18 Février 2019

Sénégal: Focus sur les 5 candidats à la présidentielle sénégalaise

Le dimanche 24 février prochain, les Sénégalais procéderont à l'élection de leur président de la République. Une élection à laquelle concourront 5 candidats. Focus sur les profils des prétendants au trône.

Macky Sall, quitte ou double

Président sortant, Macky Sall a le bilan économique avec lui. Avec un taux de croissance variant entre 6 et 7% depuis son accession au pouvoir, il est inattaquable sur ce dernier point. Ses concurrents l'ont très bien compris d'ailleurs, car ils ne parlent pas d'économie.

Le principal reproche que lui font ses opposants c'est « l'instrumentalisation de la justice et la mauvaise gouvernance ». En effet, depuis le magistère de Macky Sall, la justice s'est distinguée par un abaissement sans précédent.

Le pouvoir judiciaire a été très instrumentalisé par Macky Sall pour éliminer ses adversaires politiques comme Karim Wade, candidat investi par le Parti démocratique sénégalais de l'ancien président Abdoulaye Wade, et Khalifa Ababacar Sall, maire de Dakar révoqué par le président Sall. Tous les deux sont condamnés et empêchés de concourir à la présidentielle.

Au même moment, plusieurs de ses ministres et directeurs de sociétés publiques et parapubliques sont épinglés pour leur gestion pas vertueuse par les corps de contrôle de l'Etat. Et ceux-ci ne sont pas inquiétés par la justice. Ce sont ces deux aspects, plus le chômage des jeunes qui risquent de jouer un sal tour au président sortant.

Parce qu'ayant réduit au strict minimum le nombre de candidats, il a involontairement ressuscité son ancien rival Idrissa Seck, qui était dans la pente descente. Ironie du sort, quand les deux étaient au pouvoir avec Wade, ce dernier avait utilisé Macky Sall, alors ministre de l'Intérieur, pour liquider politiquement M. Seck. Après avoir fini de faire le « sale boulot », Wade s'est retourné contre lui, mais avec moins de succès car Macky Sall enverra Wade à la retraite en 2012. Aujourd'hui, c'est par les vicissitudes de la politique que Macky Sall a placé Idrissa Seck sur une courbe ascendante.

Idrissa seck, l'as de la parole

Ancien premier ministre de Wade, Idrissa Seck est parmi les candidats de l'opposition le plus expérimenté. Fidèle parmi les fidèles de Wade avant de tomber en disgrâce et de séjourner en prison pour une question de détournement de deniers publics, avant d'être blanchi par la justice. Il en est à sa 3ème tentative.

Economiste passé par HEC, Sciences Po Paris et la prestigieuse université américaine de Princetowm, l'homme est âgé de 59 ans et semble être assagi. Maniant à merveille le verbe, M. Seck est un as de la parole. Inégalable dans ce domaine par ses concurrents, il est aussi crédité d'être compétent.

Ces proches le décrivent comme méthodique et rigoureux. Craint par certains, il suscite à la fois rejet, admiration et fantasme. L'actuel président de la République dira de lui qu'il a un goût du commandement. En d'autres termes, un homme ferme qui ne supporte pas que ces décisions soient contrariées.

C'est cette fermeté qui fait que beaucoup de ses partisans pensent qu'il est l'homme de la situation, face à la frilosité du président Macky Sall de sanctionner certains de ses collaborateurs dont la gestion est aux antipodes de la bonne gouvernance. Une faiblesse qui ne rime pas avec diriger un pays.

Se positionnant comme le principal challenger de Macky Sall, Idrissa Seck a réussi à rallier à sa candidature, à l'exception notoire du Parti démocratique sénégalais, tous les candidats recalés par le Conseil constitutionnel, sans oublier le maire révoqué de Dakar, Khalifa Ababacar Sall. Candidat de la coalition Idy 2019, qualifié de coalition « XXL », il risque de faire très mal à Macky Sall.

En effet tout dernièrement, le site ReseauNews, qui semble très bien introduit dans le milieu des services de renseignements sénégalais, citant ces derniers, soutient qu'un second tour entre Idrissa Seck et Macky serait inévitable selon « les hommes de l'ombres de l'Etat ».

Madické Niang, la surprise du parrainage

Compagnon de route de plus de 40 ans d'Abdoulaye Wade, l'amitié quasi fusionnelle entre les deux hommes, a volé en éclat en fin d'année 2018 quand Madické Niang a refusé d'obtempéré face à l'injonction de Wade qui ne voulait de sa candidature à la présidence de la République.

Avocat de profession, Madické Niang a d'abord était l'avocat de l'opposant Abdoulaye Wade. Et quand le fondateur du Parti démocratique Sénégalais (PDS) accède au pouvoir en 2000, M. Niang occupera diverses fonctions ministérielles.

