7 Février 2019

Burkina Faso: Procés du putsch manqué

Le ballet des témoins se poursuit à l'audience du coup d'Etat manqué du 16 septembre 2015. Eddie Komboïgo et le colonel Kanou Coulibaly sont les témoins qui ont déposé sous serment le 6 février 2019.

Pendant l'interrogatoire à la barre des accusés, les officiers de l'ex-RSP avaient eu à dire que la gendarmerie et la police ont demandé du matériel de maintien de l'ordre. Matériel que le RSP a fait venir et a mis à la disposition des demandeurs. Et c'est le lieutenant-colonel Kanou Coulibaly qui a reçu l'ordre d'envoyer un élément récupérer la part de matériel de la gendarmerie.

Le parquet veut savoir si le matériel a été utilisé pendant le coup d'Etat manqué ou pas. Le lieutenant-colonel Kanou Coulibaly de la gendarmerie, auditionné comme témoin ce 6 février, est catégorique : « le matériel est toujours au magasin et n'a pas été utilisé », avance-t-il.

Le lieutenant-colonel Kanou Coulibaly, en son temps, était le commandant de la brigade mobile de la gendarmerie. Devant le Tribunal militaire, le lieutenant-colonel souligne que pendant les évènements, les éléments n'ont effectué que 3 sorties, de jour, dans la partie Nord de Ouagadougou, les 18 et 19 septembre et ces sorties avaient pour but de « se renseigner sur l'état d'esprit des populations et les sensibiliser pour qu'elles ne s'exposent pas et sachent se protéger ».

« Et quand le RSP a accepté déposer les armes, nous avons appuyé la Police judiciaire pour tous les actes qui ont besoin de sécurisation.

« Est-ce que vous avez besoin de patrouilles pour sensibiliser les populations ? », interroge le parquet. Et l'accusé de dire que c'est le procédé qui est ainsi. Le parquet poursuit son interrogatoire et veut savoir si habituellement, la gendarmerie recevait du matériel de maintien de l'ordre du RSP.

« Normalement, le matériel vient du ministère de la Sécurité ». « Et pourquoi ce procédé inhabituel ? », question du parquet.

Le témoin dit qu'il ne saurait l'expliquer puisqu'il a reçu un ordre qu'il a exécuté. Le parquet relève que dans l'un des procès-verbaux, il est dit que « le RSP dictait sa loi ». Le parquet : « N'est-ce pas sous la contrainte qu'ils sont allés chercher le matériel de maintien d'ordre ? ».

Le témoin fait noter qu'il n'en sait rien. Pour plus de lumière, le président du tribunal appelle à la barre des accusés Aziz Korogo, commandant du RSP en son temps, et le colonel-major Boureima Kiéré, qui disent qu'ils n'ont rien à dire par rapport aux déclarations du témoin.

Mais le général Diendéré affirme que les déclarations du témoin confirment en partie son audition à la barre, à savoir que le matériel de maintien d'ordre a été demandé et récupéré par la hiérarchie de la gendarmerie lors de la réunion du 16 septembre 2015.

Le général ajoute qu'en plus du matériel de maintien de l'ordre, la hiérarchie de la gendarmerie avait aussi fait des réquisitions afin de permettre à la gendarmerie de faire le maintien de l'ordre.

Mais le général Gilbert Diendéré s'inscrit en faux, quand le témoin dit que le matériel de maintien d'ordre n'a pas été utilisé.

« On ne nous a pas demandé ce matériel pour le stocker ou pour l'admirer », s'indigne-t-il. Le témoin est droit dans ses bottes : « le matériel n'a pas été utilisé. Et même si on devait l'utiliser, ça ne pouvait tenir sur une longue durée ».

« Même si c'est une seule grenade, ce sont eux qui l'ont demandée. Pourquoi ont-ils demandé le matériel s'ils ne voulaient pas faire le travail ? », s'offusque le général Diendéré.

