3 Février 2019

Burkina Faso: Procès putsch manqué - Les révélations du colonel Yonaba

Le 1er février 2019, l'audition des témoins dans le cadre du procès du putsch manqué de septembre 2015 a repris sans grand monde. Dans la matinée, après Achille Tapsoba qui a fini de faire sa déposition, ce fut le tour de l'adjudant Arouna Mandé, suivi d'un autre ténor de l'ex-parti majoritaire, Moïse Nignan Traoré, de dire ce qu'ils savent de ce pronunciamiento avorté.

Dans l'après-midi, Eddie Komboïgo, le président du CDP, qui devait passer à la barre, n'a pas déféré à la convocation.

Idem pour le capitaine Cuthbert Somda. C'est finalement le colonel-major Saïdou Yonaba, médecin du président de la Transition, qui a été appelé à la barre où il est resté jusqu'à la fin de la journée. Sa déposition a été jalonnée de révélations.

Le vendredi matin, le procès du putsch manqué a repris avec la déposition du témoin Achille Tapsoba, membre du bureau exécutif du parti de Blaise Compaoré. Mais, c'est avec la demande de liberté provisoire introduite par le caporal Sami Da que le tribunal s'est mis en jambes.

Appelé à la barre, son conseil Me Boussim Awa a prévenu le président que les copies de la demande de liberté provisoire qu'ils ont introduites comportaient des coquilles. « Vous verrez que c'est écrit par endroits "demande de liberté". C'est plutôt "demande de liberté provisoire" », a-t-elle expliqué.

Le caporal Sami Da est l'un des premiers mis au frais dans le cadre du dossier du putsch. Arrêté le 21 septembre 2015 et en détention à la MACA, il a déjà introduit six demandes de liberté provisoire qui ont toutes été rejetées.

« Monsieur le président, la liberté est un principe. La détention est une exception. Le caporal a été malade et a même subi une intervention chirurgicale. Il a une garantie de représentation. Son instruction est terminée.

Il n'y a plus le risque de subornation de témoins, plus d'obstacle à la manifestation de la vérité. Il est l'un des derniers soldats qui ne soient pas impliqués dans d'autres dossiers mais qui est toujours en détention », a plaidé Me Boussim.

Ces arguments du conseil du caporal sont battus en brèche par le parquet. « Me Boussim a dit que le caporal a une garantie de représentation. Nous ne l'apercevons pas dans la requête qui nous a été transmise. Le fait de se constituer un avocat ne signifie pas qu'on a une garantie de représentation.

Les débats ne sont pas clos et rien n'exclut que Sami Da revienne à la barre. Tous les accusés sont susceptibles de repasser à la barre. Il vous souviendra que le caporal conteste certains aspects des faits.

Cela peut faire l'objet de témoignage. Le risque de subornation est réel. Les faits reprochés au caporal sont d'une certaine gravité. Il est inopportun et inutile d'exécuter une demande de liberté provisoire », a indiqué le parquetier qui a jugé cette requête acceptable dans la forme mais pas dans le fond, car infondée.

Le conseil de l'accusé n'en démordra pas. « Le parquet dit que les faits étant graves, vous devez rejeter la demande de liberté provisoire. Qu'il nous donne les dispositions légales qui disent que la gravité des faits est un moyen légal de maintenir un prévenu en détention », est-elle revenue à la charge.

Concernant la question de garantie de représentation, l'avocat a estimé que son client a fourni le nécessaire en donnant les adresses, les indications du domicile dans lequel il a toujours vécu depuis son enfance. « Aucun moyen sérieux ne permet de le retenir en prison à la MACA », a conclu Me Boussim.

Le caporal Da Sami sera fixé sur son sort ce lundi 4 février 2019.

« Le nom Rambo m'a valu d'être le plus gros colis... »

La parenthèse de la demande de liberté provisoire est refermée. C'est le retour des témoins à la barre. Et l'adjudant de 39 ans Arouna Mandé a juré de ne dire que la vérité sur ce qu'il sait du putsch manqué et de répondre à toutes les questions qui lui seraient posées.

