8 Février 2019

Cameroun: Crise anglophone - Ikiliwindi, une localité sans autorité de l'Etat

Ikiliwindi , localité située dans le département de la Meme et la Région du Sud-Ouest fait partie des villages du sud ouest où l'autorité de l'Etat n'existe presque plus. Et pour conséquence les groupes armés s'organisent , imposent leurs lois à la population.

Depuis quelques jours, dans ce village de l'arrondissement de Konye, les groupes séparatistes veillent au grain, en vue du respect du «Lockdown», entendez verrouillage, annoncé dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, du 5 février au 10 février 2019.

Sur une piste écrasée de soleil, deux gendarmes gardent l'entrée du village au niveau du pont sur la rivière Weme. De l'autre côté d'un petit pont, on entre dans le fief des ambazoniens. De ce côté-ci, nous sommes au village IKILIWINDI, village dont plusieurs habitants ont abandonné pour trouver refuge ailleurs

Des mois de conflits et d'affrontements entre les forces de l'ordre et des groupes d'indépendantistes armés, de mauvaise gestion de la crise par les autorités camerounaises ont divisé ce village poussiéreux, connue pour le commerce de cacao. Résultat, l'État camerounais est réduit à l'impuissance et n'est guère capable d'exercer son autorité dans ce village

En l'absence de l'autorité étatique, plusieurs groupes armés règnent en maître sur le terrain. Des centaines d'habitants ont été arrachés à leurs domiciles. Et ceux qui sont restés sont obligés de vivrent au rythme des mots d'ordre des groupes séparatistes. Ces derniers veillent au grain, en vue du respect des consignes.A Ikiliwindi, sur l'axe reliant Konye à Kumba, certains groupes de séparatistes, dépouillent les voyageurs, fouillent les véhicules etc."Des services de l'administration centrale sont censés s'occuper de l'arrondissement, mais tout le personnel est à Konye, explique un chef traditionnel local, qui tient à garder l'anonymat, car il craint pour sa sécurité. Ils touchent leurs salaires, mais ne peuvent pas faire grand-chose ici".On est en présence des fiefs non reconnus qui se chevauchent, dans un pays grand comme le Texas, situé dans l'une des régions les plus troublées de la planète. Extrêmement instables, ces territoires sans foi ni loi sont contrôlés par des mouvements violents, enclins aux querelles intestines.Depuis le début de cette année, la violence a reculé avec le déploiement des forces de l'ordre, mais la crise s'est intensifiée depuis que les groupes armés, dépourvus d'une hiérarchie unifiée, s'est désintégrée en factions concurrentes.

La porosité des frontières camerounaises permet une libre circulation des armes et des munitions. La corruption est omniprésente dans les institutions. "Nous aidons la population, mais nous ne lui assurons que la sécurité, reconnaît Moussa (Nom d'emprunt), un responsable d'un autre groupe armé, Tout le reste est fait par des organisations humanitaires, alors nous n'avons pas besoin de nous en occuper."

Bien qu'il appartienne à un mouvement armé, Moussa porte des vêtements militaires, des sandales avec chaussettes. Ces combattants ont beau être accusés de violence, il affirme qu'ils sont une force pour le bien. "Nous apprenons à la population la cohésion sociale et nous encourageons les gens à ne pas pratiquer la discrimination envers les autres", assure-t-il.

Des centaines de déplacés

Des gens comme Ekema Lydia ne seraient certainement pas de cet avis. Cette mère de 5 enfants, qui a un peu plus de 30 ans, vit à l'étroit sous une tente avec sa famille, comme des centaines d'autres personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays ou même dans le pays voisin (Nigeria).

Dans son abri de fortune, des matelas sales sont posés à même le sol. Au-dessus, le ciel est gris de poussière. "J'étais enceinte de huit mois quand des soldats ont attaqué mon village IKILIWINDI, raconte Ekema Lydia. Ils ont détruit toutes les maisons. J'ai couru me réfugier dans la forêt, puis je suis venue ici. C'était il y a deux ans. On nous donne un peu de nourriture, mais ce n'est pas assez pour mes enfants. Nous vivons dans la peur."Ikiliwindi n'est cependant pas un village sûre ; le risque d'enlèvement ou d'assassinat y est très élevé, et plus aucun étranger ne s'aventure dans les rues, même en pleine journée. Il m'a donc fallu en tant que reporter de camer.be de m'entourer de nombreuses garanties (autant que faire se peut), et obtenir la protection de quelques villageois influents ; mais j'ai surtout compté sur la force citoyenne des Amba boys , patrouilleurs .De toute évidence, les habitants du village Ikiliwindi sont très contrariés par l'insécurité dans la région du sud-ouest. Ce village qui comptait 7 011 personnes n'en compte que mois de 700 âmes à ce jour, nous confie un chef traditionnel local.

Beaucoup d'agriculteurs ont perdu de la clientèle à Ikiliwindi

Au centre du village, c'est l'image d'une Peugeot 404 abandonnée qui prouve que des personnes ont vécu pendant des années dans cette contrée avant de prendre le chemin de l'asile.

Les maisons sont vides parce que les étrangers et les francophones s'en vont, même certains anglophones qui avaient des affaires ici sont allés ailleurs. Nous vivons dans une ville morte nous confie Nzume Cletus, propriétaire de Nzume plantation à Ikiliwindi. « Nous avons abandonné les cultures car, les acheteurs n'existent plus » nous confie t-il.

La situation pousse de nombreux résidents à quitter Ikilindi et sa région pour le Nigeria voisin.

La route reliant le village d'Ikiliwindi à Konye est devenue impraticable. Les populations sont obligées de solliciter les services des moto taximen pour quitter ce village nous confie Heric, un mototaximan « Si la crise se poursuit, je pense que nous allons tous partir du Cameroun. » Comme Heric, ils sont des centaines, voire des milliers à avoir fait le choix de l'exil. Des familles entières avec, souvent, en tête des préoccupations, le souci de scolariser les enfants..

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