10 Février 2019

Soudan: Une vidéo montre des actes d'une extrême violence et des abus

Photo: HRW
Depuis le 19 décembre 2018, des manifestations massives contre le gouvernement ont eu lieu au Soudan. Les forces de sécurité ont réagi brutalement, tuant ou blessant de nombreux manifestants. Il faut mettre fin à ce recours à la force excessive, et mener une enquête internationale afin de tenir les auteurs d'abus (ou donneurs d'ordres) responsables de leurs actes.
communiqué de presse

Depuis le 19 décembre 2018, des manifestations massives contre le gouvernement ont eu lieu au Soudan. Les forces de sécurité ont réagi brutalement, tuant ou blessant de nombreux manifestants. Il faut mettre fin à ce recours à la force excessive, et mener une enquête internationale afin de tenir les auteurs d'abus (ou donneurs d'ordres) responsables de leurs actes.

(Nairobi, le 11 février 2019) - Human Rights Watch a diffusé aujourd'hui une vidéo qui montre les méthodes extrêmement violentes employées par les forces gouvernementales soudanaises contre des personnes ayant participé à des manifestations largement pacifiques à travers le pays au cours des dernières semaines, ainsi que certaines exactions choquantes. Lors de sa session en mars, le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies devrait prendre d'urgentes mesures face à la crise des droits humains au Soudan, notamment en procédant à l'ouverture d'une enquête indépendante sur les violations commises depuis le début des manifestations en décembre 2018.

Des séquences vidéo dont Human Rights Watch a vérifié l'authenticité montrent des membres des forces de sécurité à bord de véhicules blindés, ouvrant le feu sur des manifestants non armés et tirant des gaz lacrymogènes sur eux. D'autres clips qui figurent dans la vidéo montrent des forces de sécurité en train d'arrêter des manifestants et des passants, ou de les frapper brutalement avec leurs bâtons de police, ou à coup de crosse de pistolet. Les images vidéo montrent des manifestants ensanglantés, grièvement blessés par des coups de feu ou exhibant des signes de sévices corporels et de torture. D'autres clips montrent des raids menés par les forces de sécurité contre des hôpitaux, tirant des gaz lacrymogènes dans des salles d'urgence et entravant les activités du personnel cherchant à fournir soins médicaux.

« Ces preuves irréfutables montrent l'extrême brutalité des méthodes employées par les forces gouvernementales soudanaises contre des manifestants pacifiques et d'autres personnes ayant critiqué le gouvernement », a déclaré Jehanne Henry, directrice adjointe de la division Afrique de Human Rights Watch. « Il faut immédiatement mettre fin à ces tactiques violentes, qui enfreignent les obligations juridiques internationales du Soudan en matière de droits humains, et s'assurer que les responsables soient tenus de rendre des comptes devant la justice..»

Depuis la mi-décembre, les manifestants sont descendus dans les rues plusieurs villes du pays pour protester contre les hausses de prix et appeler à la démission du président Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 29 ans. Les manifestations ont commencé à Atbara et se sont étendues à d'autres villes, notamment Gedarif, Wad Madani, Port-Soudan, Dongola, El Obeid, El Fasher, Omdurman, et la capitale, Khartoum.

Des activistes soudanais estiment que plus de 50 personnes ont été tuées, y compris le Dr Babiker Abdul Hamid, un médecin âgé de 25 ans qui été tué par balle le 17 janvier alors qu'il tentait de soigner les blessés.

Omar El-Béchir est recherché par la Cour pénale internationale ayant été accusé de responsabilité de génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre commis au Darfour. Toutefois, malgré les deux mandats d'arrêt émis par la CPI en 2009 et 2010, le gouvernement soudanais a refusé à ce jour de coopérer avec la Cour ou de veiller à ce que justice soit faite pour les atrocités commises au Darfour et dans deux autres zones de conflit, le Kordofan méridional et le Nil Bleu.

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