13 Février 2019

Afrique: Les chemins de la démocratie - Les indépendances africaines

Troisième volet de notre série sur la démocratie : comment les indépendances n'ont pas assouvi les espoirs de démocratie des peuples africains.

C'est en 1960 que dix-sept pays, la plupart des colonies françaises, accèdent à l'indépendance. Les nouveaux Etats qui se forment doivent inventer leur système politique, la façon dont ils seront régis. Quelle place la démocratie a-t-elle occupé dans les débats de l'époque ?

Une indépendance progressive

Le démantèlement de l'empire colonial français se fait en trois grandes étapes, parfois après des guerres : l'instauration de gouvernements locaux à partir de 1956, un référendum en 1958 qui scelle l'association entre la France et des territoires autonomes au sein d'une communauté et, en 1960, l'indépendance formelle.

L'accession à l'indépendance a été synonyme d'espoir au sein des populations africaines.

En 1960, de grandes voix s'élèvent pour réinventer l'Afrique et réparer les injustices issues du système colonial, à l'exemple de Patrice Lumumba, Premier ministre du Congo-belge.

Les grandes voix de l'émancipation

Le 30 juin, il tient un discours mémorable à Léopoldville, en présence du roi des Belges, dont voici un extrait:

"Nous avons connu que la loi n'était jamais la même selon qu'il s'agissait d'un blanc ou d'un noir : accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour leurs opinions politiques ou croyances religieuses. Exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même."

Ces mots, tout comme les réflexions de nombreux penseurs panafricanistes, suscitent de grands espoirs chez des millions d'Africains qui célèbrent leur libération du joug colonial.

Les leaders tels que Lumumba ou Kwame Nkrumah tiennent des discours nationalistes et d'émancipation.

Ouest ou Est?

En cette période de guerre froide, les penseurs africains qui veulent se démarquer des puissances occidentales épousent les idéaux soviétiques. Comme le rappelait à notre micro récemment l'historien Aboubacar Maïga, professeur à Bamako, "c'est allé à un point où le Mozambique a même inscrit des kalachnikovs sur son drapeau, parce que le soutien de l'Union soviétique dans la lutte pour l'indépendance a été considérable, et en Angola aussi."

Modibo Keïta déclare le Mali comme pays "non-aligné", il soutient l'Algérie, le Ghana de Kwame Nkrumah, la Guinée de Sékou Touré .

La plupart des constitutions sont directement inspirées soit du fonctionnement des puissances coloniales soit du régime soviétique.

Dès le début des années 1960, les assassinats (comme celui de Lumumba en 1961) et les coups d'Etat se multiplient (Gnassingbé Eyadema au Togo en 1963, Mobutu en 1965 au Congo, ou Aboubacar Sangoulé Lamizana en 1966, en Haute-Volta).

Oligarchies militaires, systèmes centrés autour d'un parti unique (comme le Niger d'Ali Saibou) ou à tendance populiste, les régimes autoritaires se généralisent.

Jean Bedel Bokassa en Centrafrique, Sékou Touré en Guinée, Houphouët-Boigny en Côte d'Ivoire... les régimes autoritaires et souvent sanguinaires s'installent dans la durée, avec une répression systématique de l'opposition, un musèlement de toute voix contestataire, une consultation toute relative de la population dans des simulacres d'élections.

La vague de démocratisation n'arrive sur le continent que dans les années 1990, au moment des Conférences nationales. Mais c'est une autre histoire, que nous aborderons dans un prochain volet de cette série sur la démocratie.

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