24 Janvier 2019

Cameroun: Glissement de la CAN 2019 - Les effets négatifs sont importants

Le report de l'organisation de la CAN au Cameroun initialement prévue en juin 2019 a fait émerger un débat sur les pertes potentielles au plan économique. Si l'on s'en tient au discours de certains, l'impact négatif de ce glissement de date serait marginal voire nul.

Cependant, une attention portée sur le cadrage macroéconomique du Cameroun notamment dans son programme de facilité élargi du crédit avec le Fonds monétaire International, remet en cause l'optimisme affiché des autorités publiques sur les effets pervers suscités par ce glissement de date surtout en ce qui concerne le volet économique.

Au moins deux raisons n'autorisent pas de minimiser les effets négatifs du glissement de la CAN : les prévisions en termes de mobilisation des recettes fiscales et les prévisions en termes de croissance économique. Les prévisions en termes mobilisation des recettes fiscales susceptibles de financer les investissements publics semblent être corrélées à l'organisation de la CAN. Pour illustration, la loi de finance 2019 prévoit une relative augmentation des prix de certains produits dont le lien avec la CAN n'est pas fortuit. Au plan symbolique, pendant cet évènement et du fait du phénomène d'aveuglement induit par les passions qu'il suscite, les effets néfastes de l'augmentation des prix devraient être atténués.

Ce qui laisse croire que l'organisation de la CAN présentait des opportunités indéniables. En ce qui concerne la croissance économique, les prévisions sur la croissance économique hors pétrole ne sont pas optimistes. Plusieurs activités économiques sont paralysées par les tensions sécuritaires. Les productions des entreprises industrielles des régions du nord-ouest et du sud-ouest sont en arrêt et les prévisions de recettes en termes d'impôts sont hypothéquées. Pour les prévisions relatives au pétrole, le prix du baril de pétrole à l'échelle mondiale est instable (de 64 francs dans les prévisions budgétaires, il est de 46 francs actuellement et pourrait fluctuer tout au long de l'année 2019).

Au regard des différents investissements consentis aussi bien par les autorités publiques et les acteurs du secteur privé d'une part, et les différentes interactions qui lient les secteurs de l'économie d'autre part, il semble opportun d'exposer les effets néfastes potentiels de ce glissement de date de la CAN respectivement sur le secteur réel, les finances publiques, le secteur monétaire et le secteur extérieur.

Le secteur réel

Au sujet du secteur réel, le glissement de la date liée à la CAN, devrait impacter négativement la croissance économique réelle. Prévue pour 4.4% en 2019, le PIB devrait décélérer de 0.3 point pour s'établir à 4.1%. Cette décroissance traduit l'annulation ou le report de certaines activités associées à la CAN. Par exemple, près de 750 milliards ont été investis dans l'économie touristique notamment sur les hôtels et restaurants. Le chiffre d'affaires projeté avec l'organisation de la CAN était de 1000 milliards. Un autre élément tout aussi pertinent à considérer est l'investissement dans la cimenterie. En effet, plusieurs unités de productions ont accru leur capacité de production dont les bénéfices attendus étaient fixés à court terme. Cet investissement consenti a mis à contribution plusieurs secteurs d'activité annexe tels que le transport. Le volume d'activité initialement prévu devrait baisser. En outre, il sera possible d'observer un faible niveau d'inflation qui sera contre-productif à l'économie.

Les finances publiques

Sur les finances publiques, le glissement de la date de la CAN devrait entraîner un glissement des recettes de l'Etat. Par exemple, les prévisions faites par le ministère du tourisme prévoyaient que la CAN devait générer 75 milliards de FCFA de frais de visa, 10 milliards de frais de timbres d'aéroport, 120 milliards de taxes touristiques pour un montant total de 205 milliards. Par ailleurs, le glissement de cette date devrait réduire le niveau de consommation espéré. Dans le cadrage macroéconomique du Cameroun, l'indice de prix à la consommation pour 2019 était de 0.2 point supérieur à celui de 2018. Cet indice devrait connaître une réduction suite à la baisse de la consommation. A cet égard, les recettes fiscales seront moins importantes que les prévisions faites. Par conséquent, le risque d'un déficit primaire et d'un creusement de la dette extérieure est élevé.

Le secteur monétaire

En ce qui concerne le secteur monétaire, la principale conséquence du glissement de la date de la CAN serait le rationnement du crédit à l'économie. En effet, les statistiques de la BEAC révèlent une forte croissance du crédit vers le secteur privé entre 2017 et 2018. Cette croissance traduit partiellement les investissements du secteur bancaire dans les activités liées à la CAN. Pour 2019, le FMI prévoyait également une poursuite de cette croissance soit une variation de 0.3 points par rapport à 2018. Le report de la CAN s'oppose à ces prévisions du système bancaire qui a privilégié des crédits de court et moyen terme. À l'évidence, un report de la CAN nécessite des discussions de rééchelonnement de la dette avec les créanciers. Un tel contexte pour le banquier est interprété comme un risque majeur. À cet effet, il semble fort probable que le crédit à l'économie enregistre une baisse ce qui devrait compromettre d'éventuels investissements. Ce comportement bancaire est préjudiciable pour le crédit à la consommation et à l'équipement pour les travailleurs camerounais.

Le secteur extérieur

Au sujet du secteur extérieur, le glissement de la date de la CAN devrait impacter négativement le niveau des exportations et des réserves de changes. S'agissant des exportations, le nombre des visiteurs attendus pour cet évènement sportif devrait favoriser des ventes en termes de billets d'avions, des frais d'hôtels et la consommation des produits locaux. Le secteur touristique dans ce cas devrait contribuer à réduire le déficit de la balance commerciale dû au renchérissement des exportations. Concernant, le niveau des réserves de changes, la présence des touristes sur le territoire Camerounais devrait booster la demande de la monnaie locale. Dans un système de régime de changes flexible on parlerait d'une appréciation monétaire. Globalement, le glissement de la date de la CAN devrait permettre une révision vers le bas du volume des exportations et des réserves de changes.

Il apparaît alors que les impacts négatifs du glissement de la CAN ne sont pas négligeables. Les améliorations des conditions de vie des populations anticipées sont hypothéquées. Au meilleur des cas, si les autres facteurs endogènes sont maîtrisés, les conditions de vie seront identiques à celles de 2018. Au pire des cas, et si les dysfonctionnements internes continuent de prospérer, les conditions de vie des populations vont fortement se détériorer. Par ailleurs, l'hypothèse du glissement différerait les gains anticipés de la CAN, une annulation serait alors dommageable et entraînerait un gap important susceptible de nous contrainte à prolonger notre bail avec le FMI.

Ce qui n'est pas sans conséquences. Deux principales recommandations d'urgence découlent de ces constats. La première recommandation est d'améliorer la qualité de la dépense publique (réduire considérablement le train de vie de l'Etat en termes de nombre de ministères et de dépenses de confort d'une part, et d'autre part en termes de lutte contre la corruption et de lutte contre l'insécurité). La deuxième recommandation est d'améliorer la qualité des choix de politiques publiques dont la diversité ne garantit pas toujours l'efficacité. Un accent particulier sera mis sur le recentrage autour des priorités et le choix des décisions plus impactantes. Ces recommandations indexent les choix politiques opérés. Il convient donc d'engager une véritable réflexion sur l'équilibre à garantir entre décision politique et efficience économique.

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