Selon sa déposition, tout serait parti d'un coup de fil du sergent-chef Ardjouma Kambou le 16 septembre 2015 qui lui demandait un service : se rendre au domicile de feu Salifou Diallo. Une mission qu'il a exécutée en allant faire le tour de la maison.

Il a expliqué que c'est en repartant de là qu'il a aperçu des éléments au rond-point du monument des Héros nationaux. « A leur chef qui est venu vers moi j'ai dit que j'ai appris qu'ils veulent brûler des domiciles », a relaté l'adjudant.

Poursuivant son récit, il a précisé que c'est au moment des échanges que le sergent-chef Kambou l'a rappelé en lui disant de quitter immédiatement les lieux, car son nom ressortait de la communication du sergent-chef Moussa Nébié dit Rambo.

Le lendemain, à la demande pressante de Kambou, Mandé repart dans les parages du domicile de Gorba. Cette fois-ci, on lui a demandé de faire vite, car des gens sont en train de faire mouvement pour aller brûler la maison.

Il n'aura pas le temps d'arriver qu'une dame se présentant comme Madame Diallo lui annonce au téléphone qu'ils sont en train de tirer sur eux. « Je suis reparti. Hervé Dabilgou, garde du corps de Salifou Diallo, a dit qu'il a reçu une balle à la main et qu'il partait à la clinique », a-t-il poursuivi dans sa déposition.

C'est après les coups de feu qu'il s'est rendu au domicile et il a trouvé le major Eloi Badiel, le sergent-chef Yèguè et les sapeurs-pompiers qui déballaient leur matériel pour éteindre le feu.

Si les accusés, le major Eloi Badiel, Wekouri Kossè et le sergent-chef Ardjouma Kambou, ont estimé que ce témoignage corrobore ce qu'ils ont toujours raconté à la barre, ce n'est pas le cas du sergent-chef Nébié Moussa dit Rambo.

Drapé dans un boubou et chaussé de babouches blanches, il a nié les propos de son subordonné. « J'en suis étonné, écœuré... je n'ai jamais appelé quelqu'un à part la fille Guelwaré.

Je suis persuadé... je ne le traiterai pas de menteur parce que c'est un subordonné. Mais qu'il dise ce qu'il sait de cette affaire. Il dit que des noms des éléments au monument il ne se rappelle pas un seul nom. Par réflexe militaire, il devait retenir au moins le nom d'une seule personne », s'est offusqué Rambo dans une voix éraillée.

En répondant à la question du parquet de savoir si ces jeunes qui manifestaient au rond-point des Héros nationaux n'utilisaient pas son nom pour agir, il a répondu par l'affirmative. «Pour une fois je suis d'accord avec le parquet. Rien que le surnom Rambo m'a valu le nom de gros colis venu d'Abidjan », a-t-il affirmé. A la barre, c'est un civil qui a succédé à l'adjudant pour sa déposition.

« Je crois pouvoir recouvrer la liberté »

Moïse Nignan Traoré est âgé de 66 ans, à la retraite ; il est un ténor du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP).

« Que savez-vous des évènements du 16 septembre 2015 ?» a questionné le président du tribunal, Seydou Ouédraogo. D'un trait, il affirme : «Je sais qu'il y a eu une prise d'otages qui s'est transformée en coup d'Etat.

C'est tout ». Le président l'a donc relancé par une question pour qu'il en dise plus. « Que savez-vous des rencontres qui ont eu lieu ce jour 16 septembre ?» Le témoin a expliqué qu'avec ses camarades du parti ils ont eu une réunion le 16 septembre à 10 heures pour plancher sur la liste électorale des législatives puisque certains de leurs camarades avaient été recalés.

Pour lui, il n'y a pas eu de réunion dans l'après-midi alors que Salifou Sawadogo a toujours soutenu le contraire. Il a ajouté qu'il a reçu 20 millions de la part de René Emile Kaboré à une date dont il n'a plus souvenance, et qu'il a remis cet argent à Salifou Sawadogo dans le cadre des élections. Le témoin a ajouté que le parti n'a pas demandé à Salifou de mobiliser les militants du CDP au monument des Héros nationaux.

