13 Février 2019

Tchad: Frappes Barkhane sur des rebelles - Pourquoi il fallait sauver le soldat Déby

Photo: MAEA
Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères de la France
analyse

Après les frappes militaires, le débriefing parlementaire pour Jean-Yves le Drian. Un exercice dans lequel il devrait être à l'aise pour avoir été ministre de la Défense de François Hollande. Cette fois, c'est en tant que ministre des Affaires européennes et étrangères qu'il est intervenu devant les élus au cours de la session sur les questions d'actualité. Questions posées notamment par le député Jean-Michel Clément du groupe parlementaire Libertés et Territoires, relatives aux frappes aériennes de Barkhane sur une colonne de l'UFR, la rébellion menée par Timane Erdimi, le terrible neveu du président Idriss Déby Itno.

C'était donc, foi du chef de la diplomatie française, une tentative de coup d'Etat que la force française a enrayée à la demande écrite du chef de l'Etat tchadien. Un acte conforme, selon lui, au droit international.

Il faut croire que l'écho des détonations qui ont eu lieu dans le nord-est du Tchad a été ressenti au palais Bourbon, où les explications du ministre ne semblent pas avoir convaincu tout le monde. Pas plus à Paris qu'au Tchad, car il faut bien reconnaître que de nombreuses zones d'ombre subsistent sur cette opération. La question se pose d'ailleurs de savoir comment les troupes d'Erdimi, parties du sud libyen à bord d'une quarantaine de pick-up, ont pu parcourir des centaines de kilomètres en territoire tchadien sans qu'à un moment ou à un autre l'armée tchadienne ait pu intervenir. Faut-il croire effectivement que sans l'intervention tricolore ces pick-up auraient foncé sur N'Djamena pour prendre le pouvoir ?

En tout cas, c'est le ciel qui est vraiment tombé sur la tête des rebelles tchadiens, car ce n'est pas moins d'une vingtaine de bombardements qui ont été assénés par sept mirages entre dimanche et mercredi.

En fait, ce n'est pas la première fois que la France vole au secours du soldat Déby, de loin son meilleur allié dans la lutte contre le terrorisme au Sahélistan. On se rappelle en effet qu'il y a presque onze ans, jour pour jour, d'autres rebelles avaient été, eux, neutralisés par l'armée française quasiment aux portes de la capitale, au grand soulagement du président Déby dont le pouvoir n'aura jamais autant vacillé. Ainsi, l'histoire se répète et il devient quelque part l'obligé de Paris, à qui il ne peut refuser grand-chose.

Et au-delà des grands principes comme celui de la non-ingérence dans les affaires d'un Etat souverain, nécessité a fait loi, quand bien même le régime tchadien ne serait pas un exemple de démocratie et encore moins de bonne gouvernance économique. Déjà tourmentée par l'interminable conflit libyen, le terrorisme dans la bande sahélo-saharienne et Boko Haram dans le bassin du lac Tchad, la région aurait-elle pu se payer le luxe de voir éclater un nouveau foyer d'instabilité ouverte que l'arrivée des rebelles et le départ de Déby auraient forcement créé... non.

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