Afrique: Des médias sous contrôle quasi-total

communiqué de presse

Huit ans après la révolution égyptienne, Reporters sans frontières (RSF) dévoile le résultat d'une enquête sur la propriété des médias en Egypte. La quasi-totalité des organes de presse sont désormais aux ordres du pouvoir, directement contrôlés par l'Etat, les services secrets ou quelques riches hommes d'affaires proche du régime.

Alors que le paysage médiatique égyptien était déjà particulièrement marqué par un contrôle de l'Etat ou des acteurs économiques, l'enquête réalisée par les équipes de RSF sur l'Egypte dans le cadre du projet Media Ownernership Monitor (MOM) révèle que depuis l'arrivée au pouvoir du président Abdel Fattah al Sissi, l'Etat égyptien a parfait sa mainmise sur les médias grâce à une série de rachats agressifs et de changements législatifs.

Egyptian Media Group, qui domine le secteur audiovisuel et notamment la diffusion des chaînes de télévision par satellite, a ainsi effectué au moins une douzaine de rachats forcés depuis 2016. Le groupe, dont le directeur est nommé par le président, est contrôlé par les renseignements généraux. Autre exemple : un riche homme d'affaires, Mohamed Abul Einein, qui a soutenu l'ancien président Hosni Moubarak et qui soutient aujourd'hui le président Sissi, a, lui, pu conserver les médias qu'il détient, contrairement à d'autres hommes d'affaires moins dociles.

Un cadre opaque et répressif

L'enquête MOM de RSF a analysé la propriété de 41 médias, parmi les plus populaires d'Egypte, tous secteurs confondus : presse écrite, audiovisuel et web. L'Egypte, qui est le 18e pays examiné dans le cadre du MOM, s'est révélé être un environnement particulièrement opaque et compliqué. Les données concernant l'origine des investissements, les titres de propriété ou même les chiffres d'audimat sont rendus inaccessibles par la législation ou la bureaucratie égyptienne encline à la corruption. Les partenaires locaux de Reporters sans frontières ne peuvent pas non plus être nommés pour leur propre sécurité. Tous les sites web de RSF, y compris celui du MOM, sont bloqués en Egypte depuis août 2017. Pour l'ensemble de ces raisons, c'est aussi la première fois que RSF n'est pas en mesure de présenter le résultat de son enquête dans le pays concerné.

Initiées par RSF, les enquêtes sur la propriété des médias, qui sont regroupées sur la plate-forme Media Ownership Monitor, font partie d'un projet global de recherche et de plaidoyer destiné à promouvoir la transparence et le pluralisme des médias dans le monde. Financé par le gouvernement allemand, ce projet a déjà permis d'étudier la propriété des médias dans 17 pays : l'Albanie, le Brésil, le Cambodge, la Colombie, le Ghana, le Liban, le Maroc, le Mexique, la Mongolie, le Pérou, les Philippines, la Serbie, le Sri Lanka, la Tanzanie, la Tunisie, la Turquie et l'Ukraine.

L'Egypte occupe la 161e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2018 établi par RSF. Le journalisme indépendant y est moribond. Au moins 32 journalistes professionnels ou non y sont actuellement privés de liberté pour leur travail d'information.

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