23 Janvier 2019

Burkina Faso: Auditions complémentaires - Koussoubé charge Nion, la défense se lézarde

Les audiences complémentaires du procès du putsch manqué de septembre 2015 se sont poursuivies le 23 janvier 2019. Deux accusés ont été appelés à la barre : le sergent-chef Roger Koussoubé alias le Touareg, entendu la veille, et le caporal Sami Dah, tous deux présentés comme faisant partie de ceux qui ont procédé à l'arrestation des autorités de la Transition. Le sergent-chef Koussoubé ne s'est pas contenté de maintenir ses déclarations, il a surtout chargé des coaccusés, particulièrement l'adjudant Jean Florent Nion. Cette stratégie de défense a visiblement divisé les avocats de la défense, chacun voulant sauver la tête de son client.

Indexé par des coaccusés comme ayant été le messager du général Gilbert Diendéré, le sergent-chef Roger Koussoubé, au troisième jour de son audition complémentaire, n'a pas décampé de sa position. Autrement dit, il a soutenu mordicus, ses conseils aussi, n'avoir pas été le messager de celui que l'on présente comme étant le cerveau du putsch.

L'accusé soutient également n'avoir pas ordonné l'arrestation des autorités de la Transition, encore moins y avoir assisté. Hier, Koussoubé a adopté une stratégie de défense qui n'était visiblement pas de nature à laisser se tirer d'affaire ceux qui lui ont attribué le rôle de « messager ». Les « tirs » du sergent-chef étaient particulièrement concentrés sur l'adjudant Jean Florent Nion, taxant ce dernier de cupidité et d'individu capable de tout pour satisfaire ce défaut.

La posture du Touareg a visiblement fissuré le bloc des avocats de la défense, amenant chacun à vouloir sauver la tête de son client.

Le premier à fustiger la stratégie de défense de l'accusé a été Me Bertin Kiénou pour qui le mis en cause s'appuie sur des déclarations opportunes de coaccusés, notamment sur celles du major Eloi Badiel pour se tirer d'affaire.

Le conseil de l'adjudant Jean Florent Nion ne manquera pas lui aussi de tirer à boulets rouges sur l'homme à la barre : « les deux avocats de l'accusé ont dit qu'un coup d'Etat c'est sérieux et que ça ne se prépare pas yada-yada ou encore que ça demande des moyens. Ce n'est pas pertinent comme argument. Le camp Naaba Koom jouxte la présidence qui était gardée par des éléments du RSP. Et chaque élément dispose d'une arme de dotation et de 140 munitions en moyenne. » En faisant ces observations Me Nion a voulu indiquer que dans le cas du putsch manqué, il n'y avait pas besoin de préparation ou de moyens. »

Koussoubé boude le conseil de l'adjudant Nion

Le conseil de l'adjudant Jean Florent Nion, dans ses développements, a voulu faire comprendre par ailleurs que le natif de Bobo-Dioulasso, contrairement à ce qu'il avance comme arguments, ne s'est pas rendu à la radio Savane FM par simple curiosité : « le sergent-chef Koussoubé est à Ouagadougou depuis 2000 et c'est curieux que ce soit précisément à la date du 18 septembre, et de surcroît la nuit, qu'il décide de se rendre dans une radio pour, dit-il, satisfaire sa curiosité. »

Sur cette question, la volonté de l'avocat d'en savoir davantage a rencontré le silence du mis en cause qui, droit dans ses bottes, a martelé : « Me Nion, vous pouvez continuer à poser des questions et faire des observations mais je ne vais jamais vous répondre ».

Et ce sera parole tenue puisqu'aux questions qui s'en sont suivies, l'homme à la barre n'a laissé entendre que des « je n'entends pas répondre ».

Exceptionnellement sur une question qui portait sur une villa située à l'intérieur du palais présidentiel et dans laquelle le chef Koussoubé aurait emménagé durant un certain temps, l'accusé a daigné y apporter une réponse.

Dans les PV d'auditions dressés par les policiers ivoiriens, Le Touareg aurait indiqué que des mercenaires venus du Ghana ont cherché entre-temps à l'assassiner et que c'est pour cette raison qu'il avait emménagé dans cette villa.

Mais l'avocat a voulu savoir comment l'accusé a pu obtenir une villa à la présidence du Faso. Mais le sous-off lui fera savoir que tous les éléments du RSP avaient un pied-à-terre au palais présidentiel qu'ils pouvaient occasionnellement occuper.

Passé cette communication difficile entre les deux protagonistes, c'était au tour de Me Abdoul Latif Dabo de tenir le crachoir. Sans être le conseil du mis en cause, lui, a plus soufflé le froid que le chaud. En effet, après avoir demandé au chef Koussoubé de dérouler son programme de la journée du 16 septembre 2015, l'avocat a voulu savoir les liens qui existaient entre l'accusé et le général Diendéré. Le sergent-chef, droit dans ses bottes, a fait savoir que bien qu'il ait été au RSP depuis 1998, il n'a jamais travaillé avec l'ex-numéro 1 du corps. Et d'ajouter : « si j'avais eu le privilège de travailler avec le général, j'allais en être fier. »

Poursuivant ses interrogations, Me Abdoul Latif Dabo a encore voulu savoir qui des accusés, adjudant Nion, major Badiel et Moussa Nébié était proche du général Diendéré. « Peut-être Nébié Moussa parce qu'il a eu à assurer la sécurité du général », a répondu le mis en cause.

