6 Février 2019

Afrique Centrale: Congo-RDC - Félix Tshisekedi en visite officielle à Brazzaville

Photo: Présidence RDC
Le Président de la République Démocratique du Congo, Félix Antoine TSHISEKEDI (à gauche) et Le Président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso (à droite)

Prendre les conseils, lever les malentendus, relancer la coopération bilatérale, consolider le bon voisinage seront parmi les options au cœur des entretiens entre les chefs d'Etat des deux Congo, durant deux jours.

Pour la troisième étape de sa première tournée hors de son pays après sa prise de fonction, le 24 janvier dernier, le tout-nouveau président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a choisi la République du Congo. Il y est presque chez lui et devrait profiter de ses entretiens avec son homologue, Denis Sassou N'Guesso, pour écrire les nouvelles pages des relations séculaires qui unissent les deux pays.

Kinshasa, située à trois minutes d'hélicoptère de sa voisine Brazzaville, était, il y a peu, au cœur de toutes les attentions en raison des élections générales organisées en RDC et de toutes les appréhensions qui les entouraient. Dans ce climat qui rassurait de moins en moins, il a pu s'installer quelques ambiguïtés entre ce pays en quête de stabilité et ses voisins de la sous-région, lorsqu'il a été question d'apprécier le processus électoral dans son ensemble. En fait, tous étaient préoccupés de savoir dans quelles conditions la RDC, dont la position géostratégique en Afrique se passe de commentaire, allait réussir sa première alternance pacifique depuis son indépendance en 1960.

A ce titre, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (Cirgl) et la Commission de développement d'Afrique australe (Sadc) avaient réuni un sommet spécial, le 26 janvier, à Brazzaville, à l'initiative des présidents Denis Sassou N'Guesso et Hage G. Geingob, en leur qualité de présidents en exercice de ces sous-ensembles régionaux dont la RDC fait partie. Cette réunion avait été motivée par le report des élections initialement prévues le 23 décembre.

Sous le feu des projecteurs

Les chefs d'Etat et de délégation présents au sommet de Brazzaville* réitéraient « leur engagement et leur disponibilité à accompagner la RDC » et décidaient d'envoyer sur place, à Kinshasa, une délégation composée des ministres des Affaires étrangères du Congo et de son homologue de Namibie. Les deux émissaires furent reçus par le président Joseph Kabila, étonné semble-t-il de n'avoir pas été invité à Brazzaville, mais à qui ses pairs avaient envoyé un message d'apaisement afin que le processus électoral soit conduit à son terme.

Pour dire combien la situation en RDC restait au cœur de l'actualité diplomatique, le 4 janvier, lors des échanges de vœux entre le président Denis Sassou N'Guesso et les ambassadeurs accrédités au Congo, le discours de la doyenne du corps diplomatique, Marie Charlotte Fayanga, et la réplique du chef de l'Etat congolais convergeaient pour appeler les différentes parties Rd-congolaises à privilégier une alternance apaisée dans le pays.

Le 16 janvier, à la veille de la réunion d'urgence sur la RDC convoquée par le président en exercice de l'Union africaine, le chef de l'Etat rwandais Paul Kagame, à Addis-Abeba, le président Joseph Kabila dépêchait son émissaire à Brazzaville. Antoine Gongha remettait au président Denis Sassou N'Guesso un message personnel dans lequel Joseph Kabila donnait à son homologue « des explications sur le déroulement du processus électoral en RDC ».

Le moindre mal ?

La rencontre de la capitale éthiopienne était précédée par un certain nombre de déclarations qui, dans les circonstances du moment, eurent l'heur de ne plaire à Kinshasa. Emanant de la Cirgl et de la Sadc, elles évoquaient « des doutes » en rapport avec les résultats livrés en première instance par la Commission électorale nationale indépendante. L'Union africaine (UA) était elle aussi revenue sur la question en demandant de suspendre la proclamation de ceux-ci.

Mais la décision de l'organisation continentale d'envoyer une mission de bons offices sur place a tourné court d'autant que la Cour constitutionnelle avait choisi, sans attendre l'arrivée de cette mission-là, de proclamer les résultats définitifs du scrutin présidentiel qui donnaient Félix Tshisekedi vainqueur. Tout a semblé rentrer dans l'ordre de façon complexe mais irrémédiable en dépit de la contestation menée par le candidat Martin Fayulu.

A présent que la communauté internationale a pris acte de ce résultat, que le nouveau chef de l'Etat de RDC, installé dans ses fonctions, le 24 janvier, a reçu les félicitations de plusieurs de ses homologues, il lui revient de tâter le terrain de la réalité du pouvoir.

L'axe Kinshasa-Brazzaville et plus loin...

Si les tractations entre les forces politiques qui le soutiennent et leurs alliés du Font commun pour le Congo sont en cours pour la formation du gouvernement, les impératifs de bon voisinage et de la coopération internationale l'appellent fortement. Sa tournée à Luanda, Nairobi et Brazzaville participe de cette volonté de prendre langue avec ses homologues et établir un dialogue indispensable dans le moment présent où la RDC fait face à de nombreux défis. Parmi ceux-ci, la sécurité dans l'est du pays affecté par la présence des groupes armés.

On imagine que pour sa première visite officielle à Brazzaville, Félix Tshisekedi et son hôte, Denis Sassou N'Guesso, feront le tour d'horizon des relations entre les deux Congo : prendre des conseils, lever les malentendus, promouvoir les échanges commerciaux en baisse de régime entre les deux capitales du monde les plus proches, relancer les commissions de travail existantes, voilà autant d'axes de travail pour les deux chefs d'Etat et pour les deux gouvernements quand celui attendu en RDC sera effectif.

Dans cette même lancée, « Fatshi » (ainsi abrège-t-on Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo) pourrait, le moment venu, regarder aussi en direction de ses voisins de l'est où, en apparence, la mission avortée de l'UA à Kinshasa évoquée plus haut a dû laisser quelques traces.

*Chefs d'Etat :Hage Geigob (Namibie), Joao Lourenço (Angola), Mokgweetsi Masisi (Botswana), Edgar Lungu (Zambie), Denis Sassou N'Guesso (Congo) ; délégations : Rwanda, Ouganda, Afrique du Sud.

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