11 Février 2019

Tunisie: Les dirigeants devraient, aussi remporter des "titres"... de gouvernance !

Des mots sans concession, des quasi-accusations qu'il tempère cependant par la formulation d'un vœu : "Le souhait est de voir le sport tunisien progresser et devenir un secteur stratégique porteur de projets et créateur de richesses. Pour cela, l'Etat devra définir une vraie politique du sport qui déclenchera une dynamique de savoir et de savoir-faire."

Creuser plus profond que les performances des sportifs

L'Etat, oui, bien sûr, mais Herguem révèle bien vite la cible de ce manuel singulier car il le dit sans ambages ; ce qui l'intéresse le plus, c'est comment manager une organisation sportive dans le but d'en améliorer la pratique et les performances.

Il s'adresse ainsi essentiellement à ceux qu'il décrit comme les dirigeants sportifs qui militent pour résoudre les problèmes de la gestion de leurs structures mais qui ont du mal à concevoir une stratégie et à développer l'image et le potentiel de leurs clubs à cause de la complexité des variables dans l'environnement sportif.

Il nous immerge alors dans cette culture du sport si chère à d'innombrables Tunisiens sans tomber dans les lieux communs. C'est à une sortie des sentiers battus que nous convie l'auteur qui ne recule pas devant les concepts de haute tenue, mais les rend accessibles. Peut-être le journaliste qui est en lui s'est-il lassé, à la longue, de ne pas voir pris en considération les allusions qu'il glissait dans ses articles sur les médiocrités de gouvernance au sein des clubs et des fédérations. Il prend la question à bras-le-corps et offre un référentiel structuré pour paver la voie. Pourtant, ce n'est pas un ouvrage d'allusions, de chuchotement dans l'oreille des dirigeants, mais un cri de protestation contre tous ceux qui tardent à comprendre que s'ils veulent des résultats (des "titres" comme les appellent les fans), ils devront creuser bien plus profond que les performances des sportifs, loin vers leurs propres performances en tant que responsables.

Le management et le marketing du sport commencent par là, crie l'Hauteur de l'ouvrage. Mais ce n'est que le début et Herguem montre la voie en décortiquant dans le détail le microcosme sportif, délaissant sciemment le scolastique pour déployer un brossage hautement coloré qui va au fond des choses sans tourner autour du pot. Il en décrit les jalons dans leur dimension stratégique, leur utilité, leur caractère indispensable : joueurs et athlètes, entraîneurs, médecins, organisations sportives concurrentes, fédérations, arbitres, agents de joueurs, adhérents et supporters, personnel administratif. Et c'est avec la même sagacité que l'auteur nous explique le micro-environnement institutionnel.

Nous sommes loin, très loin du dangereux slogan "Nul n'est indispensable" que brandissent de trop nombreux dirigeants pour asseoir leur autorité, pour faire peur allions-nous dire.

Attention aux scandales financiers !

L'un des chapitres les plus intéressants et les plus "culturels" de l'ouvrage est sans conteste celui des modèles stratégiques d'analyse des organisations sportives. Selon l'auteur, c'est à cela que le dirigeant doit s'adosser pour saisir les enjeux et la pertinence de ses choix, pour étudier convenablement le positionnement de son club dans son environnement. C'est cet attachement à son environnement ; c'est-à-dire "les autres", qui fait la différence. Car rien n'est possible dans le sport si l'un de ces acteurs qui en constituent l'environnement est absent.

Nous y voyons une attaque en règle de la part de Herguem contre les ego démesurés des grands pontes du sport tunisien, et un appel qui leur est lancé pour qu'ils fassent preuve de plus d'humilité, pour la simple raison qu'ils ne peuvent rien faire sans les autres. D'où la richesse de la matière du chapitre sur la gouvernance et la gestion des conflits où l'auteur rappelle que le terme a émergé dans le sport après les scandales financiers survenus dans le domaine et s'adresse encore une fois aux dirigeants avec cinq musts particulièrement martelés :

-La gouvernance n'est pas limitée dans le temps

-La gouvernance dans le sport est aussi sérieuse que dans la politique, l'économie...

-La gouvernance engage, en premier, la responsabilité des dirigeants

-La gouvernance s'étend aux concepts de pouvoir, transparence, éligibilité, contrôle...

-La gouvernance n'est pas facultative, elle est rigoureusement obligatoire.

Autant d'objurgations qui font de cet ouvrage une apologie des nobles valeurs du sport, apologie gâtée par le regret que ces valeurs se perdent de plus en plus sous l'effet de la mercantilisation excessive et des dérapages.

L'ouvrage

"Comprendre le management et le marketing du sport", 225p., mouture française

Par Rafik El Herguem

Editions Snipe, 2019

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