Afrique de l'Ouest: 5e réunion ministérielle du G5 Sahel - « Au Burkina, les actes terroristes se déroulent en dehors de la zone d'action de la Force conjointe» (Général Hanena Ould Sidi)

5e sommet du G5 Sahel
4 Février 2019

Après la réunion des experts et la rencontre des ministres de la Défense, s'est ouverte, le dimanche 3 févier à la salle de conférences de Ouaga 2000, la 5e session ordinaire du Conseil des ministres du G5 Sahel qui regroupe la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad et le Burkina Faso. Cette réunion ministérielle à laquelle participent les ministres en charge de l'Economie et du développement, de la Défense et des Affaires étrangères, doit débroussailler le terrain pour la tenue du 5e sommet des chefs d'Etat des pays membres de l'organisation, prévue pour le 5 février 2019 au Burkina qui doit prendre le témoin de la présidence en exercice pour l'année 2019.

Le Burkina Faso s'apprête à prendre la présidence en exercice du G5 Sahel pour l'année 2019, à l'occasion du 5e sommet des chefs d'Etat qui se tiendra le 5 février prochain à Ouagadougou, autour de la thématique « sécurité et développement ». Pour ce faire, des experts et des ministres sont à pied d'œuvre depuis le 31 janvier dernier pour peaufiner les documents de travail. Ainsi, après la réunion des experts, les 31 janvier et 1er février, et celle des ministres de la Défense le 2 février, il s'est ouvert, ce 3 février 2019, la 5e session ordinaire du conseil des ministres du G5 Sahel à la salle de conférences de Ouaga 2000.

Cette réunion ministérielle présidée par Kane Aichatou Boulama, ministre nigérienne du Plan, doit se pencher sur les conclusions des travaux des experts qui ont porté sur sept points essentiels dont le programme de travail annuel de 2019 ainsi que le projet de budget 2019, le cadre de suivi de la conférence de coordination des partenaires et bailleurs de fonds sur le programme d'investissement prioritaire (PIP) 2019-2021, le rapport d'audit organisationnel du secrétariat permanent, le bilan de la présidence nigérienne du G5 Sahel.

Et selon elle, « au-delà de ces questions inscrites à l'ordre du jour, il nous faudra aborder les problématiques de la recrudescence des conflits intercommunautaires qui perturbent la quiétude de nos populations et de l'impact de l'insécurité sur la scolarisation de nos enfants ».

Pour elle, le G5 Sahel étant sur le double front de la sécurité et du développement, il a pu, au cours de l'année 2018 sous la présidence en exercice de Mahamadou Issoufou, le chef de l'Etat nigérien, engranger des acquis notables dans l'exécution de la feuille de route régulièrement mise à jour. Comme avancées, elle relève l'opérationnalisation de la Force conjointe et sa composante police ainsi que sa composante renseignements.

« Nous n'avons pas de problème de financements »

Par ailleurs, la conférence des partenaires et bailleurs de fonds pour la première phase du PIP tenue le 6 décembre 2018 à Nouakchott, a enregistré plus de 2 milliards d'euros d'annonces pour le financement de 40 projets de développement dans les secteurs de l'agriculture, l'hydraulique, l'élevage, les infrastructures de transport, l'énergie.

De même, lors de la conférence sur le financement de la Force conjointe, le 23 février 2018 à Bruxelles, «les partenaires ont fait des annonces pour un montant de 414 millions d'euros qui se chiffrent aujourd'hui à un total de 430,7 millions d'euros. Sur ce montant, 267 millions d'euros ont été versés, dont 239,5 millions d'euros engagés ou dépensés », précise-t-elle.

Avant d'affirmer : «nous n'avons pas de problème de financements. Nous en avons plus que nous n'avons besoin. C'est une question de mobilisation des financements qu'il faut régler, particulièrement le financement de la Force conjointe du G5. Il s'agit pour nous maintenant, de nous organiser afin de mettre en place un mécanisme de suivi des annonces de financements faites à la conférence de Nouakchott. En attendant, nous avons le programme de développement d'urgence qui est déjà en place dont certains des projets ont déjà démarré dans les zones frontalières où il s'agit véritablement d'agir d'urgence. »

Toujours est-il que selon la présidente du conseil des ministres, c'est grâce à l'engagement des chefs d'Etat et les efforts financiers conjugués des Etats qu' « aujourd'hui notre Force conjointe s'est structurée et opérationnalisée ; les opérations sont en cours, les états-majors des fuseaux sont en place, les bataillons sont déployés ». Toute chose confirmée par le général Hanena Ould Sidi, commandant de la Force conjointe (COMANFOR) qui fait savoir que les opérations sont menées dans l'ensemble des fuseaux avec des résultats satisfaisants et qu'en ce qui concerne le Burkina, « les actes terroristes se déroulent en dehors de la zone d'action de la Force conjointe» (lire encadré 2).

