Tchad: Des raids aériens français dénoncés au pays

5 Février 2019

Au Tchad, l'opposition et la société civile critiquent l'appui de la France au régime du président Déby face aux rebelles tchadiens.

Une patrouille de Mirages 2000 de l'armée française a procédé dimanche à des frappes dans le nord du pays, en appui de l'armée tchadienne, pour arrêter une colonne de 40 véhicules d'un groupe armé en provenance de Libye.

Le gouvernement tchadien évoque une intervention dans le cadre de l'opération Barkhane, et non un appui de l'armée française.

La colonne visée était celle de l'Union des forces de la résistance (UFR). Cette intervention a permis de disperser la colonne qui "s'infiltrait profondément" en territoire tchadien, selon un communiqué du ministère français des Armées.

"Acte criminel"...

Pour la société civile tchadienne, il s'agit là d'un soutien délibéré de la France au régime d'Idriss Déby Itno. Sosthène Mbernodji, secrétaire général du Mouvement citoyen pour la préservation des libertés (MCPL), dénonce le fait qu'"au nom des accords signés à l'emporte-pièce, la France continue à appuyer une dictature, un régime dictatorial qui est aux abois. C'est dangereux, il faut que cela cesse."

Incompréhension également du côté de l'opposition tchadienne.

Max Kemkoye, président du l'Union des démocrates pour le développement et le progrès (UDP), réclame une enquête internationale pour élucider les raisons de cette interventions militaire de l'armée française.

Il déclare à la DW que "la France doit pouvoir établir les faits selon lesquels ceux qu'elle a bombardé ou tué sont effectivement des terroristes ou des djihadistes. Sinon ce qui s'est passé sera considéré comme un acte criminel dans un territoire étranger. Je pense qu'une enquête internationale doit s'ouvrir parce qu'il n'est pas donné à une puissance, fut-elle amie, d'intervenir dans un pays étranger. Est-ce que le Tchad est un pays souverain ? Sinon c'est le principe de l'extraterritorialité."

Même réaction du côté de l'opposition armée. Selon Woki Warou, le porte-parole de l'UFR, basé en Europe, c'est un problème tchado-tchadien, par conséquent la France n'a pas à s'en mêler.

... ou coopération régulière?

En revanche, pour Mahamat Zen Bada, secrétaire général du Mouvement patriotique du salut (MPS) au pouvoir, il s'agit d'une intervention tout à fait légale.

"Le Tchad ne peut pas se permette d'accepter qu'une colonne ou même une personne armée d'où quelle vienne puissent pénétrer comme ça dans son territoire. Et il y a des accords entre les Etats, l'opération couvre un certain nombre de pays et son rôle est justement de combattre le terrorisme. Alors, si un Tchadien ou un parti politique s'offusque, soit c'est par méconnaissance, soit par complicité. Et la loi sanctionne toute personne qui veut prendre le pouvoir par les armes."

En 2008, une colonne armée, également du groupe rebelle UFR, venue de l'est du Tchad, avait atteint N'Djamena, la capitale, et failli renverser le président Idriss Déby Itno.

La France avait à l'époque déjà apporté une aide décisive aux forces tchadiennes pour repousser l'attaque.

L'UFR est dirigée, comme en 2008, par Timane Erdimi, neveu du chef de l'Etat tchadien, tous deux étant originaires du nord-est du Tchad.

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