7 Février 2019

Sénégal: Le retour de Gorgui

Photo: © William de Lesseux/RFI
Abdoulaye Wade arrive sur scène au siège du Parti démocratique sénégalais, à Dakar, le 7 février 2019.

Gorgui est de retour, en redresseur de torts ! Cela passerait bien comme le titre d'un western spaghetti cuit à la sauce mafé, tourné dans le désert de Lompoul, région de Louga au Sénégal. En effet, annoncé tambour battant, le retour d'Abdoulaye Wade dans son pays natal est attendu par certains de ses partisans comme un catalyseur de la détermination de l'opposition à faire échec à la réélection de Macky Sall ; en d'autres termes, et pour rester dans le vocabulaire du western, Django arrive et Macky Sall devrait préparer le cercueil de sa présidentielle sur mesure.

Mais des intentions, des vœux à la réalité, il y a parfois un fossé infranchissable. Quitus donc à la volonté de Gorgui de faire échec à l'organisation du scrutin présidentiel du 24 février, mais encore faut-il qu'il parvienne à créer le déclic fédérateur d'une opposition en panne de stratégie commune. Même au sein de son propre parti, le PDS, certains cadres cachent mal leur embarras et leur scepticisme quant à son appel à empêcher la tenue de l'élection présidentielle dans moins de trois semaines.

On en arrive alors à se demander si Abdoulaye Wade, à 92 ans bien sonnés et, dans son exil volontaire parisien, n'a pas perdu le fil d'Ariane du labyrinthe de l'échiquier politique sénégalais. Ne s'est-il pas fixé un défi au-dessus de ses forces, de son charisme, flétri par trop de paternalisme à l'égard de son fils Karim ? Devenu au fil du temps et à l'épreuve de la recomposition de la scène politique sénégalaise, plus père protecteur de son fils qu'homme d'Etat au projet politique rassembleur, Gorgui pourrait manquer de munitions, en l'occurrence celle de la mobilisation populaire, pour faire plier l'adversaire Macky Sall.

On note déjà que son retour s'est effectué en demi-teinte ce jeudi 7 février. En effet, ce n'était pas la grande foule à l'aéroport international Dakar Yoff ni dans les rues de la capitale sénégalaise pour accueillir Gorgui. Cette faible mobilisation de ses partisans à son arrivée n'augure pas un succès de son combat pour empêcher la tenue de l'élection présidentielle. Gorgui, qui prend de l'âge, ne rassemble plus les foules, et il ne devrait s'en prendre qu'à lui-même si les Sénégalais le perçoivent plus comme un homme du passé qu'un justicier-libérateur. Macky Sall peut donc continuer de dérouler son programme et rêver de se faire réélire. De fait, on ne voit pas comment, en dehors d'une large mobilisation des populations sénégalaises, Abdoulaye Wade pourrait empêcher pacifiquement, comme il le souhaite, le scrutin du 24 février.

Au demeurant, si pour une fois depuis sa création le PDS ne va pas uni à une élection présidentielle, c'est bien parce que son père spirituel a joué exclusivement la carte de son fils comme candidat du parti. Et si son fils ronge son frein d'exilé de luxe au Qatar, condamné pour enrichissement illicite, c'est bien parce que son père, pendant qu'il était le premier magistrat du pays, lui a confié d'importantes charges au point qu'il était surnommé ministre de la terre et du ciel. Ces hautes fonctions l'auront conduit là où il est aujourd'hui. Et c'est donc comme si Abdoulaye Wade, qui a toujours joué la carte de Karim ou rien, est celui-là même qui aura donné le fouet à ses contempteurs pour flageller politiquement son fils bien-aimé. Qui a dit que nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ?

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