18 Février 2019

Mali: Nouvelles mesures réglementaires à Kidal - En attendant les amputations et les flagellations publiques humiliantes

Photo: Le Pays
La ville de Kidal

Va-t-on vers l'instauration de la charia à Kidal ? C'est la question que plus d'un se pose. Car, dans un communiqué signé le 30 janvier dernier et rendu public récemment, la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) annonce de nouvelles mesures réglementaires pour la ville de Kidal.

Une batterie de mesures qui vont de l'interdiction de la vente et de la consommation d'alcool, à l'instauration d'un permis de séjour pour les étrangers, y compris pour les citoyens maliens dont l'admission dans la cité est subordonnée à la justification d'un tuteur local.

Le tout dans un contexte où le juge islamiste, le Cadi, se retrouve au centre du système judiciaire et où la réglementation s'étend à des domaines divers comme la circulation et les contrôles routiers, la sécurité, le port d'armes, l'hygiène, la santé, le foncier et le cadastre, les manifestations publiques et autres cérémonies traditionnelles qui sont désormais strictement encadrées et soumises à autorisation préalable des maîtres de Kidal.

C'est à se demander si la CMA n'est pas en train de réhabiliter le projet politique de Iyad Ag Ghali

Une véritable Constitution locale qui touche à des domaines qui relèvent généralement du pouvoir régalien de l'Etat, mais qui n'a visiblement que faire de l'autorité de Bamako.

C'est à se demander si la CMA n'est pas en train de réhabiliter le projet politique de Iyad Ag Ghali dont l'objectif affiché était d'instaurer un régime islamiste dans la partie septentrionale du Mali et d'y établir la charia. En tout cas,

il ne reste plus que les amputations, les lapidations et autres flagellations publiques humiliantes pour que la boucle soit bouclée. Car, avec le retour progressif annoncé de l'Etat, l'on croyait que Kidal s'alignerait sur les règles de la République.

Mais tout porte à croire que c'est le contraire et que la capitale des Ifoghas est en train de se donner tous les attributs d'un Etat autonome. En cela, il est d'ailleurs difficile de voir en quoi les rebelles de la CMA sont différents des djihadistes qui cherchaient à instaurer la charia et à fonder un califat dans le Nord du Mali.

En tout cas, certaines de ces mesures ne sont pas loin d'être une atteinte à la laïcité dont se réclame pourtant la République du Mali.

Et si l'instauration de ces nouvelles règles vise, entre autres, à pallier l'absence ou la faiblesse de l'Etat, cette décision de la CMA ne peut que renforcer la réputation de ville rebelle que traîne la capitale du Nord-Mali qui est en train de faire la preuve qu'elle est un Etat dans un Etat.

Autrement, l'on ne comprend pas que de telles décisions émanent d'une autorité locale qui semble faire fi de l'autorité centrale dont le silence sur la question, semble, du reste, en dire long sur son embarras et son impuissance face à la situation.

Car, depuis l'invasion djihadiste en 2013, Kidal, fief de la rébellion touarègue, s'est érigée en forteresse inexpugnable qui échappe totalement au contrôle du pouvoir de Bamako.

Et aujourd'hui encore, au-delà de sa présence symbolique, l'administration malienne a toutes les peines du monde à exister et à affirmer son autorité dans cette ville tenue de main de maître par les rebelles de la CMA qui y dictent leur loi.

Et les autorités intérimaires qui ont été réinstallées au forceps, ne semblent pas avoir une grande marge de manœuvre à l'effet de faire bouger les lignes dans le sens d'un retour en force de l'Etat dans cette partie du pays.

Il est temps, pour les Maliens, d'enterrer définitivement la hache de guerre

Et tout porte à croire que demain n'est pas la veille de la reconquête de cette ville qui ressemble à un furoncle sur les fesses de Bamako. Une situation rendue encore plus improbable avec la présence militaire française dans la ville, qui crée un flou qui ne permet pas de cerner véritablement tous les contours du problème.

En tout cas, l'on a souvent de la peine à comprendre d'où vient l'impuissance de Bamako à dompter et à soumettre la ville rebelle. Toutefois, le retour à la paix au Mali, passe aussi par la résolution de l'énigme Kidal qui s'annonce comme un impératif pour Bamako.

Car, si d'autres régions devaient emboîter le pas à la ville rebelle sans une réaction appropriée, c'est l'Etat malien lui-même qui serait fortement menacé dans ses fondements et dans ses fondations.

Et la situation est d'autant plus préoccupante que la CMA n'envisage pas de limiter lesdites mesures à la seule ville de Kidal, mais, à long terme, à toute la région qui est sous son contrôle. C'est dire si les rebelles sont allés assez loin dans la défiance de l'autorité de Bamako pour que cela ne laisse pas les autorités sans réaction.

En tout état de cause, il est temps, pour les Maliens, d'enterrer définitivement la hache de guerre et de travailler résolument à la réunification du pays.

Car, si la situation devait aller de Charybde en Scylla dans le Nord du pays, il faut craindre que les fondamentalistes islamistes, qui sont sur le chemin de la déroute en Syrie, ne trouvent dans ces contrées du Sahel, véritable ventre mou de la lutte contre le terrorisme dans le monde, une terre de repli pour se reconstituer des forces à l'effet de repartir à la conquête de nouveaux espaces.

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