18 Février 2019

Congo-Kinshasa: Le régime Tshisekedi, le programme commun et la reconstruction accélérée en RDC

La coalition CACH-FCC, prescrite par le Président Honoraire Joseph Kabila, et devant opérer sous la houlette du Président F.Tshisekedi, va composer un programme commun. Celui-ci va intégrer les matériaux programmatiques de ces deux plateformes politiques.

C'est le contenu de cet instrument gouvernemental qui est censé orienter la gestion de l'Etat durant les cinq prochaines années. Toutes nos vies en dépendront. Cependant, à ce sujet, il a été observé sur le continent Africain la triste réalité des programmes et projets d'Etat d'une criarde infécondité en termes de transformation fulgurante des sociétés.

Et, sans être pessimiste, il convient de relever que si en RDC c'est la première fois en 58 ans d'indépendance que l'opposition authentique exerce le pouvoir, dans beaucoup de pays Africains plusieurs leaders oppositionnels se sont succédé au pouvoir depuis des lustres. Cependant, malgré leurs critiques acerbes durant leurs luttes d'opposition, et malgré leur montée fulgurante aux manettes de l'Etat avec des programmes impressionnants, les percées éclatantes (comme celles du Rwanda), sont rarissimes. Au Benin, au Burkina-Faso, au Mali, en Guinée, en Gambie, par exemple, la transformation sociétale peine à se matérialiser. L'émergence et encore moins le développement sont encore des horizons presqu'invisibles.

En effet, beaucoup de ces programmes sont condamnés à la stérilité développementale essentiellement à cause du déficit en épistème gouvernologique. On y cerne la superficialité idéologique des politiciens et le réductionnisme des technocrates imbibés d'économisme. Ils n'intègrent pas le paradigme du Leadership FORT (Focalisation sur les Objectifs et les Résultats pour la Transformation) comme exigence absolue pour le développement holistique. Il en découle un hiatus de projection des programmes et projets dans le temps, et dans la finalité ultime de la mutation méliorative de nos sociétés. Ainsi, beaucoup de projets ont plus produit des profits faramineux aux apparatchiks des régimes et leurs affidés mercantilistes. Il y a eu très peu de retombées socioéconomiques au profit des populations.

C'est pourquoi cette cogitation propose une conception transformationaliste de la construction des programmes et projets d'Etat. A cet effet, elle explique comment le programme est consubstantiel au leadership d'Etat et est liéà la destinée d'une société. Ensuite, la cogitation récuse l'approche mécaniste et économiste. Elle illumine la normativité méta-programmatique. A ce niveau, un accent est placé sur les aspects idéologique, éthique et paradigmatique d'un programme politique. En conclusion, la cogitation suggère que le Président F.Tshisekedi peut apporter des innovations en management stratégique pour une reconstruction rapide et expansive de la RDC.

L'EPISTEME DES PROGRAMMES ET PROJETS D'ETAT AU REGARD DE LA DESTINEE D'UNE SOCIETE

Pour paraphraser Pierre Rosanvallon, gouverner ne se réduit pas à résoudre des problèmes courants, à prendre des décisions et à allouer des ressources aux besoins épinglés par les politiciens selon leurs seuls entendements. En Leadership d'Etat, gouverner un Peuple-nation c'est surtout éclairer son Esprit-Conscience sur sa propre société et sur le monde. Dans cette optique, le programme est un instrument de leadership d'Etat. Il porte les référents permettant audit Peuple de comprendre les repères et modalités du développement individuel et collectif (voir mon ouvrage intitulé : La Gestion Politique du Programme de Gouvernement, USALGA, Kinshasa,2017). Dans cette même perspective, le progrès d'un Peuple vers sa destinée est aussi fonction, dans le prisme hégélien, de l'éclosion de sa conscience aux réalités tant des contradictions que des possibilités nouvelles de chaque phase de son mouvement dans le temps. Sous cette lumière, dans les sociétés contemporaines, le gouvernement moderne opère avec des programmes d'Etat entendus comme les principaux instruments du leadership étatique dans sa mission de la direction du Peuple vers la conquête de sa destinée, durant chaque mandat.