Pour le ministre burkinabè de l'Economie, des finances et du développement, Lassané Kaboré qui a la tutelle du G5 Sahel, il n'y a pas de doute que les chefs d'Etat ont affiché une ferme « volonté de faire du Sahel, une zone de paix et de prospérité partagée », ce qui explique, note-t-il, leur « engagement renouvelé à œuvrer dans la solidarité et la mutualisation des efforts afin de relever les défis majeurs de notre espace commun ». En attendant l'arrivée des chefs d'Etat, le ministre a invité le secrétariat permanent à rester mobilisé pour la mise en œuvre des décisions qui sortiront des travaux de cette rencontre des grands argentiers, « sécurocrates » et sherpas des pays membres de cette organisation dont les missions ne sont pas parfois comprises par les populations. (Lire encadré 1).

Mamane Sambo Sidikou, secrétaire permanent du G5 Sahel

« Il y a une mauvaise compréhension de la stratégie de développement et de sécurité du G5 Sahel »

Après un an de fonction, en quoi le G5 Sahel peut-il susciter de l'espoir pour les populations des pays membres ?

« D'abord, il y a le volet essentiel qui est la montée en puissance de la force qui est en train d'adapter son action aux menaces. Ensuite, il y a le volet développement pour lequel nous voulons des actions à la base, qui profitent effectivement aux populations à travers la réalisation des choses concrètes comme la question de l'eau, la nécessaire cohésion sociale.

Nous allons travailler dans ces domaines clé. En ce qui concerne la visibilité du G5 Sahel, il y a, aujourd'hui, de nombreux partenaires traditionnels qui nous comprennent et qui nous accompagnent. Nous avons aussi de nouveaux partenaires comme la Chine, la Turquie et bien d'autres. Nous avons aussi, dans l'environnement africain, une compréhension beaucoup plus grande et un soutien conséquent des structures qui nous financent comme l'UEMOA, la CEDEAO sans oublier le Rwanda qui préside l'Union africaine.

Au départ, il y avait comme une forme de méfiance et d'incompréhension vis-à-vis du G5 Sahel. Nous comprenons aujourd'hui que le G5 Sahel est une réponse africaine face à une menace réelle mondiale mais qui, d'abord, touche directement à nos populations. Il y a une mauvaise compréhension de la stratégie de développement et de sécurité du G5 Sahel. Cette stratégie qui date de 2014, dit clairement que nous sommes une organisation qui va assurer la prospérité de son espace. Evidemment, pour assurer la prospérité, il faut assurer la sécurité.

Le volet sécuritaire a démarré beaucoup plus vite à cause des menaces réelles qui se présentent. Il n'y a pas de contradiction. Maintenant, nous marchons sur deux pieds de façon claire. Il y a le projet de la compagnie aérienne Air Sahel, il y a une grande ambition d'avoir un train qui va de Nouakchott à Ndjamena, il y a aussi la promotion des produits agricoles, halieutiques et animaliers pour promouvoir l'intégration et pour mieux s'alimenter.

Le Burkina Faso peut, par exemple, avoir besoin du poisson de la Mauritanie. Certes, il y a une lutte nécessaire implacable à mener contre le terrorisme, mais on ne peut pas ignorer le besoin essentiel des populations. Un agriculteur qui n'a pas d'eau, va vouloir aller ailleurs ou il va se poser des questions sur la gouvernance de son pays. »

Le général Hanena Ould Sid, Commandant de la Force conjointe (COMANFOR)

« Il n'y a pas d'attaques terroristes dans les fuseaux où la Force conjointe a travaillé»

« La Force conjointe n'est pas opérationnelle à 100%. Etre prêt à 100% n'existe pas dans notre jargon. Mais la Force conjointe a déjà la capacité qui lui permet de mener des opérations. Les opérations ont commencé depuis le 15 janvier. Et aujourd'hui, ces opérations se mènent dans l'ensemble des fuseaux et tout se passe dans de bonnes conditions.

Actuellement, nous avons mené trois opérations dans les différents fuseaux à savoir le fuseau Centre des trois frontières, le fuseau Ouest et le fuseau Est. Ces opérations vont se poursuivre. Par ailleurs, la planification aussi continue. Donc, on ne peut pas en dire plus. On ne peut pas parler de bilan parce que les opérations se poursuivent. Quand elles seront terminées, nous en ferons. Il n'y a pas d'attaques terroristes dans les fuseaux où la Force conjointe a travaillé.

Au Burkina, les actes terroristes se déroulent en dehors de la zone d'action de la Force conjointe. Nous sommes en train d'étudier les moyens les mieux adaptés, plus pertinents, pour une coopération plus forte et plus accentuée entre les forces armées et de sécurité et la Force conjointe ainsi qu'avec Barkhane ».

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