Nigeria: Entre Buhari et Atiku ... - Pour qui le cœur des Nigérians va pencher ?

On a beau être au Nigeria, le pays le plus peuplé du continent avec ses 190 millions d'habitants, 72 candidats à une élection présidentielle, c'est quand même un peu trop. Sans doute, c'est le record du monde en la matière, même si, très vite, ce peloton va se décanter.

En réalité, il y a 70 lampistes de tout acabit et deux véritables poids lourds que sont le président sortant, Muhammadu Buhari, et son challenger Atiku Abubakar, l'ancien vice-président d'Obasango entre 1999 et 2007.

Qui donc des deux aura la faveur des 84 millions d'électeurs appelés hier aux urnes pour un scrutin au système un peu complexe ? Le vainqueur devra en effet avoir non seulement la majorité des voix au niveau fédéral, mais aussi 25% des suffrages dans au moins 2/3 des Etats, soit 24 sur les 37 que compte la République Fédérale du Nigeria.

En réalité, quel que soit celui qui franchira en premier la ligne à cette course à la magistrature suprême, les Nigérians devront continuer à composer avec la vieille garde, les mêmes vieux crocodiles qui règnent depuis au moins 30 ans dans le même marigot politique. A 76 et 72 ans, le président sortant et son challenger ne sont en effet pas de la première jeunesse.

Le premier, actuel président de la République fédérale du Nigeria, a été, après le coup d'Etat de décembre 1983, à la tête du Nigeria du 31décembre1983 au 27août1985. Il a également été un candidat malheureux aux présidentielles de 2003, de 2007 et de 2011. En décembre 2014, il se présente comme candidat du Congrès progressiste (APC) à l'élection présidentielle du 28 mars 2015, qu'il remporte face au président sortant, Goodluck Jonathan, avec 53,9% des voix.

Le second, Atiku Abubakar, a été vice-président du président Olusegun Obasanjo de 1999 à 2007. Lors de la tentative de modification constitutionnelle lancée début 2006 et visant à autoriser le président à briguer un troisième mandat, Abubakar s'est rangé dans le camp des opposants. L'échec de la modification constitutionnelle a exacerbé les tensions entre Obasanjo et ses opposants au sein du PDP, principalement avec Atiku Abubakar, qui a demandé la démission d'Obasanjo et annoncé sa candidature à la présidentielle de 2007. Sa candidature n'est pas choisie par le PDP, qui préfère celle d'Umaru Yar'Adua. Abubakar est exclu du parti.

Le 23 décembre 2006, le président Olusegun Obasanjo retire tous les droits et privilèges dont jouissait Atiku Abubakar en sa qualité de vice-président. Le 7 octobre 2018, en vue de l'élection présidentielle nigériane de 2019, il remporte la primaire du PDP.

Entre les deux, les Nigérians vont-ils opter pour le changement ou pour la continuité ? Alors qu'il s'apprête à solliciter de nouveau un bail de quatre ans au palais d'Aso Rock, l'ancien général a un bilan on ne peut plus mitigé, l'espoir de changement né de son élection en 2015 ayant très vite tourné à la désillusion : économie en berne, corruption toujours endémique malgré l'image de père-la-rigueur et d'homme intègre qu'il incarne, lutte contre Boko Haram loin d'être gagnée malgré quelques victoires éclatantes.

On se serait attendu à une meilleure copie après quatre années d'exercice. Et pour ne rien arranger, Baba Go slow, comme ont fini par le surnommer ses compatriotes, a souvent été absent du pays pendant son mandat, effectuant à plusieurs reprises des séjours plus ou moins longs à l'étranger, tant et si bien que certains se demandaient même s'il finirait son mandat. Et comme par miracle, le voilà requinqué pour un nouveau tour de piste, face à un autre musulman du Nord.

Mais quand bien même le bilan de Buhari serait plutôt maigre, son concurrent aurait tort de penser que les électeurs se reporteront automatiquement sur lui. Car, autant Buhari a une réputation flatteuse d'intégrité, autant Atiku, celui qui fut douanier dans une autre vie avant de faire fortune dans le monde des affaires, traîne une réputation sulfureuse, pour ne pas dire plus. Finalement qui donc gravira avec succès la colline du pouvoir ?

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Plus de: L'Observateur Paalga

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