Ile Maurice: Maurice-Mozambique - Liens de sang

L'invité des commémorations du 184e anniversaire de l'Abolition de l'esclavage est le président du Mozambique. Voici des extraits des «Liens de sang», article signé Jean Claude de l'Estrac, publié dans «l'express» du 25 juin 1975, à l'occasion de l'accession du Mozambique à l'indépendance.

«Si l'île Maurice savait se souvenir, si l'histoire, dans son intégralité, avait été restituée aux Mauriciens, ce 25 juin, jour indépendance du Mozambique, aurait suscité chez le peuple mauricien joie et fierté. Par-delà le temps des liens de sang unissent nos deux peuples. C'est du Mozambique surtout que sont venus à l'île de France les esclaves noirs achetés à Mungoya pour quelques piastres. C'est à Mungoya, petit village à l'entrée de la rivière Rouvouma, que des Mozambiques «robustes et laborieux» ont été embarqués à bord des navires français à destination de Maurice. Ainsi de 1773 à 1810 on comptera au moins 142 expéditions. On disait alors, la grande richesse du Mozambique, c'est les esclaves.

Les relations entre les deux peuples furent nouées dès le début du XVIIIe siècle. Alors que sous la Compagnie des Indes, l'île de France avait importé ses esclaves de Madagascar principalement, mais aussi de certains lieux de traite réputés en Afrique de l'Ouest, notamment du Sénégal et de la Guinée, le gouvernement royal devait montrer une nette préférence pour la côte orientale de l'Afrique. Aussitôt les premières expéditions lancées sur la côte orientale, les Mozambiques qui feront forte impression vont se substituer aux Malgaches jugés «trop paresseux» (... )

Labourdonnais plus tard allait infléchir le cours de l'histoire. Il faut croire qu'il obtint l'autorisation de la Compagnie puisque déjà, sous son administration les premières expéditions furent envisagées. Les noirs de Mozambique firent si vite impression que les expéditions se multiplièrent tant que la traite à Madagascar périclita et fut finalement abandonnée.

Un recensement en 1806 allait établir que les deux-cinquièmes de la population d'esclaves étaient composés de Mozambique contre un cinquième de Malgaches. La traite se faisait, à lire les comptesrendus des expéditions, avec la plus grande diplomatie entre les deux puissances coloniales, la France et le Portugal.

C'est au fil des escales, que les esclaves du Mozambique étaient achetés. Aussitôt la traite conclue, un prêtre portugais baptisait obligatoirement les esclaves vendus.

Souvent les Mozambiques étaient achetés contre des (... ) armes et munitions, des toileries, des spiritueux. Une eau-de-vie de mauvaise qualité, l'arak était très prisée par certains. Lorsque la «cargaison» avait été mise au fer, les Mozambiques étaient entassés dans les flancs du navire et le voyage vers Maurice commençait.

Les conditions étaient telles que parfois, au terme du douloureux voyage, entrait dans la rade de Port-Louis, un immense cercueil flottant. Lorsque l'Aimable Victoire, parti de Mozambique, arriva à Port-Louis en 1777, 119 des 422 esclaves embarqués avaient péri. En 1739, on avait compté 360 morts sur une «cargaison» de 620 esclaves (... )

Pendant les quarante jours que durait en moyenne la traversée, les Mozambiques étaient nourris avec du riz et du «boeuf à salaison» de Madagascar. Pendant la journée, l'équipage occupait les esclaves à des petits travaux «pour les distraire et les éloigner des pensées de révolte». Et la nuit quand il faisait beau, ils étaient autorisés à monter sur le pont, et alors ils dansaient. Une musique et une danse qui annoncent «la gaîté et la force des gambades grotesques; des mouvements d'une souplesse extraordinaire et d'une lascivité plus au moins outrée forment leurs danses».

Quand le négrier arrivait enfin à Port-Louis (... ) on les achetait alors à l'encan. Pendant des années pour la plus grande prospérité de l'île de France, les esclaves Mozambiques apportèrent une contribution remarquée. Les autorités coloniales avaient constaté que «les plus robustes et laborieux sont les Mozambiques, les plus paresseux les Créoles et les Malgaches, les plus adroits, les Indiens».

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