Selon le développement de l'avocat, si le chef Koussoubé n'était pas le plus proche du général, il est improbable qu'il soit son messager.

A la rescousse de son « protégé », Me Alexandre Sanwidi a indiqué que les faits sur la base desquels son client est mis en cause dans cette affaire ne sont pas établis. S'appuyant sur les propos de son confrère Me Dabo et convaincu que l'argument selon lequel le sergent-chef Koussoubé a été le messager du général Diendéré ne tient pas la route. « Cette thèse de messager me paraît une science-fiction », a dit l'avocat, pour qui il est impensable que le sergent-chef instruise de perpétrer un coup et que lui-même se mette en retrait.

Me Michel Traoré, autre avocat de l'accusé, a axé ses arguments sur le fait qu'il ne pouvait pas y avoir de coopération entre le trio Koussoubé, Nion et Badiel au regard des antécédents qui les opposent. Selon la lecture de l'avocat, les Badiel et Nion ont préparé le coup et ont tendu un piège au chef Koussoubé. Autres arguments de la défense, le mis en cause avait été mandaté par le Premier ministre de « veiller à la cohésion au sein du corps ». Selon la logique de la défense de Koussoubé, ce dernier n'avait pas intérêt à ce que le corps soit dissous.

Le caporal Sami Dah à la barre

Après que le président du tribunal a autorisé le sergent-chef Roger Koussoubé à rejoindre le box des accusés, c'est le caporal Sami Dah qu'il a invité à la barre. Accusé des faits d'attentat à la sûreté de l'Etat, de meurtre, de coups et blessures volontaires ainsi que de destruction volontaire aggravée de biens, son nom est cité parmi les éléments qui ont procédé à l'arrestation des autorités de la transition. Avant de laisser la parole au ministère public pour des questions et observations, le président Seidou Ouédraogo, non sans demander à l'accusé de rappeler son agenda de la journée du 16 septembre, a voulu savoir s'il maintenait ses déclarations lors de sa comparution du 3 juillet 2018. « Oui, je les maintiens », a répondu le mis en cause.

Selon le briefing de sa journée du 16, il était à son pied-à-terre à Koulouba et vers 13 heures, il a reçu un coup de fil du sergent-chef Koussoubé l'invitant à rejoindre le palais. Lorsqu'il s'y est rendu, il a trouvé un rassemblement avec des véhicules prêts à embarquer. « Quelqu'un m'a dit d'embarquer et j'ai aussitôt embarqué pour la présidence », a dit l'homme à la barre. « Avez-vous vu le sergent-chef Koussoubé ? », a voulu savoir le parquetier qui a aussitôt reçu une réponse affirmative. « Je n'aurais pas embarqué si je ne l'avais pas vu. Mais une fois le convoi arrivé à destination, il n'a plus revu Le Touareg d'où son initiative de retourner au camp.

L'accusation poursuivant ses questions et observations est revenue sur des déclarations du caporal lors de son interrogatoire au fond, lui demandant d'être plus explicite sur ses propos selon lesquels il a participé au putsch en exécutant les ordres du sergent-chef Roger Koussoubé. « Si je dis que j'ai participé au putsch en exécutant les ordres du chef Koussoubé, c'est parce que c'est lui qui m'a fait appel. S'il ne m'avait pas appelé, je n'allais pas me rendre au palais et être embarqué ».

L'audience du procès du putsch se poursuit demain vendredi 25 janvier 2019 à 9h avec le sergent-chef Lahoko Mohamed Zerbo.

Encadré

« Ce procès risque de finir comme celui de Gbagbo »

Il n'est pas rare de constater dans le cadre d'un dossier qu'un avocat s'inspire d'une affaire similaire pour tenter de sauver la tête de son client. Le procès du putsch manqué de septembre 2015 a-t-il des similitudes avec celui de l'ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo, qui est poursuivi par la cour pénale internationale après la crise postélectorale de 2010 et récemment acquitté ?

C'est en tout cas ce que l'on serait tenté de croire en suivant l'avocat du sergent-chef Roger Koussoubé. Après avoir soutenu en long et en large que les faits reprochés à son client ne sont pas établis, Me Michel Traoré a fini par lâcher que « ce procès risque de se terminer comme celui de Laurent Gbagbo. » Si l'on n'y prend garde, a poursuivi l'avocat, « on aura passé une année à dépenser des milliards sur des expertises qui n'auront fait que violer l'intimité des gens ». Et de s'adresser à celui qui s'occupe de la police de l'audience en ces termes : « vous aussi Monsieur le président, on vous aura obligé à écouter des déclarations, des contradictions et à la fin, on ne saura jamais ce qui s'est passé. S'il faut libérer tout le monde, il n'y a pas lieu d'hésiter. »

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