Sénégal: Wade en campagne pour le report de la présidentielle - Gorgui exagère !

6 Février 2019
analyse

Alors que la campagne bat déjà son plein au Sénégal pour la présidentielle du 24 février prochain, l'ex-président, Abdoulaye Wade, a décidé d'enfourcher son cheval de bataille, pour faire campagne pour le report dudit scrutin.

En tout cas, le prédécesseur de Macky Sall veut s'opposer à la tenue du vote et pour cela, il a décidé de quitter sa douillette retraite de Versailles, en France, pour se rendre sur la terre de ses aïeux. Et c'est ce 7 février qu'il est attendu dans son pays pour entamer sa campagne qui ressemble à une croisade anti-Macky Sall.

Et pour cause. Pour Wade père, « Macky Sall a créé de graves dangers de déstabilisation du Sénégal dans la violence. Cette élection, dont les concurrents les plus dangereux ont été d'abord ignominieusement éliminés, ne peut pas être appelée élection. Et nous ne l'accepterons pas ».

Le combat d'Abdoulaye Wade ressemble à un combat d'arrière-garde

Visiblement, l'élimination de son petit Karim de rejeton de la course à la présidentielle est comme une arête restée en travers de la gorge de l'ex-président. Et l'on est porté à croire que pour Wade, la place de Karim Wade n'est nulle part ailleurs que dans le fauteuil présidentiel. Ainsi, il aura lutté de toutes ses forces, pour que son fils adoré accédât à la magistrature suprême. C'est à croire que pour lui, c'est le seul combat qui vaille encore la peine d'être mené pour donner un sens à sa vie.

Mais voir un vieillard de 92 ans, se sentir obligé de parcourir plus de 5 000 kilomètres pour descendre dans l'arène politique afin de défendre son fils de 50 ans, a certes quelque chose d'attendrissant, mais c'est un acte d'infantilisation qui n'honore ni le père ni le fils. Car, c'est finalement donner le sentiment que Karim n'a pas suffisamment grandi, et qu'il est encore incapable de se défendre tout seul, du haut de ses 50 printemps. A vrai dire, Gorgui exagère ! Il exagère d'autant plus qu'en agissant ainsi, il donne le sentiment que pour lui, aucun Sénégalais ne mérite, mieux que Karim, d'assumer les fonctions de président de la République.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le combat d'Abdoulaye Wade ressemble à un combat d'arrière-garde. Car, autant il n'a pas pu faire accepter la candidature de son fils, autant l'on ne voit pas comment il peut empêcher la tenue du scrutin du 24 février prochain. D'autant plus que la campagne est déjà lancée. C'est donc un objectif qui a de fortes chances de ne pas être atteint, à moins que ce ne soit simplement une stratégie pour perturber le scrutin et essayer de tailler des croupières à son successeur.

Ou alors tente-t-il là un baroud d'honneur dans l'espoir de pouvoir remettre son fils dans le jeu électoral. Là aussi, l'on peut être surpris qu'un vieux briscard politique de sa trempe, s'y prenne aussi tardivement pour un combat qui risque de bousculer les règles de la République. Cela dit, l'on aurait compris le sens du déplacement de Gorgui à Dakar, en pleine campagne électorale, si c'était pour porter son soutien à un candidat. Mais en évitant de donner toute consigne de vote, l'on a des raisons de croire qu'il fait du cas de son fils, une fixation. Et ce faisant, il donne le sentiment d'avoir la rancune tenace. En cela, l'on peut déplorer que sa sagesse ne reflète pas suffisamment son âge.

On ne peut que lui souhaiter du plaisir

Car, à moins d'être amnésique ou de mauvaise foi, l'ex-président sénégalais ne peut dénier le rôle de son ancien directeur de campagne dans sa reconquête du fauteuil présidentiel en 2007. C'est dire si à force de ruer dans les brancards jusqu'à un âge aussi avancé pour la cause de Karim, le nonagénaire ex-président sénégalais donne finalement l'image d'un vieux gâteux, qui a très peu d'égard pour la République, mais très sourcilleux pour son fils. Il y a là, comme un égocentrisme qui n'honore pas son âge. A moins que ce ne soit un excès d'estime dont il croit jouir auprès de ses compatriotes.

Mais si Abdoulaye Wade est amer, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même. Car, tout porte à croire que c'est son obsession à faire de son rejeton le porte-flambeau et le candidat « naturel » de son parti, qui vaut au Parti démocratique sénégalais (PDS) de ne pas être aujourd'hui au rendez-vous de cette présidentielle. Autrement, rien ne s'opposait à ce que sa formation politique mise sur un autre candidat, dès lors que le cas Karim posait problème.

En tout état de cause, connaissant l'homme qui bénéficie encore d'une certaine aura dans son pays, l'on attend de voir ce que son appel produira comme effet sur ses compatriotes. Peut- être pourra-t-il obtenir de certains Sénégalais qu'ils n'aillent pas aux urnes. A défaut, il aura au moins fait diversion. Et si ce déplacement qui a toutes les allures d'une villégiature vise aussi à dégourdir ses vieux muscles, on ne peut que lui souhaiter du plaisir.

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