« Je tiens à saluer la probité de Traoré Nignan Moïse. Lui, il a reconnu qu'il m'a remis de l'argent que j'ai remis à mon tour à Noël Sourwema, qui a nié qu'il l'a reçu... Eddie qui m'a remis 10 millions a bénéficié d'un non-lieu. Moïse Nignan Traoré qui m'a remis 20 millions a aussi eu un non-lieu. Achille Tapsoba avec qui je suis resté en permanence en contact n'a jamais été inculpé. Je crois pouvoir recouvrer la liberté », a déclaré Salifou Sawadogo peu avant la pause de midi.

A la reprise de l'audience, deux témoins manquent à l'appel : selon le parquet, l'un, sans se signaler, n'a pas comparu ; l'autre est militaire et a pris le soin de faire parvenir son ordre de mission pour justifier son absence ; il s'agit respectivement du président du CDP, Eddie Komboïgo, et du capitaine Cuthbert Somda. Le président a donné la parole au ministère public pour qu'il s'exprime sur cette absence.

« Il a fait l'objet de citation à comparaître. Nous n'avons pas d'excuses relatives à sa non-comparution », a relevé le parquetier avant de demander l'application de l'article 119 : cette disposition stipule que lorsqu'un témoin ne comparaît pas, on le fait venir par la force publique. Après que les avocats de la partie civile et de la défense se sont prononcés en faveur de la présence physique des témoins, le président a demandé que le parquet renouvelle les citations à comparaître.

« Bagoro vomissait du sang »

Il est celui qui s'est occupé des bobos sanitaires des otages de l'ex-RSP durant leur détention : le colonel-major Yonaba Saïdou, né en 1964, a quitté, toute affaire cessante, Koudougou pour rallier Ouagadougou. Arrivé au camp Naaba Koom vers 21 heures, c'est vers 1 heure du matin qu'il a pu administrer des produits au président Michel Kafando, détenu au premier étage de la résidence présidentielle et dont la santé s'était considérablement dégradée, selon ses dires. « L'état du président du Faso se dégradait à cause de la chaleur et du manque de confort. J'ai vu Bagoro assis sur le lit torse nu. Il vomissait du sang », a-t-il témoigné.

Il a confirmé dans sa déposition avoir vu le bâtonnier Mamadou Traoré, le journaliste Adama Ouédraogo dit Damiss, Abdoul Karim de Perfectum, etc., au camp cette nuit.

Il est revenu sur ses tentatives pour venir au secours des blessés de Yimdi. « Alors que le président était libéré, j'ai cru pouvoir souffler. C'est à ce moment que j'apprends que les éléments en faction à Yimdi ont été attaqués et qu'il y a des blessés.

J'ai envoyé des ambulances pour les chercher et les amener au camp Lamizana. Mais à leur retour la gendarmerie les a arrêtés et a récupéré les ambulances. C'est ainsi que le corps du soldat qui a succombé à ses blessures à Yimdi n'a pu être enlevé que 48 heures plus tard, déjà en putréfaction », a-t-il témoigné.

Suite aux différentes questions, il est revenu sur les conditions de libération du président Kafando. « J'ai fait au général Diendéré le compte rendu et il a demandé la libération du président. Il y a eu de l'opposition. Quand on a voulu le ramener chez lui, les soldats n'ont pas voulu cela. Le général leur a fait comprendre que si le président venait à mourir ils auraient tous des problèmes.

C'est le capitaine Dao et quelques éléments qui m'ont accompagné », a rapporté le colonel-major. En sus, il est revenu sur la situation d'Augustin Loada pendant cette période de détention où lui aussi était mal en point : « Quand j'ai vu le ministre Loada, il n'allait pas vraiment bien. J'ai dû courir à la pharmacie du centre libyen pour lui trouver son produit que j'ai placé sous sa langue. Il risquait une paralysie », a relevé le docteur.

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