20 Février 2019

Burkina Faso: Procés du putsch manqué / Raboyinga Kaboré - « L'attaque du camp Naaba Koom II était une action de dissuasion chirurgicale»

Les colonels-majors Léonard Gambo, Raboyinga Kaboré, respectivement directeur de la coopération militaire et chef d'état-major de l'armée de terre au moment des faits ont comparu le 19 février 2019 à la barre du Tribunal militaire.

Tous deux ont soutenu, contrairement au général Gilbert Dienderé et aux autres accusés, que la hiérarchie militaire s'était opposée à la prise du pouvoir par la force le 16 septembre 2015 et jours suivants.

Ils occupaient tous deux des postes stratégiques au sein de l'armée burkinabè en 2015. Ils ont donc été convoqués pour dire ce qu'ils savent des évènements du 16 septembre 2015 et jours suivants.

Il s'agit du colonel-major Léonard Gambo, directeur de la coopération militaire et de son frère d'armes, le colonel-major Raboyinga Kaboré, chef d'état-major de l'armée de terre au moment des faits.

Après un bref passage du premier cité en sa qualité de témoin, le colonel- major Raboyinga Kaboré a été appelé pour donner sa version des faits.

Selon ses explications, il faisait partie de ceux qui ont conclu et planifié et manœuvrer pour que l'attaque du camp Naaba Koom II ait lieu.

Comme le rapport de force n'était à la faveur des troupes loyalistes, explique l'ex-chef d'état-major de l'armée de terre, il fallait avoir des stratégies.

Et cette stratégie a consisté à faire diversion pour gagner du temps, provoquer des défections au sein des éléments du RSP et prendre possession des soutes à munitions et autres armes qui étaient sous le contrôle de ces derniers.

Lorsque toutes ces conditions ont été réunies, l'attaque a été planifiée en deux phases. La première a consisté à lancer une pate chaude au sein du camp Naaba Koom II avant que les troupes au sol procèdent au ratissage.

Et la consigne était claire : éviter qu'il y ait des pertes en vies humaines et des dégâts matériels, selon les explications de l'officier supérieur Raboyinga Kaboré. Pour réussir cette mission délicate, confie-t-il, il fallait éviter de tirer sur les soldats « ennemis », sauf cas de légitime défense.

C'est ainsi que le premier coup est parti. Ce qui a permis d'obtenir la fuite des combattants du camp Naaba Koom II et la progression des troupes au sol pour le ratissage. Ce travail a permis, après des fouilles minutieuses, de faire un bilan de 0 mort, explique l'ex- CEMAT.

« Le général a dit, dans une de ses auditions, qu'il doutait de l'information selon laquelle il n'y a pas eu de mort après les tires sur le camp Naaba Koom II. Vous dites qu'il n'y a pas eu de mort. Comment cela a-t-il été possible ? », interroge le parquet.

« Un travail de réflexion a été fait avant l'attaque », a répondu le témoin. A l'en croire, ce travail a consisté à faire des calculs, des analyses pointues afin de minimiser au mieux les risques.

« Mon colonel, avez-vous procédé au tir parce qu'il y avait des éléments qui refusaient le désarmement ? »

Affirmatif, indique le colonel-major.

« Quel a été l'apport du commandant Aziz Korogo ? »

« Pour avoir le rapport de force à notre faveur comme je l'avais dit, il fallait actionner certains leviers.

Il fallait d'abord démobiliser certains éléments du RSP. En la matière il a été très coopératif. « Nous lui avons demandé de passer un certain nombre de messages.

Ce qui a permis d'obtenir des défections au sein des éléments du RSP. A mon avis, il a eu le sens du discernement », soutient le colonel-major Raboyinga Kaboré.

« Le commandant Abdoul Aziz Korogo a dit qu'à un moment donné, il voulait quitter le RSP mais la hiérarchie militaire lui avait demandé de rester. Est-ce vous qui le lui avez demandé ? », relance le parquet.

« Je n'en ai pas souvenance », indique le témoin.

Après un jeu de questions réponses entre le parquet et le témoin, les capitaines Ousseine Zoumbri, Abdoulaye Dao, le commandant Aziz Korogo, le colonel-major Boureima Kiéré, le général Gilbert Diendéré sont appelés à la barre pour des compléments d'informations.

Invités à dire ce qu'ils pensent par rapport aux déclarations du colonel- major Raboyinga Kaboré, les capitaines affirment n'avoir rien à dire.

« Je prends acte de ce qui a été dit. Je maintiens mes déclarations. Je suis resté en contact avec la hiérarchie militaire parce que j'avais des rapports de subordination avec le chef d'état-major de l'armée de terre au moment des faits », a fait observer Abdoul Aziz Korogo, chef de corps adjoint de l'ex-RSP au moment des faits.

Quant au colonel-major Boureima Kiéré, il dit maintenir ses déclarations. Il dit avoir eu des entretiens téléphoniques avec le colonel- major Raboyinga Kaboré lorsque ce dernier était allé à Koupéla.

Au cours de ces échanges, ce dernier lui a confirmé qu'il était en mission pour stopper les troupes qui faisaient mouvement vers Ouagadougou.

Cette information, ajoute l'accusé Boureima Kiéré, a été confirmée par le général Pingrénoma Zagré qui a reconnu avoir envoyé deux missions pour empêcher les troupes de descendre à Ouagadougou.

« Ils ont repéré le mouvement après », a laissé entendre le premier responsable de la sécurité de la présidence au moment des faits, considéré comme l'un des cerveaux du coup d'Etat manqué de septembre 2015.

Tout comme lui, le général Gilbert Diendéré, a indiqué que le colonel-major Raboyinga Kaboré a bel et bien collaboré avec ses hommes dès les premiers moments du coup de force.

« Il a même dit, au cours de la réunion du 17 septembre 2015, qu'il fallait tout faire pour que le coup réussisse. Il a dit que si le coup échoue, c'est l'échec de l'Armée. C'est une honte de l'Armée dans son entièreté », charge le général Diendéré.

Pour lui, les missions envoyé par le général Pingrénoma Zagré sur la route de Bobo-Dioulasso et celle de Fada N'Gourma avaient pour objectifs d'amener les troupes à faire demi-tour, c'est-à-dire à regagner leurs garnisons respectives.

En ce qui concerne les effectifs, on ne pouvait pas dire que le RSP avait plus d'effectifs que les éléments de l'armée, a fait observer le général Diendéré.

Appelé à la barre après les différentes interventions des accusés, le colonel-major Raboyinga Kaboré soutient que le bombardement du fief des soldats de l'ex-RSP avait pour seul but de les effrayer afin d'obtenir leur reddition. «L'attaque du camp Naaba Koom II était une action de dissuasion chirurgicale », a-t-il indiqué.

Burkina Faso

Le sous-secrétaire d'Etat americain au pays - Le « Monsieur Afrique » pourra-t-il attendrir Paul Biya ?

Le 18 mars dernier, le sous-secrétaire américain chargé des affaires africaines était en… Plus »

Copyright © 2019 Le Pays. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.