Du reste, Me Mireille Barry de la défense note que dans les procès-verbaux, le chef de la gendarmerie a eu à relever qu'une partie du matériel a été utilisée pour le maintien de l'ordre à Guenon pendant la crise intercommunautaire.

Qu'à cela ne tienne, Gilbert Diendéré dit que si le matériel n'a pas été utilisé, la Justice devrait l'avoir comme pièce à conviction.

Tout compte fait, le général insinue que la hiérarchie militaire a d'une manière ou d'une autre soutenu le coup d'Etat puisqu'il a été escorté par l'escadron d'escorte et d'honneur de la gendarmerie, pendant les évènements, en tant que président du CND.

« Même si cet escadron a été mis à la disposition de la Présidence pour emploi, la gendarmerie pouvait ordonner à cet escadron de ne pas effectuer la mission ».

Une position que Me Guy Hervé Kam, avocat des parties civiles, ne soutient pas. Il prend la parole et fait noter que dans les procès-verbaux, il ressort que les commandants d'unité ont refusé de patrouiller pour maintenir le couvre-feu parce que patrouiller revenait à soutenir le coup d'Etat.

Toute chose qui est contraire au rôle républicain de la gendarmerie. Me Latif Dabo de la défense du général Diendéré, dans son développement fait comprendre que pendant les évènements il n'y a pas que des éléments du RSP qui avaient des armes parce que quand le général a voulu rejoindre la nonciature pour se mettre à l'abri, le véhicule qui le transportait a essuyé des tirs qui provenaient d'éléments de la gendarmerie.

Et le parquet de demander au témoin : « vos hommes avaient-ils des kalachnikov pendant les patrouilles ? » « Il se pourrait », répond le lieutenant-colonel Coulibaly. Le parquet poursuit : « vos hommes ont-ils fait usage des AK 47 ? »

« Négatif. Les hommes que je commandais n'ont pas tiré sur quelqu'un », répond le témoin qui prend le soin de noter que ses hommes n'ont pas fait usage de gaz lacrymogène pendant les patrouilles. Durant toute la soirée et une partie de la journée, le Tribunal militaire reçoit la déposition du lieutenant-colonel Kanou Coulibaly.

Dans la matinée, Eddie Komboïgo, président du CDP, achève son audition. Il persiste et signe qu'il n'a pas été à une réunion le 16 à 18h et qu'il n'a pas non plus présidé une réunion à la même heure et à la même date.

Il a du reste souligné que pendant les évènements, « des jeunes ont agressé sa mère et qu'il est parti à l'extérieur avec sa mère pour la soigner ». Et pendant qu'il était à l'extérieur, il n'a contacté personne et n'a mandaté personne de faire quoi que ce soit en son nom.

Et l'accusé Léonce Koné le confirme : « depuis le 16 jusqu'en janvier il était absent du pays. Il n'a pas eu de contact avec lui, ni directement, ni indirectement jusqu'à ce qu'il soit déposé à la MACA ». Mais Léonce Koné se démarque des déclarations du témoin quand celui-ci affirme qu'au moment des évènements, ce n'est pas le CDP qui a agi.

Il n'est pas d'accord « parce que c'est bien le CDP qui s'est entretenu avec Macky Sall ». Quant à Salifou Savadogo, il soutient qu'il y a eu dans la soirée une réunion et c'est au cours de cette réunion que le président du parti, Eddie Komboïgo, a remis 15 millions à Achille Tapsoba et s'en est allé.

Et il ajoute : « ce n'est pas une réunion régulièrement convoquée mais une concertation ». Mais le parquet et le président du tribunal cherchent à savoir d'où viennent les 15 millions. Peine perdue. Le témoin s'emmure dans un silence dans lequel même le président du tribunal n'a pu le soustraire.

Comme pour soutenir le silence, le président du CDP dit qu'il n'a pas à venir dévoiler à la barre, les sources de financement de son parti.

A la fin de son audition, Eddie Komboïgo laisse entendre qu'il n'appartient pas au parquet de fabriquer des coupables. Il veut que la vérité soit dite même si elle ne va pas dans le sens des victimes ou des accusés.

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