Nigeria: Présidentielle - Quand le général se fâche

Photo d'illustration

Le président Muhammadu Buhari a-t-il lui-même été mis devant le fait accompli ? 72 heures après le report, 6 heures avant l'ouverture des bureaux de vote, des élections générales par la commission électorale nationale indépendante (INEC), le candidat à sa propre succession est sorti de son silence mais aussi de ses gonds.

Au cours d'une réunion de son parti, le All Progressives Congress (APC), tenue ce lundi, il a en effet fustigé ce report d'une semaine et menacé par la même occasion ceux qui voudraient tricher.

Un courroux ô combien légitime que ne manqueront pas de partager candidats et électeurs obligés de jouer malgré eux des prolongations. D'autant plus que, selon le président, toutes les ressources nécessaires avaient été mises à la disposition de l'INEC qui d'ailleurs n'en est pas à son premier forfait.

Déjà en 2010 le scrutin, prévu pour novembre, avait été reporté de 5 mois et en 2015 les électeurs avaient dû patienter pendant 6 longues semaines avant de pouvoir exprimer leur choix.

Mais cette fois il faut reconnaître que chief Mahmood Yacoubou et son staff ont vraiment fait fort, car c'est pratiquement au seuil du bureau de vote que certains ont appris la nouvelle, avec ce que cela comporte comme désagréments pour ceux qui s'étaient rendus dans leur fief pour accomplir leur devoir civique. Et que dire des pertes pour l'économie nationale qui se chiffreraient à plus d'un milliard de dollars...

Pour sa défense, l'Inec invoque, entre autres, des soucis logistiques imputables aux mauvaises conditions climatiques qui auraient compliqué l'acheminement du matériel électoral dans de nombreuses localités et les incendies qui ont ravagé trois antennes locales de l'institution.

Mais quand bien même ces raisons seraient valables, ce n'est pas à la veille du vote qu'on s'en serait subitement rendu compte. «Il va falloir expliquer un tel niveau d'incompétence à la nation», peste le locataire d'Aso Rock.

Difficile cependant de le suivre sur toute la ligne quand il crie à la fraude, car même s'il n'a pas brossé le portrait robot du tricheur, nul ne peut ignorer que sur les 73 prétendants à magistrature suprême seuls deux ont des chances de l'emporter.

Son principal challengeur, Atiku Abubakar du Peoples Democratic Party (PDP),ne pouvait, dès lors, que se sentir morveux.

De plus, Buhari ayant, de son propre aveu, déjà ordonné à la police et à la gendarmerie de se montrer sans pitié pour les voleurs d'urnes et perturbateurs de scrutin de tous poils, ses contempteurs ont vite fait d'y voir le retour du général putschiste qui avait dirigé le Nigeria d'une main de fer de 1983 à 1985.

Il faut dire que cette posture est assez étrange puisqu'en règle générale, c'est plutôt sur les tenants du pouvoir que planent tous les soupçons. C'est bien eux et leurs affidés qui sont régulièrement suspectés d'orchestrer trucages et hold-up électoraux, comme on l'a vu récemment en RDC.

Alors que les Nigérians devaient, à l'heure actuelle, connaître le nom de leur nouveau président, les voici obligés d'assister à des joutes supplémentaires de plus en plus virulentes, les deux camps s'accusant mutuellement de vouloir saboter le scrutin. Autant dire que la semaine de bonus risque d'être longue.

Et avec ces propos au vitriol balancés de part et d'autre de la ligne de démarcation, il faut craindre que les lendemains électoraux soient particulièrement tendus, voire surchauffés.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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