5 Février 2019

Burkina Faso: Procés du putsch manqué de 2015 - Le parquet militaire requiert l'arrestation du témoin Michel Ouédraogo

Le procès du putsch manqué s'est poursuivi devant le Tribunal militaire de Ouagadougou avec l'audition des témoins le 4 février 2019.

Après l'audition du témoin le médecin colonel-major Seydou Yonaba, les témoins Charles Niodogo, Michel Ouédraogo et Mohamed Ilboudo dit le Baron se sont succédé à la barre. Suite à la déposition de Michel Ouédraogo, le parquet a requis qu'il soit procédé à son arrestation sur-le-champ pour fausses déclarations, conformément à l'article 120 du code de justice militaire.

Le médecin colonel Seydou Yonaba est formel : même demain, s'il est appelé à secourir un président de la République comme il l'a fait pour le président de la Transition, Michel Kafando, il le fera.

Au terme de son audition, des accusés comme Me Mamadou Traoré, ex-bâtonnier, le colonel Abdoul Karim Traoré, le journaliste Adama Ouédraogo dit Damiss passent à la barre pour des réactions ou déclarations complémentaires.

Revenant sur les propos de Damiss qui a traité les avocats de « Koglwéogo », à son avis, Me Séraphin Somé demande au tribunal de ne pas permettre que des accusés agressent les avocats.

Pour l'avocat, l'accusé Damiss préfère attaquer les avocats au lieu de se défendre. « Les langues de vipère, nous allons y répondre désormais et demander un ordre de poursuite », fait observer un parquetier.

L'accusé Damiss reprécise avoir été à la présidence la nuit du 16 septembre 2015, mais s'inscrit en faux contre toute déclaration soutenant qu'il y est resté jusqu'au petit matin du 17.

Pour lui, le problème n'est pas d'avoir été à la présidence, mais de savoir quel acte infractionnel il a posé qui participe de la consolidation du coup d'Etat.

Il rappelle à l'intention des avocats Séraphin Somé et Guy Hervé Kam que le général Diendéré a été traité de nazi, ce qui est bien plus grave que le terme « Koglwéogo » dont se plaignent ces avocats de la partie civile et le parquet.

Le journaliste continue en indiquant avoir été le premier à relever dans les colonnes de son journal « Le Dossier », 6 mois avant l'attaque terroriste ayant visé l'Etat-major général des Armées, que l'Armée burkinabè est infiltrée.

Il ajoute avoir été le premier à publier la liste des 210 morts suite au drame de Yirgou dans le Centre-Nord. Ce qui aurait pu lui valoir des félicitations, à son avis.

Pour les besoins de confrontation avec l'accusé Salifou Sawadogo, le député Charles Niodogo passe à la barre. Cet ancien responsable à l'organisation du bureau provincial Kadiogo du CDP a indiqué que la rencontre du 17 septembre 2015 était sur initiative de Salifou Sawadogo.

C'est ce dernier qui les a convoqués, lui et Noël Sourwèma, dit-il, pour une réunion du comité exécutif, élargie aux sous-sections dans la soirée du 16 septembre, relevant au passage qu'il a horreur des effets de foule.

Appelé à la barre, l'accusé Salifou Sawadogo fait observer que le témoin fait une déposition de dépendance et a une forte proximité avec Noël Sourwèma qui l'a proposé pour suppléer l'accusé quand celui-ci a perdu son poste de député.

Lorsque Michel Ouédraogo, visiblement mal en point, passe à la barre, il fait des déclarations en contradictions avec ses dépositions à l'instruction au fond et à l'interrogatoire de première comparution.

Sur la rencontre d'information du 16 septembre 2015, le témoin indique qu'il a des doutes sur la tenue effective de ladite rencontre, à la lumière de ses déclarations. Ce qui est contraire à ce qui est contenu dans ses procès-verbaux d'interrogatoire.

Le témoin dit à la barre qu'en son temps, il y avait constamment des réunions dans le cadre de la préparation des élections législatives, et il a donc pu faire des confusions sur les réunions, dont celle du 16 qui fait l'objet de doutes à son niveau.

Il indique que Salifou Sawadogo a demandé aux militants, à la rencontre du 17 septembre, de « travailler à sécuriser les domiciles de nos camarades et les sièges des sections ».

Pour le parquet, le témoin s'aligne derrière les déclarations de ses camarades. Après quelques questions au témoin, le parquet requiert, en observations, sur la base de l'article 120 du code de justice militaire, que le tribunal procède à l'arrestation sur-le-champ du témoin pour faux témoignage.

Il demande donc que l'immunité parlementaire du témoin soit levée à cet effet. Pour Me Kam, les témoins viennent prêter serment pour dire ensuite tout, sauf la vérité.

La réquisition du parquet vise à perturber la sérénité du procès

A la reprise, à 14h, le tribunal demande aux avocats de la partie civile et de la défense d'opiner sur la réquisition du parquet militaire.

Les avocats des parties civiles abondent dans le même sens que le parquet, ce qui n'est pas le cas pour ceux de la défense, visiblement agacés par cette réquisition. Ils estiment que la réquisition du parquet vise à perturber la sérénité du procès.

« C'est une tentative du parquet de perturber la sérénité de l'audience et partant, la suite du procès », fait observer Me Idrissa Badini, soutenu par Me Latif Dabo qui indique que rien ne permet au parquet d'invoquer un faux témoignage et procéder à l'arrestation du témoin.

Pour Me Thimothée Zongo , « c'est trop gros de dire que le témoin ment », et pour Me Michel Traoré, « c'est un mauvais signal qu'on renvoie au peuple burkinabè que de déposer un témoin pour avoir changé d'opinion ».

Mais le tribunal se réserve le droit de surseoir à la question, en attendant la fin des auditions des témoins et des confrontations.

Lorsque Mohamed Ilboudo dit que le Baron passe à la barre, en qualité de témoin, il vient témoigner à décharge, tirant d'affaire l'accusé Abdoul Karim Baguian dit Lota qui l'a sauvé des « griffes » des manifestants qui lui ont assené des coups au point qu'il fût hospitalisé au centre de santé Noom Wendé de Karpala du 16 au 18 septembre 2015, selon ses propos.

Toutefois, le témoin relève à la barre que l'accusé Ousseini Fayçal Nanema lui avait demandé de venir témoigner à charge contre un certain Mathias Ouédraogo, ce qu'il n'a pas accepté.

A la barre, Ousseini Fayçal Nanéma explique comment il a contribué à l'arrestation du témoin Mohamed Ilboudo dit le Baron (à Diapaga) qu'il a appâté en lui promettant de l'argent.

Pour l'accusé Nanéma, il y a eu des manigances au cours du week-end ; ce qui a poussé le témoin à venir déposer à charge contre lui. L'audition des témoins continue ce mardi au Tribunal militaire de Ouagadougou.

Burkina Faso

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