Tunisie: La Tunisie face aux enjeux géostratégiques

10 Février 2019

Situation complexe en Libye

Les grands enjeux géostratégiques qui se profilent à l'horizon et les profondes mutations observées ces dernières années suite aux révolutions arabes font que notre pays va se trouver à l'épicentre des changements géostratégiques et au milieu de certains conflits en raison notamment de la situation qui prévaut en Libye. Comment gérer des situations nouvelles et en tirer profit et quelle place pour la Tunisie dans ce nouveau monde qui se profile à grande vitesse ?

Plusieurs experts se sont penchés sur ces mutations dans le cadre de cette conférence, dont le chercheur et spécialiste de la question libyenne Raffa Tabib qui a consacré son intervention aux défis sécuritaires et aux projets de construction en Libye. Il faut commencer par la Libye en raison de la complexité de la situation dans ce pays et la volonté affichée par certaines puissances de le laisser sombrer dans le chaos et profiter de ses sites pétroliers. Les élections de 2014 censées apaiser le pays n'ont fait qu'attiser les hostilités aux racines historiques, alors que les grandes puissances se permettent tout en Libye.

Des milices à notre frontière

«Au vu de la situation qui prévaut en Libye, on peut dire que le défi majeur sur le plan sécuritaire réside dans l'omniprésence et la puissance des milices à notre frontière, des milices qui ne s'adonnent pas à des guerres intestines de type tribal ou doctrinal, mais qui se livrent essentiellement depuis 7 ans à la prédation des ressources économiques et au trafic », déclare Raffa Tabib à La Presse. Il signale dans ce contexte l'augmentation des menaces à notre frontière. « Nous avons des milices libyennes qui sont en train de former des alliances avec les grands et dangereux trafiquants tunisiens», nous confie-t-il.

A ce propos, il a fait savoir que les miliciens assurent une puissance de feu aux trafiquants et ces derniers leur assurent le financement. Une complémentarité qui se traduit en termes géostratégiques d'hybridation des menaces, ce qui pose problème pour la sécurité de notre pays qui n'a pas d'interlocuteur en Libye pour pouvoir faire face à ce danger.

L'écrasement de Daech a généré une dynamique dite de la métastase de cette organisation vers les « zones molles ». A l'orée de la partie méridionale de notre pays, aux environs de Ghadamès, une base de Daech a été fondée depuis la fin de l'année 2015 grâce à des connivences avec des Touaregs ayant fait allégeance à cette organisation terroriste, rappelle-t-il.

Plus loin, dans son intervention, l'expert en question expliquera que notre frontière avec la Libye est une succession de territoires contrôlés par des factions rivales et fréquemment traversés par des groupes criminels qui n'hésitent pas à s'inscrire dans les stratégies des terroristes contre intéressement. Selon Raffa Tabib, la stabilisation de la Libye prendra un temps relativement long et des régions entières connaitront des tensions et des soubresauts sécuritaires avec une prédominance des groupes criminels ou des milices liées au terrorisme. Il envisage cinq scénarios possibles en Libye, à savoir la guerre totale, la réconciliation, des élections, la partition qui mènerait à la « somalisation » de ce pays et provoquerait donc un flux migratoire vers la Tunisie et enfin le consensus.

Il a déploré à la fin de son exposé l'attitude de notre pays à l'égard de la Libye. « On n'a fait rien pour prendre part à la reconstruction de ce pays », se plaint-il.

L'Union du Maghreb est cliniquement morte

De son côté, le professeur Mohamed Hsairi a déploré lors de cette conférence la situation de l'Union du Maghreb arabe (UMA), cette structure censée rapprocher les pays du Maghreb mais qui se retrouve actuellement dans une situation de mort clinique. Les révolutions dans certains pays arabes n'ont fait que compliquer encore plus la donne, comme en témoignent la situation confuse en Libye, l'amplification de l'émigration clandestine, la recrudescence du terrorisme et de la contrebande, la montée de l'islam politique et son impact sur la transition démocratique dans ces pays.

Ces mutations ne sont pas de nature à favoriser l'UMA, souligne l'orateur. Outre un contexte mondial marqué par la montée en force de nouvelles puissances mondiales, dont notamment la Chine, l'Inde, la Turquie, l'Iran et les pays du Brexit.

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