Tour à tour ministre de l'Habitat, ministre de l'Énergie et des Mines, Ministre d'État, Garde des Sceaux, ministre de la Justice et Ministre d'État, ministre des Affaires étrangères, l'homme accumule une forte expérience dans la gestion des affaires de l'Etat. Député et président du groupe parlement « Les libéraux et démocrates » du Pds, il a démissionné de ce poste suite à ses bisbilles avec Wade.

Candidat de la coalition Madické2019, l'ancien ministre a surpris plus d'un en réussissant avec brio le passage de l'épreuve du parrainage citoyen, qui a vu plus d'une vingtaine de candidats recalés par le Conseil constitutionnel pour divers motifs.

Exclu du PDS pour avoir voulu être un « plan B » du parti qui avait comme candidat Karim Wade (condamné par la Cour de répression et de l'enrichissement illicite (CREI) à 6 ans de prison, et donc, disqualifié par le Code électoral (Ndlr), fils de l'ancien président, Madické Niang espère engranger les voix des militants du PDS. Un pari loin d'être gagné puisque ce parti ne soutien officiellement aucun candidat.

Issa Sall, le méticuleux

Informaticien formé aux Etats-Unis, Issa Sall est avant tout un professeur qui excelle dans son domaine. Très respecté dans le milieu, il est passionné d'arts martiaux et est pilote d'avion. Ayant fait une entrée fracassante au parlement sénégalais en 2017 après avoir terminé 4ème avec 4,69% des suffrages, Issa Sall s'est révélé comme la surprise de cette joute électorale.

Fondateur de l'Université du Sahel, une université privée sénégalaise très cotée, il est issu du Parti de l'unité et du rassemblement (PUR), fondé par Serigne Moustapha Sy, guide spirituel d'un mouvement musulman issu de la confrérie Tidiane.

D'ailleurs, Issa Sall n'est pas le président de ce parti, mais il a été choisi par Serigne Moustapha Sy pour diriger la liste aux dernières législatives. Juste avant la présidentielle, le marabout voulait avoir son dernier mot à dire sur le choix du candidat. Mais, il s'est heurté au refus catégorique des cadres qui lui ont sagement demander de s'occuper de la spiritualité et de les laisser gérer le parti.

Disposant de militants disciplinés et rompus à la cause du parti, il est le seul candidat qui peut se targuer, après le président sortant, de disposer d'un réseau très dense au niveau national. Mais il y a quelques jours, de violentes bagarres ont opposé ses militants à et ceux de la mouvance présidentielle.

Violence au cours desquelles un militant de la coalition présidentielle a été mortellement touché. Depuis, la garde rapproché d'Issa Sall a été désarmé par la Police nationale et mise sous les verrous.

Ousmane Sonko, le tribun

Agé de 44 ans, il est le plus jeune des 5 candidats. Ancien inspecteur des Impôts et domaines, il a des idées tranchées et un discours pas très policé. Se présentant comme un candidat « antisystème », il a déclaré qu'il va retirer le Sénégal de la zone CFA s'il est élu président de la République.

Accusé à tort ou à raison d'être un populiste, Ousmane Sonko est le Mélenchon sénégalais. Il parle sans filtre, donnant l'impressionnant d'être politiquement immature. Il a déclaré dans une vidéo que fusiller tous les Présidents qui ont dirigé le Sénégal ne serait pas un péché, suscitant un tollé de la classe politique et de la société civile.

Aussi tout dernièrement à propos du retour de la paix en Casamance (la partie sud du Sénégal ou une rébellion séparatiste sévit depuis 1982), il a déclaré que « si je suis élu président de la République, je ne négocierai pas avec mes oncles, mes papas et mes frères qui sont dans la brousse. J'irai les chercher et les ferai sortir de la brousse pour qu'ils reprennent leurs places dans la société et qu'ensemble nous travaillons pour la paix ». A l'entendre, il a la baguette magique et que les rebelles qui seraient ses parents n'attendent juste qu'il soit président de la République pour déposer les armes.

Ousmane Sonko s'est révélé aux Sénégalais par des accusations fracassantes contre le pouvoir sur des questions fiscales alors qu'il était en exercice. Accusé de manquement au devoir de réserve, il a été radié de la fonction publique par décret présidentiel. Ce qui l'a propulsé au-devant de la scène politique.

Depuis lors, il ne cesse de tisser sa toile et de monter en puissance. Politicien et fin manipulateur des masses, il caresse le rêve d'être adoubé par l'ancien président Abdoulaye Wade. Ce qui pose problème sur son positionnement d'antisystème.

Sénégal

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