23 Janvier 2019

Centrafrique: Dialogue national centrafricain - Des délégations en route pour Khartoum

Photo: Wikipedia
Khartoum, Sudan

La concertation entre le gouvernement centrafricain et les quatorze groupes armés s'ouvre, ce 24 janvier, dans la capitale soudanaise. Une rencontre initiée par l'Union africaine (UA) sur les bases des conclusions du Forum de Bangui.

Le dialogue tant attendu, préparé depuis juillet 2017 par l'UA et soutenu par les principaux partenaires de Bangui, se veut plus ambitieux que les précédents. « Ces pourparlers pourraient se poursuivre deux à trois semaines. Il n'y a pas de date de fin spécifique », a indiqué Al-Dierdiry Ahmed, ministre soudanais des Affaires étrangères.

Au préalable, un long processus a été nécessaire, notamment la collecte et l'harmonisation des revendications des groupes armés. Des revendications qui seront donc au cœur des débats à Khartoum. La principale interrogation avant ce dialogue est la question de l'amnistie des chefs de guerre, réclamée par tous les groupes armés comme prérequis à un arrêt des hostilités, ce que Bangui a toujours refusé. Les autorités « auront du mal à arracher des concessions » à ce sujet, pense un cadre du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) dont les principaux chefs sont fréquemment cités dans des rapports de l'ONU pour violations des droits de l'homme.

Une branche des antibalaka, milices autoproclamées d'autodéfense, se dit de son côté prête à faire des concessions « si c'est dans l'intérêt du pays », selon Igor Lamaka, représentant des antibalaka emmenés par Patrice-Edouard Ngaissona, récemment transféré à la Cour pénale internationale.

Des pourparlers difficiles, dans ce pays en guerre depuis 2013, où pas moins de sept accords de paix ont été signés en cinq ans, sans qu'aucun n'aboutisse au retour de la stabilité. Même s'il existe encore des inconnues quant à la présence de certains leaders à Khartoum, ils sont nombreux à avoir répondu au rendez-vous. Parmi eux, le chef du groupe armé RJ, Armel Sayo, qui assure de sa bonne volonté dans ce processus. « Notre disponibilité a été marquée déjà par l'adhésion à ce processus DDR. C'est ce qui se réaffirme maintenant par notre présence pour le forum de Khartoum. Le seul souhait que nous attendons, au retour de ces assises, c'est que le vivre ensemble soit obtenu et qu'une voie de sortie définitive de crise soit scellée », a-t-il déclaré.

Ce dialogue « n'inspire pas confiance. On voulait que ce soit dans un pays neutre, à Addis-Abeba (Ethiopie) ou à Kigali (Rwanda) mais, les Russes ont poussé pour Khartoum », a fait savoir un dirigeantdu FPRC, l'un des principaux groupes armés dont le leader, Noureddine Adam, sera néanmoins présent à Khartoum. Le Soudan est « une des principales plates-formes d'approvisionnement en armes des groupes armés centrafricains », a relevé un observateur de la crise à Bangui qui s'inquiète de la partialité de ce pays.

Si Noureddine Adam sera bien à Khartoum, Ali Darassa, leader d'un autre groupe armé important, l'Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), sera absent. Il a estimé que les récents combats mi-janvier entre l'UPC et des soldats de l'ONU à Bambari ne « permettent pas » sa présence au dialogue mais, son groupe y sera malgré tout représenté.

Le Soudan, allié de Moscou, a déjà abrité une tentative de médiation parallèle fin août, que les principaux partenaires de Bangui ont condamné. Le dialogue « doit se faire sous l'égide de l'UA » et non de la Russie, a plusieurs fois martelé la France.

Un dialogue national qui intervient alors qu'environ 80% du territoire est aujourd'hui aux mains des groupes armés et que des incidents et des combats sont encore réguliers. La dernière médiation en date remonte à 2017, sous l'égide de l'Eglise catholique. Les groupes armés avaient repris les armes moins de 24 h après la signature d'un accord et une centaine de personnes avait été tuée à Bria (centre du pays).

Pour l'heure, seules les médiations locales, notamment menées par l'Eglise, semblent aboutir. « Il serait plus utile de renforcer les processus de dialogue et de médiation au niveau local », corrobore le groupe d'analyse International crisis group qui déplore le « peu d'effet » des médiations internationales, notant qu'elles ont néanmoins « l'avantage de mobiliser l'attention internationale sur la crise centrafricaine ».

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