Sénégal: Lamine Michel Savané, consultant en management sportif et ancien membre du CNBS - «On est encore en retard dans l'organisation et la rationalisation du basket»

24 Janvier 2019
interview

La disposition du complexe Dakar-Arena propulse le basket sénégalais à un autre niveau sur le continent africain. C'est d'emblée la première appréciation que Lamine Michel Savané, consultant en management du sport, fait de la nouvelle infrastructure qui a abrité samedi dernier, les premiers matchs de la saison. Mais au-delà du constat, l'ancien vice-président du Comité de normalisation du basket ball sénégalais (Cnbs) jette un regard sur la marche du basket sénégalais. Non sans relever quelques défis majeurs et particulièrement la pertinence d'une Ligue professionnelle africaine en lieu et place d'une ligue professionnelle qui, selon lui, est prématurée au Sénégal.

Le top départ de la saison de basket ball vient d'être donné dans la nouvelle salle d'Arena Tour. Comment appréciez-vous cette initiative ?

Il faut bien sûr rendre à César ce qui appartient à César. Ce sont, quand même les Lionnes qui ont gagné et le président de la République a pris une décision historique de construire cette infrastructure de dernière génération. DakarArena a propulsé le basketball sénégalais à un autre niveau sur le continent africain. Il faut le dire, on peut aujourd'hui être fier d'être la seule nation à avoir une infrastructure de ce niveau sur tout le continent africain. Ce qui existe en Afrique du Sud et dans les pays maghrébins sont des infrastructures qui datent de 5 voire 10 ans. Elles ne sont pas aux normes auxquelles est Dakar-Arena. C'est une bonne initiative de la Fédération de lancer symboliquement le début du championnat là-bas. Le seul bémol pour moi est qu'il n'y avait pas autant de personnes qu'il aurait fallu. Il faut non seulement féliciter aussi bien la Fédération sénégalaise de basket que le ministère des Sports.

La saison de basket a débuté il y a une semaine. Le démarrage à cette période n'est-il, selon vous vous, assez tardif ?

Honnêtement, il est tardif. A l'image de toutes les fédérations. Au Sénégal, on a toujours des difficultés à s'inscrire dans un calendrier international. Dans le cadre de la nouvelle organisation par la Fiba des compétitions, avec les fenêtres particulières où on doit jouer, c'est plus important aujourd'hui de se mettre dans le cadre du calendrier international. Car cela permet de commencer une saison de basket au plus tard en octobre, de mettre en jambe les équipes et de les préparer. Compte tenu des difficultés d'avoir accès à tous les joueurs, qui sont dans les clubs en Europe, c'est plus important que le championnat commence à temps.

La Fédération a mis du temps à vider les contentieux de la saison écoulée et démarré à temps. Estce que on peut lui imputer ce retard ?

Je pense que la responsabilité première, c'est la Fédération .Elle décide du démarrage et de la fin. J'imagine qu'elle doit avoir sa raison. Mais, on doit se battre pour pouvoir commencer à temps. La Fédération, c'est le règlement des clubs. Est-ce qu'ils sont prêts ? C'est un autre aspect qu'il faut prendre en charge. Le basket au Sénégal vit avec de maigres moyens. S'il n y a pas un soutien significatif du privé qui intervient en terme d'accompagnement des clubs, ce sera difficile de vouloir imposer aux gens un rythme, un calendrier quelconque. Si les gens n'ont pas les moyens de commencer, c'est difficile. Cela devient très complexe.

N'y a-t-il pas un paradoxe si l'on sait que l'on a introduit une nouvelle formule qui accroit le nombre de matchs à jouer durant la saison. Que pensez- vous de la nouvelle formule ?

Il n'y a pas vraiment une formule qui est meilleure que l'autre. Toute formule dépend du cadre et de l'environnement dans lequel on la met. Les objectifs et les moyens qui sont mis en avant la déterminent. Au temps du Cnbs, on a eu une formule bien précise parce que l'on a su mobiliser les moyens qu'il fallait pour suivre la formule. Il faut rappeler que c'est la fédération qui subventionne les clubs pour le transport des matchs. Tant que la Fédération n'a pas les moyens pour être autonome, deux ou trois mois avant le début du championnat, ce sera difficile de faire pression sur les clubs et commencer plus tôt.

Une plateforme pour le renouveau du basket a été formée par certains acteurs du basket qui veulent entreprendre une autre démarche dans la gestion du basketball. Adhérez-vous à ce projet ?

Je ne suis pas membre de cette plateforme. Je fais partie du comité directeur de la Fédération sénégalaise de basket coopté par le ministère des Sports, compte tenu de mon expérience et de mon vécu au sein du Cnbs. C'est pour apporter un maximum de conseils à la fédération. Par rapport à cette plateforme, je connais les gens qui y sont. Je les ai entendus dans leurs différentes interventions. Beaucoup de leurs griefs sont valables. D'après qu'ils ont déclaré, c'est dans l'intérêt du basket et ils se sont mobilisés pour le faire et pas à des fins électoralistes et de positionnements. Ce qui m'implique en tant qu'acteur de basket, c'est ce que l'on peut faire pour améliorer ce que l'on a. Que ce soit à la Fédération ou cette plateforme, les visions peuvent être différentes. Mais l'objectif doit être le même. C'est ce qui enrichit le débat. La réalité est que, par rapport au potentiel qui existe au Sénégal, à la qualité des joueurs qui a toujours existée, on est encore en retard dans l'organisation et la rationalisation du basket au Sénégal. On peut faire mieux que ce que l'on est en train de faire.

Est-ce que la Ligue africaine, une sorte de Superligue dont vous êtes un des promoteurs est encore d'actualité ?

Elle est carrément d'actualité en ce moment. Vous avez entendu la Nba-Afrique lors de l'inauguration de leur infrastructure à Saly. Ils ont dit qu'ils sont en train de travailler sur ce projet. On ne peut que se féliciter et fier d'être à l'origine. On voit que Fiba Afrique est en train de lancer une ligue avec les clubs et faire une ligue panafricaine. Ce qu'ils sont en train de faire n'est cependant pas une ligue professionnelle, c'est plutôt une ligue des champions. Notre objectif est de mettre une ligue professionnelle de basket en Afrique. Notre continent est le seul continent qui ne l'a pas encore. Ce n'est pas normal que l'on n'ait pas une ligue professionnelle qui crée des emplois pour les joueurs, les entraîneurs et pour tous les encadreurs. C'est tout un écosystème qui serait un levier de développement comme tous les autres.

Au niveau des fédérations, l'aspect marketing, financier est-il très bien pris en compte ?

On n'est pas au point où l'on peut avoir une ligue professionnelle au Sénégal. C'est une question de moyens, de taille de marché. On parle de sport busines. Pour pouvoir le faire, il faut que le marché soit beaucoup plus important. Le Nigeria ne peut pas le faire. L'Angola le fait parce que depuis longtemps, ils ont un président qui adorait le basket et qui a mis les moyens. Les pays maghrébins le font aussi. La taille de leur marché et la proximité avec l'Europe leur permet de capitaliser sur des sponsors et partenaires commerciaux. Pour le Sénégal, le Mali ou la Côte d'Ivoire, c'est prématuré.

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