Congo-Kinshasa: Une investiture à l'allure de forfaiture

Ç'aurait dû être un vrai jour de gloire. Jour de gloire où l'on verrait un président élu transmettre, pour la première fois, le pouvoir à son successeur élu. Depuis l'accession à l'indépendance de ce qui était jadis le Congo - Léopoldville puis le Zaïre -, la dévolution du pouvoir s'était toujours faite par les armes.

En 1965 Joseph Désiré Mobutu, alors chef d'état-major, renverse le président Joseph Kasa Vubu. Suivront trois décennies de règne implacable et sans partage de Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga, l'homme à la toque de léopard et au bâton de maréchal. Affaibli et malade, en 1997 Mobutu sera à son tour chassé du pouvoir et de son pays par l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), la rébellion menée par Laurent Désiré Kabila.

Quatre ans plus tard, ce dernier, surnommé le M'Zee, est assassiné par un de ses gardes du corps lors d'une révolution de palais. Et c'est son fils Joseph qui héritera du fauteuil présidentiel. Et le voilà, 18 ans après, qui passe le témoin à son successeur, Félix Tshisekedi, le cinquième président du Congo indépendant, mais cette fois sans le moindre coup de feu.

Le vainqueur de la présidentielle de décembre 2018 doit en effet prêter serment aujourd'hui en présence d'une quinzaine de chefs d'Etat, tous africains, avec cependant de grands absents comme le Rwandais Paul Kagame qui, en plus d'être un voisin, assure la présidence en exercice de l'Union africaine. Il a eu l'outrecuidance de critiquer les conditions dans lesquelles le fils d'Etienne Tshisekedi a été élu.

Cette transmission du pouvoir entre fils de... devrait donc être marquée d'une pierre blanche. Hélas ! C'est un jour de honte, surtout quand on sait dans quelles conditions la CENI d'abord, la Cour constitutionnelle ensuite ont décrété la victoire de celui qui, en réalité, n'a pas gagné le scrutin puisque tout porte à croire que c'est Martin Fayulu qui en est le véritable vainqueur. Un vainqueur floué au moyen d'un hold-up électoral digne d'une république bananière et passé par pertes et profits par l'Union africaine, l'Union européenne et les Etats-Unis, c'est-à-dire ceux-là mêmes qui avaient émis de sérieux doutes sur la sincérité du scrutin.

La cérémonie d'aujourd'hui va donc consacrer un braquage électoral qui peut constituer un précédent dangereux pour toutes les démocratures du continent. On comprend d'ailleurs que la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), qui avait été la première à crier au vol, ne veuille pas accorder sa bénédiction à cette investiture à l'allure de forfaiture.

On ne sait d'ailleurs pas si le discours que petit Kabila a adressé hier à la nation était un message d'adieu ou un simple au revoir ; car en installant le plus accommodant de ses opposants, il espère que, le temps d'un quinquennat, ce Medvedev africain se contentera de garder le trône au chaud pendant que lui pourra toujours tirer les ficelles en coulisses.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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