Burkina Faso: Drame de Yirgou - Voici la liste des 210 personnes tuées, selon le collectif contre l'impunité

4 Février 2019

Un mois jour pour jour après le drame survenu à Yirgou, le Collectif contre l'impunité et la stigmatisation des communautés (CISC) était face à la presse le 1er février 2019, à Ouagadougou et ce, pour la deuxième fois après celle du 8 janvier dernier.

Il s'est agi, pour les conférenciers, de faire le point de la situation afin d'éclairer la lanterne de l'opinion nationale. Selon le collectif, ce sont, à ce jour, 210 personnes qui ont été tuées au cours de cette barbarie et plus de 19 000 déplacés.

Le Collectif contre l'impunité et la stigmatisation des communautés (CISC) et les autorités ne sont pas sur la même longueur d'ondes en ce qui concerne le nombre de morts suite au drame de Yirgou survenu le 1er janvier.

En effet, alors que les chiffres officiels font état d'une cinquantaine de morts, le collectif, lui, parle de 210 morts.

Selon le porte-parole du collectif, Daouda Diallo, ce chiffre « obtenu après un recensement rigoureux ménage par ménage », pourrait être revu à la hausse étant entendu que « le recensement est toujours en cours sur le terrain ». De ce fait, il a exhorté le gouvernement à réactualiser « ses chiffres».

« Nous avons peur que cette volonté de cacher des morts puisse être préjudiciable aux victimes au moment de leurs dédommagements », a justifié le porte-parole.

A la question de savoir dans quel intérêt les autorités cacheraient-elles le nombre exact de morts, le porte-parole a répondu : « peut-être qu'elles ont leurs raisons que nous ignorons au niveau du collectif. Nous estimons qu'il ne sert à rien de cacher des personnes décédées ».

Pour les conférenciers, ce qui s'est produit à Yirgou n'est ni plus ni moins qu'un « génocide ». « Ce pourquoi nous n'avons pas, à l'époque, voulu dire qu'il y avait eu génocide et l'élément qui nous manquait, c'était la préméditation, l'intention et la préparation.

Il est clair que tous les éléments qui prouvent qu'il y a eu préméditation, préparation et exécution sont réunis.

Pour nous, il n'y a aucun doute, il s'agit d'un crime de génocide qui a ciblé la communauté peuls et particulièrement les hommes majeurs », a clamé haut et fort Me Ambroise Farama, un des avocats des familles des victimes, qui a fait la reconstitution des faits, sur la base d'enquêtes, de témoignages, etc.

La genèse des faits

« Tout a commencé du 23 au 29 décembre 2018, lorsque le groupe d'autodéfense (NDLR : les Koglwéogo) qui est bien connu, a d'abord organisé une fouille des domiciles des peuls à la recherche de tout ce qui pouvait être armes blanches ou armes à feu. Quel était le dessein de la recherche de ces armes ?

Au cours de leurs recherches, ils ont emporté tout ce qu'ils ont pu trouver comme étant des armes blanches ou à feu. Avaient-ils reçu une mission pour le faire ? Certainement non. Avaient-ils le pouvoir de le faire ? Certainement non.

Mais ils l'ont fait, sans être inquiétés. A la fin de cette première opération qui a consisté à désarmer la communauté peuls, ils sont revenus à partir du 29 décembre et leur ont donné un ultimatum de 72 heures pour quitter les lieux, délai qui expirait le 1er janvier 2019. Coïncidence malheureuse ou alibi, en tout cas, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, le chef de la communauté mossi a été assassiné.

Nous ne pouvons pas affirmer qu'il y a un lien mais nous disons que la coïncidence est malheureuse et en même temps curieuse. Malheureuse en ce sens qu'il s'agit de pertes en vies humaines. Il s'agit d'un chef, de ses fils et ses sujets.

Mais en même temps, elle est curieuse ce d'autant que c'est à l'issue de l'ultimatum de 72 heures que le chef a été tué. Ce qui est curieux, c'est que ce chef s'était opposé à cette action et à cet ultimatum.

A la suite donc de son assassinat, il y a eu les représailles. Les Koglwéogo ont d'abord poursuivi les auteurs du crime, mais n'y sont pas parvenus. Ils se sont ensuite retournés et ont éliminé les Koglwéogo peuls qui étaient avec eux. Sans doute pour éviter que ces derniers ne se désolidarisent ou ne posent des actes contraires.

Ensuite, ils ont procédé au massacre systématique de la communauté peuls et des personnes majeures », a relaté l'avocat qui a insisté sur le fait que les éléments de preuves en leur possession ont été recueillis auprès de témoins qu'ils ont pris soin de lister.

« Nous avons évité de prendre seulement les témoignages de peuls ; nous avons pris également les témoignages de mossi de la localité qui n'approuvaient pas ces actes », a-t-il confié.

A l'en croire, les éléments de preuves sont toujours en train d'être réunis et les 5 cabinets d'avocats qui se sont constitués en collectif pour assister les victimes se préparent pour pouvoir saisir les instances compétentes afin d'ouvrir une enquête sur ce crime de génocide. Les organisations internationales de défense des droits humains seront également saisies dans les prochains jours, à en croire le collectif.

« Si le génocide de Yirgou n'est pas puni... »

Ce dernier a d'ailleurs déploré le fait que plus d'un mois après le drame, aucun acte matériel et concret de justice ne soit visible sur le terrain, hormis l'annonce faite par le procureur du Faso près le TGI de Kaya. Pour les conférenciers, la lenteur au plan judiciaire est une véritable préoccupation.

« Les suspects sont libres de leur mouvement et, pire, continuent même de perpétrer des exactions sur la communauté peuls au vu et au su de tous, en toute impunité, les preuves sont en train de disparaître », s'est inquiété Daouda Diallo qui a interpellé l'Etat à « s'assumer dans toute sa plénitude ».

Il a exigé, entre autres, des autorités, la prise en charge gratuite et effective des rescapés, la sécurisation des personnes et des biens, « le désarmement et la dissolution des milices de Barsalogho », etc.

Pour lui, seule une justice impartiale, transparente et diligente peut contribuer à apaiser les cœurs et les esprits et promouvoir les vertus du vivre-ensemble.

De l'avis de Hassane Barry, un des conférenciers, les représailles contre la communauté peuls tendent à se généraliser à travers tout le pays.

« Si on passe de simples violences au stade de génocide aujourd'hui, c'est parce que les dirigeants passés ou présents de ce pays, se sont rendus complices des exactions et meurtres, mais l'histoire jugera tout le monde.

Si le génocide de Yirgou n'est pas puni dans les plus brefs délais, tous les commanditaires, les complices et même la chaîne de commandement de la sécurité, de la défense, de l'administration territoriale répondront pour crimes contre l'humanité et non-assistance à personne en danger », a prévenu Hassane Barry.

Le collectif a annoncé qu'au titre d'assistance, il a pu mobiliser 11 717 050 F CFA en espèces et près de 10 000 000 de F CFA en nature qui ont été remis aux déplacés.

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