Sous cette lumière, il est donc impératif de sortir de la conception réductionniste (assortie de déficience idéologique) et de la praxis mécaniste des programmes politiques en RDC. Les programmes politiques, notamment le programme électoral, le programme présidentiel ou le programme de gouvernement, ne sont pas des chapelets de promesses politiques séductrices des citoyens. Ils ne se réduisent pas aux outils de propagande électorale, encore moins aux documents de «formalité-rituelle» de validation du gouvernement par l'assemblée nationale ou l'assemblée provinciale (déjà traitée qui valide le programme mécaniquement). Un programme d'Etat (programme présidentiel ou programme de gouvernement) est en substance un instrument de Leadership FORT. C'est-à-dire un énoncé cohérent d'une double vision (vision-cognition et vision-ambition) sur la société, ses problèmes et leurs causes-conséquences ainsi que les modalités correctives et les solutions efficientes/effectives. Un programme politique est véritablement une thèse politique sur une société. Il articule, au regard d'un prisme idéologique précis, et sur base d'un arrière-plan théorique et éthique valide, des solutions-projets fondées sur une cognition véridique de ladite société (La Gestion Politique du Programme de Gouvernement, Chap.1. pp.25-62). Les actions/projets qui y sont conçus ne doivent pas être des fantasmes des politiciens ou des compositions technocratiques génératrices des rentes. Ils sont plutôt des choix stratégiques producteurs des résultats concrets en termes d'une meilleure existence pour les citoyens en phase avec les percées mondiales. Les programmes et projets d'Etat doivent élever la société, progressivement mais tangiblement, mandat après mandat, au niveau de la modernité contemporaine.

LA DIMENSION META-PROGRAMMATIQUE AU REGARD DE L'IMPERATIF DE LA TRANSFORMATION DE LA RD CONGO

La nouvelle dispensation, avec le CACH à sa tête, coiffée par l'UDPS qui a été en opposition pendant 37 ans, est censée être celle d'un changement substantiel et non déclamatoire. Ce changement impose fondamentalement une nouvelle praxis en leadership d'Etat (statemanship), en programmes et en projets d'Etat en RDC. Dans cette optique, la gouvernologie impose qu'un programme à visée transformationnelle porte deux strates : la strate méta-programmatique et l'armature programmatique elle-même. La strate méta-programmatique porte une triple fondation idéologique, éthique et paradigmatique. Leurs éléments sont repérables dans le corpus d'un programme (livre précité, chapitres 1-4).

Dans cette normativité, au plan idéologique le programme matriciel (présidentiel ou commun dans le cas du régime CACH-FCC) propose un faisceau d'idées phares sur la nation, l'Etat et la société. Il y est articulé ce que le leader d'Etat cerne comme l'état (psyché, émotion, aspiration) et la problématique quintessentielle de la nation, captés à un moment précis. Cette articulation de la problématique fondamentale a pour visée de fournir au Peuple un entendement de «l'Etre-Nation» qui enrichit la conscience collective. Au plan paradigmatique, le programme s'adosse aux concepts ou catégories sur lesquelles il y a concordance des vues des experts et scientifiques pour l'Emergence ou le développement d'une société du type de celle pour laquelle le programme est conçu. C'est le fondement scientifique du programme. Dans certains forums internationaux, dans les interactions diplomatiques avec ses homologues, ou devant certaines autorités des institutions internationales, la discursivité du leader d'Etat sur sa vision du pays doit nécessairement porter une certaine intelligibilité en termes des paradigmes dominants au plan international.

Au plan de l'éthique, le programme est tissé sur les valeurs cardinales de vérité et de justice. Les projets qu'il propose doivent être vrais et faisables et non des illusions conçues pour séduire le Peuple. Le programme doit être pétri de justice distributive. Les projets qu'il propose méritent d'être disséminés de manière équitable sur tout le territoire national. En outre, le programme doit absolument promouvoir des valeurs au regard des déficiences morales prépondérantes pour la transformation de l'homme, par rapport à la destinée de la nation. Des actions précises relatives à la promotion et la pratique des valeurs devraient être conçues. C'est cette voute superstructurelle (normative) qui est souvent oubliée par les politiciens en fonction gouvernementale et certains «intello-programmeurs» souvent improvisés.

Concernant l'armature programmatique proprement dite, cet instrument articule : (1) la vision générale et sa prima ratio (2) les axes stratégiques référentiels, (3) les objectifs-génériques, (4) les actions-projets par secteur, et (5) projette les résultats/impacts concrets et quantifiables. Ceux-ci indiquent comment la société, dans un laps de temps précis, va être impulsée vers ses horizons de progrès. Les modalités d'évaluation permanente de la matérialisation du programme doivent nécessairement être articulées. Il est indispensable que tous ces paramètres soient arrimés au cadre logique national et international (notamment au Plan National Stratégique de développement en conjonction avec la Vision Africa 2063). Cependant, le programme commun matriciel doit nécessairement projeter des projets stratégiques et structurants. Ceux-ci doivent être précis, véridiques, réalisables dans le temps du mandat et surtout en conformité avec les budgets et les standards internationaux. Les jalons peuvent être jetés pour des projets à long terme.

