Cote d'Ivoire: Érosion côtière - L'angoisse gagne les populations de Lahou-Kpanda

3 Février 2019

Jour de fête à Lahou-Kpanda, paisible village sur la côtière à plus de 115 Km d'Abidjan, ce 30 janvier. Malgré la canicule, femmes, enfants, jeunes, vieux sont sortis massivement pour accueillir au son de rythmes locaux la délégation gouvernementale conduite par le directeur de cabinet du ministre de l'Environnement et du Développement durable, François Kouablan.

Une vingtaine de minutes ont suffi, à partir de Grand-Lahou, aux représentants de l'État pour joindre Lahou-Kpanda, bordé de lagune et de mer, via des embarcations.

Mais derrière cette ambiance de fête, se cache une grosse inquiétude avec laquelle vivent ces populations depuis des décennies. Il s'agit de l'érosion côtière. Ce phénomène mondial, menace de faire disparaître ce village de pêcheurs et d'agriculteurs.

D'où ce déplacement pour y apporter le soutien de l'État et identifier les mesures d'urgence qui s'imposent. Une dizaine de villages environnant, notamment Loukouhiri, Dibou, Groguida, Ebounou, Adjondon, Braffedon, Toukouzou, etc., se sont joints à la rencontre, vu l'importance du sujet.

Dans le calme plat qui règne dans le cimetière de LahouKpanda, les vagues, parfois, puissantes, viennent s'y échouer régulièrement. Conséquences : sous la pression de la mer, des tombes ont été détruites et des corps emportés. Et la menace persiste.

En raison de cette situation, une sorte de panique générale s'est emparée des villageois. Certains, ayant peur de « perdre à jamais »leurs proches décédés procèdent déjà à des exhumations et des enterrements ailleurs, en conformité ou non avec les dispositions en vigueur.

D'autres, peu scrupuleux, selon des habitants, profitent de ce mouvement de panique pour profaner également des sépultures.

Ainsi, dans le cimetière de LahouKpanda, on a vu de nombreuses tombes ouvertes ou parfois cassées et vidées des dépouilles qui y étaient. « J'ai très mal de voir ce spectacle», confie Dago Éric, un habitant du village rencontré dans le cimetière.

« La mer étant proche, en décembre dernier, nous avions dû déplacer les corps de ma grand-mère et de mon oncle. C'était vraiment triste », commente le jeune homme, la tête baissée. Selon lui, ce jour-là, tout s'est passé en présence de la gendarmerie et d'un médecin.

Même Gnangni Daniel, maire de Grand-Lahou, rappelle qu'une « solution durable »devrait être trouvée afin que « des images émouvantes de sépultures en perdition »ne se reproduisent plus dans cette région riche en ressources naturelles.

Conseiller municipal et fils de Grand-Lahou, Egni Bégni, explique que depuis deux mois pratiquement, en raison des effets de la mer qui étaient de plus en plus agressifs, les exhumations de corps ont commencé. « Pourriez-vous accepter de voir vos parents disparaître comme ça ? », s'interroge-t-il.

« Pas question d'accepter une telle situation», « Pas question ! », s'insurget-il, d'où la décision prise par ce sexagénaire, en accord avec sa famille d'«exhumer bientôt les corps »de ses proches afin de « les faire reposer »à Braffedon. « C'est dramatique, ce que nous vivons », coupe tout court, David Beugré, un autre fils de la région.

Tout près du cimetière, se dresse le quartier des pêcheurs abritant pour la plupart des allogènes. Construit à base de matériaux en bois et de feuilles de cocotiers, « Cedeao », comme l'appellent certains, est aussi menacé de disparaître avec l'avancée des eaux.

Des pans entiers de bâtisses ont déjà cédé sous la pression de la mer. À voir les incessantes montées des eaux, d'autres devraient suivre.

Dago Éric qui vit également dans cette partie de Lahou-Kpanda avec son frère, explique que leur maison est déjà sous cette menace. «Nous ne pouvons qu'appeler le gouvernement au secours», dit-il, d'une voix à peine audible.

Cette menace qui prend aujourd'hui des proportions inquiétantes ne date pas d'aujourd'hui. C'est depuis les années 1980, explique Diecket Antoine, fils de la région et enseignant-chercheur au département de géographie à l'Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody, que les effets de l'avancée de la mer ont commencé à se faire sentir. Aujourd'hui, « cette mer a avalé 2 Km de terre. Ce n'est pas normal que nous soyons dans cette situation », confie-t-il, sur un air grave.

«Ce qui se passe est inquiétant. L'eau a chassé les pêcheurs. La situation est critique et je pense qu'il faut la stabiliser, en ouvrant l'embouchure pour faciliter les mouvements de l'eau », recommande Dobla Bogui, originaire de Lahou-Kpanda.

Même si elle est originaire de Groguida, un village environnant, Ediagni Germaine, aujourd'hui septuagénaire, a effectué le déplacement à Lahou-Kpanda pour écouter les émissaires du gouvernement.

Elle a passé une bonne partie de sa vie dans ce village menacé de disparition, aujourd'hui. Elle y a même fait l'école primaire.

« Je suis peinée quand j'arrive vers le cimetière. La prison, la maison du sous-préfet, des bâtiments, tout a été ravagé par la mer. Avant, ce n'était pas comme ça », se souvient-elle avec beaucoup de regret.

En attendant qu'une solution durable ne soit trouvée à cette situation qui frappe également plusieurs pays côtiers de la sous-région et même d'Afrique, Koffi Kouadio, pécheur à Lahou-Kpanda prépare ses filets.

Après une brève pause, dans quelques jours, tout comme nombre de ses collègues, ce quarantenaire devrait repartir en mer. «Nous devons vivre tout de même. Même si la montée des eaux perturbe sérieusement nos activités », déclaret-il, les yeux rivés sur ses filets.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Fratmat.info

à lire

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 150 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.