi, relève le HCP dans note relative au marché du travail au troisième trimestre 2018. La population en âge d'activité (15 ans et plus) s'étant accrue à un rythme plus important que celui de la population active, le taux d'activité a ainsi reculé de 45,5 à 45% entre les troisièmes trimestres de 2017 et 2018 de 41,5 à 41,1% en milieu urbain et de 52,4 à 51,9% en milieu rural.

Pis, les deux-tiers des chômeurs (67,7%) chôment depuis une année ou plus (64,4% parmi les hommes et 74,7% parmi les femmes) et 26,8% des chômeurs se sont retrouvés dans cette situation suite au licenciement (21,9%) ou à l'arrêt de l'activité de l'établissement employeur (4,9%). En outre, environ 8% des chômeurs sont découragés par la recherche active d'un emploi. Ils sont à 86% citadins, 56% masculins, 53% jeunes âgés de 15 à 29 ans et 80% diplômés.

Sans vouloir jouer les Cassandre, force est de constater que les hausses du coût de la vie et du chômage peuvent devenir plus détonantes s'il y a déficience ou dysfonctionnement des politiques suivies en matière d'enseignement, de santé et de services publics comme en ont attesté les différents mouvements sociaux qui ont marqué l'année dernière.

Il est donc grand temps de recourir à des leviers structurels à même de permettre d'élargir les bases de la création de la richesse nationale et sa distribution et de lutter vigoureusement contre les inégalités de chances et de capacités qui obèrent toute volonté d'un développement harmonieux et inclusif du Maroc.

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