4 Février 2019

Tchad: Raids français contre des rebelles de l'UFR - Le jeu trouble de Paris*

Photo: Le Pays
Des soldats tchadiens
analyse

La poudre a encore parlé dans la partie orientale du Tchad. En effet, l'aviation française y a mené des raids contre des rebelles de l'Union des forces de la résistance (UFR). L'information a été confirmée, hier, 4 février 2019, par le ministère français de la Défense qui précise que « la colonne (de rebelles) avait été repérée depuis au moins 48 heures et que l'armée tchadienne avait déjà procédé à des frappes pour tenter de les stopper ».

Selon toujours l'état-major français qui, jusqu'au moment où nous tracions ces lignes, n'avait pas avancé de bilan, quatre bombes, au total, ont été larguées. Voilà qui relance de plus belle le débat sur l'intervention militaire française au Tchad en particulier et en Afrique en général.

Car, le porte-parole de l'UFR n'est pas allé avec le dos de la cuillère pour déplorer un « tournant dangereux » et dénoncer une immixtion dans les « affaires internes » du Tchad. Certes, s'il est vrai que personne ne peut encourager un changement de régime par la force des armes comme le souhaite l'UFR, il faut cependant regretter le rôle trouble que joue la France au pays de Idriss Déby.

Surtout quand on sait que pas plus tard qu'en 2006, les forces françaises avaient encore effectué des tirs de semonce contre les mêmes rebelles qui faisaient route vers N'Djamena. Tout se passe, en effet, comme si la France était en train de jouer les gendarmes des régimes vomis par les peuples du continent africain ; en témoigne son intervention armée en 1964, au Gabon, qui avait permis de sauver le régime de Léon Mba. La suite, on la connaît. On avait assisté à des arrestations tous azimuts sur fond de règlements de comptes.

Mutatis mutandis, on assiste à une situation quasi-similaire au Tchad où la France ne cache pas son soutien indéfectible au dictateur Déby. A preuve, on se rappelle que Paris, face à la grogne sociale qui ne retombait pas au Tchad, a dû voler au secours du maître de N'Djamena en lui octroyant un prêt de 100 millions d'euros environ pour lui permettre de payer la solde des fonctionnaires civils. C'était en début décembre 2018.

Quand on sème la dictature et la mal gouvernance, on ne peut que récolter l'humiliation

Rappelons aussi que lors de sa visite au Tchad dans le même mois, le président Emmanuel Macron avait réitéré le soutien de son pays aux forces anti-extrémistes africaines dont celles du Tchad qui ont suffisamment fait parler d'elles au Niger et dans le septentrion malien.

Le drame, c'est que sous le couvert de la lutte contre le terrorisme et ce avec la complicité de la France, le dictateur tchadien tente de réduire a quia une rébellion née de sa mal gouvernance politique et économique. C'est le cas, par exemple, de l'UFR que l'on présente comme un regroupement terroriste alors même qu'il s'agit d'un mouvement rebelle qui, en 2009, avait accepté de déposer les armes à la suite d'un accord trouvé avec le Soudan ; lequel accord devrait permettre l'ouverture de pourparlers à Doha entre N'Djamena et ledit groupe armé.

Mais, une décennie après, rien n'y fit. Pourquoi ? Seul le président Déby peut répondre à cette question. Mais qu'il se le tienne pour dit : quand on sème la dictature et la mal gouvernance, on ne peut que récolter l'humiliation. Cela peut prendre le temps qu'il faut, mais le jour viendra.

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