Ile Maurice: Monnaie étrangère - Incertitude autour de l'appréciation de la roupie face à la livre sterling

Ils sont nombreux à se demander si les effets de la tendance actuelle de la roupie à s'apprécier vis-à-vis de la livre sterling pourraient être répercutés dans le caddie du consommateur. «Pas si sûr», affirme Eric Ng Ping Cheun, économiste. «Si cela devait se produire, les effets seraient minimes. Par contre, les Mauriciens qui sont à même de prendre avantage directement de la valse de la livre sterling à l'égard de la roupie sont ceux dont les enfants étudient dans les universités du Royaume-Uni.»

Un avis que partage Aslam Kathrada, directeur de Nak Enterprises Ltd, société opérant dans le port franc. Eric Ng Ping Cheun ajoute qu'il n'est pas dit que les gains engrangés par un importateur vont être automatiquement passés au consommateur.

Dans le cadre des relations de Maurice avec l'étranger, il est un fait que la Grande-Bretagne n'occupe plus la place qu'on lui attribuerait automatiquement en raison du rôle que ce pays a joué dans l'histoire de Maurice. Un constat établi par la Mauritius Chamber of Commerce and Indusrtry (MCCI) à l'article 2,3 intitulé «Main Export Countries» du General Export Trends. «Bien que la Grande-Bretagne ait été notre principal marché pour nos produits d'exportations pendant les dix dernières années, sa part du marché a considérablement été réduite de 34 % à 12 %. Cette situation est principalement causée par la baisse considérable au niveau de l'exportation des produits de l'habillement et de la canne à sucre pour cette période.» Le tableau présenté par la MCCI pour soutenir son argument montre qu'en 2008, le montant des exportations vers la Grande-Bretagne s'élevait à Rs 20,1 milliards contre seulement Rs 8,6 milliards 11 ans après.

Les données fournies par Statistics Mauritius constituent un autre argument de taille pour soutenir cette école de pensée quant au rôle de la Grande-Bretagne sur le plan commercial. Les derniers pointages par rapport aux exportations du pays indiquent que le Royaume-Uni figure à la quatrième place derrière l'Afrique du Sud, les États-Unis et la France. La liste évoquant, elle, l'identité des sept plus gros pays exportateurs de leurs produits vers Maurice ne fait pas mention de la Grande-Bretagne. L'on retrouve en ordre de priorité : la République populaire de Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud, la France, l'Australie et les États-Unis.

Performance du dollar

L'importance qu'ont prise le dollar et, dans une moindre mesure, l'euro au détriment de la livre sterling dans les transactions de devises à Maurice saute aux yeux. Les données publiées par la Banque de Maurice dans le dernier numéro de son Statistical Bulletin en témoignent.

Au chapitre 57 B intitulé «Foreign Currency Sales by Mayor Currencies», entre janvier et décembre 2018, il y a un état des lieux de l'intérêt que portent les acheteurs potentiels aux devises étrangères. Ainsi, la performance du dollar comparativement à celle de la livre sterling est sans appel. Lorsque la vente de la livre sterling s'est affaiblie à £ 165, 4 millions, la devise américaine était à $ 2,9 milliards.

Avec un dollar américain qui connaît à peine des bouleversements sur le marché des devises, il existe peu d'hommes signataires d'un contrat d'affaires qui préféreraient que les transactions soient libellées en une monnaie autre que le dollar américain. L'euro fait, lui, dans certains cas, de l'ombre à la livre sterling sur le marché local. L'argument avancé par le représentant d'un importateur d'une marque de voiture d'origine britannique est révélateur sur ce plan. «Nos transactions se font en euro.»

Jeudi, la livre sterling peinait à se stabiliser vis-àvis de l'euro. Une lecture de l'évolution du marché de change sur le site Boursorama indique qu'à l'ouverture des opérations, il fallait 0,8703 fraction d'une livre sterling pour s'offrir un euro et à 18 h 24, il en fallait 0,8716. À Maurice, la livre sterling a croisé une roupie forte. Selon une moyenne établie par le calcul de la Banque centrale, il fallait Rs 45,47 pour s'acheter une livre sterling en janvier 2018 contre Rs 43,99 en décembre.

Jusqu'à quand la livre sterling arrêtera-t-elle d'être instable ? Cette situation est en quelque sorte le reflet de la situation politique dans laquelle se trouve la Grande-Bretagne en ce moment. Tout cela est lié au référendum en faveur du Brexit. La date du divorce, qui a été fixée au 29 mars, arrive à grands pas sans qu'il y ait le moindre signe annonciateur que le gouvernement de Theresa May parviendra à conclure un deal avec l'Union européenne (UE). C'est ainsi que la livre sterling vivra au rythme de l'incertitude entourant la dernière ligne droite des négociations avec l'UE, voire la période qui interviendra juste après le divorce du 29 mars.

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