6 Février 2019

Burkina Faso: Mise en garde contre les soldats fuyards et suspension des missions d'officiers - Des mesures fortes et salutaires mais...

Avis aux soldats burkinabè fuyards : « En application des lois et règlements militaires en vigueur au Burkina Faso, tout militaire des Forces armées nationales, engagé dans une mission opérationnelle, coupable d'abandon de son poste de combat en présence de l'ennemi, sera radié automatiquement des effectifs ».

Dont acte ! Ils sont donc prévenus, après l'officialisation de la note de service signée du chef d'état-major général des Armées, le général de brigade Moïse Miningou, le 4 février dernier. Une autre note, signée le même jour, du général de brigade, indique ceci : « Dans le cadre du renforcement de la défense opérationnelle du territoire national et pour assurer une plus grande disponibilité du personnel, les déploiements des officiers des Forces armées nationales en qualité d'observateurs militaires et officiers d'état-major au sein des différentes Opérations de soutien à la paix (OSP), sont suspendus jusqu'à nouvel ordre ».

Ces mesures fortes que vient de prendre le patron des Armées, et pour le moins salutaires, auront certainement été bien accueillies par de larges secteurs de l'opinion nationale qui, c'est connu, vit désormais, la peur au ventre, face à la recrudescence des attaques terroristes sur le territoire national.

D'autant que le citoyen burkinabè a toujours du mal à comprendre et à accepter la facilité quasi déconcertante avec laquelle des terroristes sont montés à l'assaut de bien de nos positions militaires, et en sont repartis en laissant derrière eux, d'importants dégâts matériels et humains sans manquer parfois de s'offrir le plaisir d'emporter avec eux, des trésors de guerre colossaux.

Et tout cela parce que, hélas, ceux qui étaient en face, avaient préféré ne pas affronter l'ennemi par couardise ou, la mort dans l'âme, n'ont pas eu d'autre choix que de prendre leurs jambes à leur cou parce que dénués de moyens conséquents de riposte. Sachant qu'il y a désormais des sanctions, tout contrevenant à la note de service, sait à quoi il s'expose.

La hiérarchie militaire gagnerait à se pencher sérieusement sur les raisons qui ont poussé certains soldats à décamper

On attendait des mesures fortes. Eh bien celles que vient de prendre le successeur de Oumarou Sadou, valent leur pesant de dissuasion face à des soldats trouillards ! C'est dire si, à présent, tout soldat burkinabè engagé sur un quelconque théâtre d'opérations sur le sol burkinabè, devra s'assumer comme tel... en soldat digne de ce nom. S'il doit tomber sur le champ de bataille, il devra désormais tomber « verticalement », les armes à la main et l'honneur chevillé aux godasses, même toujours fumantes !

Il laissera, pour ainsi dire, à la postérité, l'image d'un combattant vaillant qui aura été jusqu'au bout du sacrifice suprême pour l'honneur et la défense de la partie. Du reste, n'est-ce pas à cela que l'on reconnaît le vrai soldat ? N'est-ce pas le serment qu'il a fait en s'engageant sous les drapeaux ? Militairement et psychologiquement préparé à faire face à n'importe quelle situation sur le champ de bataille, est-ce trop lui demander que de mettre en pratique ce qu'il aura appris aux fins de servir et protéger sa partie ?

En tout état de cause, tout militaire normalement formé est conscient des risques du métier. C'est pourquoi les reproches et autres railleries entendues souvent çà et là, selon lesquels «il suffit que les terroristes ouvrent le feu pour qu'ils prennent la tangente», doivent désormais appartenir au passé. Et l'Armée doit se faire un point d'honneur, à travailler à cela.

Car, force est de reconnaître qu'elle a quelque part terni son image en raison du spectacle très peu honorable pour ne pas dire piteux, qu'auraient livré certains éléments de nos FDS (Forces de défense et de sécurité). Face au danger, ils auront opté pour la fuite, abandonnant armes, munitions et matériel. Les assaillants n'avaient plus eu qu'à se servir et à renforcer leur arsenal de guerre. On peut, hélas, faire le constat regrettable que ces dernières années, l'Armée burkinabè a atteint un niveau de délitement sans pareil.

Pouvait-il en être autrement quand on sait qu'elle est une émanation, une composante de notre société qui se trouve elle-même en situation de manque de repère ? Comment, en effet, disposer d'une Armée saine dans une société mal en point et corrompue ? Ce n'est pas lui faire un mauvais procès puisque sa déliquescence morale se voit constamment mise en relief à travers le procès en cours, du putsch manqué de septembre 2015.

Chaque feuilleton de ce procès, étale à suffisance le mal qui a longtemps rongé notre Armée, et qui continue d'avoir pour manifestations la perte de valeurs cardinales en son sein, comme le sens de l'honneur et le respect de la parole donnée. Sur fond de déni, de veulerie et de couardise, on refuse aujourd'hui de s'assumer. Il faut que tout cela change et c'est tant mieux si le général de brigade veut amener cette Armée à se ressaisir face à des comportements qui ne l'honorent pas. Il n'est pas tard pour bien faire.

Cela dit, si l'on peut saluer ces nouvelles mesures, notamment la mise en garde adressée aux soldats poltrons, la hiérarchie militaire gagnerait à se pencher sérieusement sur les raisons qui ont poussé certains soldats à décamper ! Oui, il faut se montrer digne du statut de soldat ! Oui, il faut se sacrifier pour la patrie ! Oui, il faut... il faut... Mais encore faut-il que tous les moyens soient réunis quand on est confronté à ces ennemis redoutables qui ne viennent pas avec de petits moyens.

Nos soldats n'ont pas fait vœu de martyre et il ne faut pas les envoyer les mains nues au casse-pipe. Plus que des moyens, il faudra aussi régler tous ces problèmes de dysfonctionnements qui ont longtemps caractérisé cette Armée et qui font le malheur de nos soldats engagés sur le front. Car, si des indices graves sont signalés à la hiérarchie par rapport à l'éventualité d'une attaque plus ou moins imminente, et que, en retour, l'échelon supérieur ne réagit pas, cela ne peut qu'engendrer des sentiments de frustrations.

On peut humainement comprendre sans les excuser pour autant, que certains soldats ne soient pas prêts à payer, au plus fort, une négligence qui n'aura pas été de leur fait, bien au contraire. Bref, c'est dire s'il faut que chaque échelon joue correctement son rôle et se sente pleinement responsable dans le sens de la prévention.

La seconde note de service signée du général de brigade, est relative à la suspension des déploiements des officiers des Forces armées nationales en qualité d'observateurs militaires et officiers d'état-major au sein des différentes Opérations de soutien à la paix (OSP). Dans la situation d'insécurité ambiante actuelle qui doit être désormais ressentie comme l'affaire de tous, il faut éviter de donner le sentiment aux uns qu'ils sont toujours commis aux tâches périlleuses et aux autres qu'ils sont prédestinés aux missions plus « tranquilles et juteuses ».

Au total, ce rappel à l'ordre du chef d'état-major général des Armées, est révélateur d'un malaise général profond au sein de notre Armée. Mais l'une dans l'autre, ces mesures ont le mérite de poser les vrais problèmes. Et c'est tout à son mérite d'avoir mis le doigt sur une plaie béante de notre Grande muette.

Reste à présent la mise en application de ces mesures, sur le terrain. A ce sujet, l'Exécutif burkinabè a un important rôle à jouer. Il devra se montrer fort et solidaire des décisions prises par le général de brigade qui vient de donner un salutaire coup de pied dans la fourmilière.

Burkina Faso

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