Ainsi, dans le cas du régime CACH-FCC, il s'en suivra que : (1) le programme de gouvernement (ou des gouvernements) national se basera sur le Programme Commun Matricielle (PMC), (2) les programme des gouvernements provinciaux vont avoir comme cadre logique référentiel le PCM, et (3) les partenaires socioéconomiques vont aussi régler leurs programmes opérationnels et projets en fonction de ce que la nation Congolaise veut réaliser afin de progresser vers sa destinée. Ainsi, les actions-projets de l'Etat conjugués aux actions-projets bien ventilés des provinces et des partenaires socioéconomiques, combinés aux ressources aussi conjuguées, produiront une reconstruction mieux cordonnée, plus rapide et expansive.

CONCLUSION :

LE CHANGEMENT SUBSTIANTIEL PAR LE LEADERSHIP FORT ET INNOVANT POUR UN CONGO EMERGENT

La démocratisation est une transformation politique et historique réussie avec éclat. Les réformes macroéconomiques ont porté des résultats indéniables. Cependant, en 17 ans nous n'avons pas su finaliser un mégaprojet de réinvention du Congo, remodelant le système économique et reconfigurant la société. La RDC est toujours dans sa configuration sociale, infrastructurelle et économique d'essence colonialo-mobutiste. Nous n'avons pas été en mesure de construire une seule zone économique spéciale, alors que les Rwandais et les Ougandais en ont finalisé plusieurs (dont certaines portes des unités industrielles transformant les matières brutes congolaises!). En 58 ans nous n'avons pas su diversifier l'économie. Le cuivre, le cobalt, l'or (33 tonnes par an !), le diamant, sont exportés presqu'à l'état brut. Donc, le régime Tshisekediste adosséà la coalition CACH-FCC, doit être plus ambitieux. Il doit absolument apporter des projets « game-changers», catapultant la croissance vers l'émergence et impulsant une transformation remarquable de la RDC comme la société la plus moderne de l'Afrique Centrale d'ici 2023.

Il faut immédiatement concevoir les modalités de reconstruction hyper-accélérée et expansive dans tous les 145 territoires. C'est une obligation urgente du leadership d'Etat de tirer nos sœurs et frères d'une misère deshumanisante. Cette précarité est absolument inadmissible à cette phase de l'évolution du monde et de l'humanité. La logique du leadership transformationnel impose que dans cette complexité, le leader d'Etat enclenche une synergie de reconstruction. Elle va promouvoir la contribution des partenaires socioéconomiques nationaux et internationaux à la mutation substantielle et structurelle de la société. Il s'agit notamment des opérateurs économiques, des ONG de développement, des coopérations étrangères en RDC, des Eglises, de la Diaspora, des agro-industriels et industriels internationaux.

A cet effet, le Président F. Tshisekedi peut apporter une double innovation pour la reconstruction accélérée de la RDC. La première innovation peut consister à créer une cellule de Management Stratégique du PCM à la Présidence de la République (à l'instar de l'Office of Management and Budget «OMB» de la Maison Blanche). Elle sera chargée de coordonner le suivi et l'évaluation de l'exécution du PCM en conformité avec la vision du Président. Cela en conjonction avec le Gouvernement et la Conférence de Gouverneurs. La deuxième innovation consiste à mettre en place un forum pour la Reconstruction Accélérée par Actions Multipartites (Forum RAAM). Ayant des activités nationales et internationales, ce forum permettra une interaction permanente de l'Etat avec les partenaires nationaux et internationaux pour la synchronisation des efforts, des ressources et projets de propulsion de la reconstruction de la RDC. La RDC possède une vocation mondiale qui ne peut pas être écartée en faveur d'un souverainisme rentier instrumentaliséà des fins de conservation du pouvoir. Le régime Kabila a construit le fondamental. Il faut maintenant faire preuve d'un leadership innovant et opérant avec une vélocité efficiente pour amorcer la transformation fulgurante de la RDC en pays Emergent. Pas de justifications, pas d'atermoiements (funestes).

(Libre-penseur et écrivain)

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