Burkina Faso: FESPACO 2019 - Cinquante ans après, les défis restent entiers

L'affiche (détail) officielle de la 26e édition du Fespaco qui aura lieu du 23 février au 2 mars 2019 à Ouagadougou, au Burkina Faso.
21 Février 2019

Qui succédera à « Félicité » du Sénégalais Alain Gomis au palmarès de l'Etalon d'Or de Yennenga ?

Réponse attendue le 2 mars prochain à Ouagadougou, la capitale du cinéma africain, où sera donné, demain, 23 février 2019, le clap d'ouverture de la 26ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) qui célèbre cette année son cinquantenaire sous le thème : « Mémoire et avenir des cinémas africains », pour « confronter notre mémoire et forger l'avenir du cinéma panafricain dans son essence, son économie et sa diversité».

Un jubilé d'or qui intervient dans un contexte particulier où le défi sécuritaire et celui de la fréquentation des salles s'annoncent comme les principaux challenges à relever.

Aussi, entre peur et passion du septième art, les cinéphiles burkinabè auront à cœur de prouver à leurs hôtes que le Burkina Faso est un pays sûr et demeure « une destination à ne pas manquer ».

En cinquante ans, du chemin a été parcouru

Et pendant que les Forces de défense et de sécurité (FDS) seront sur la brèche, il revient aux populations de respecter scrupuleusement les consignes de sécurité et de ne pas hésiter à dénoncer, le cas échéant, tout fait ou acte jugé suspect. Il y va de l'intérêt de tous.

En tous les cas, avec ce que les forces de sécurité ont donné à voir comme professionnalisme lors du SIAO qui s'était tenu concomitamment avec le Tour du Faso et les Récréâtrales en octobre et novembre derniers, l'espoir est permis que cette fois-ci encore, elles sauront tirer leur épingle du jeu. C'est tout le mal que l'on puisse leur souhaiter.

Ceci étant, depuis quelques jours, Ouaga la coquette s'est déjà parée de ses plus beaux atours pour la célébration de ces noces d'or du cinéma africain et le comité d'organisation a mis les petits plats dans les grands pour la réussite de cet événement qui s'annonce d'ores et déjà, comme un défi pour le peuple burkinabè tout entier.

Car, c'est à leur large adhésion et leur forte participation que les Burkinabè pourront prouver à la face du monde que malgré les épreuves, malgré l'adversité, ils restent un peuple debout et que la patrie des Hommes intègres est un pays fier, qui tient bon. A noter que cette année, le Rwanda est le pays invité d'honneur.

Vingt longs métrages provenant de 16 pays africains sont en compétition pour décrocher le Saint graal.

Le Burkina Faso qui court derrière la consécration suprême depuis l'édition de 1997 qui a vu le sacre de « Buud Yam » de Gaston Kaboré, est en lice cette année avec « Desrances » de Apolline Traoré et « Duga » (Les charognards) de Abdoulaye Dao et Hervé Eric Lingani.

Cela dit, en cinquante ans, du chemin a été parcouru par le cinéma africain qui a su, entre autres, tourner la page du misérabilisme qui le caractérisait si souvent, mais les défis restent entiers. Surtout en termes d'autofinancement, de production, de promotion et de distribution des films africains.

En effet, aujourd'hui encore, le FESPACO peine à assurer son autofinancement même si bon an mal an, le festival se tient régulièrement.

Pendant ce temps, les cinéastes africains sont toujours obligés de faire la manche pour boucler les budgets de leurs films ou ramener leurs ambitions à des proportions plus mesurées quand leurs projets ne restent pas tout simplement dans les placards ou au milieu du gué, faute de moyens financiers.

Aujourd'hui encore, il est difficile de dire que le cinéma africain nourrit convenablement son homme

Cela ne permet pas la pleine expression de leurs talents, encore moins de leur savoir-faire. Au même moment, toute la chaîne de distribution des films reste pratiquement à reconstruire.

En effet, c'est la mort dans l'âme que l'on a vu, depuis quelques années, les salles de ciné, dans la plupart des pays africains, se fermer inexorablement les unes après les autres avec pour seuls locataires des cafards et des lézards quand elles ne se sont pas transformées en lieux de cultes, en boutiques, en magasins ou en latrines.

Et la concurrence, entre autres du petit écran, la baisse du pouvoir d'achat des populations et l'éloignement des salles de cinéma quand elles existent, sont autant de faits qui amènent à se demander s'il ne faut pas repenser la distribution du cinéma africain.

D'autant plus qu'il ne fait pas de doute que le marché existe et que les Africains sont de plus en plus friands des films africains plus que de films venus d'ailleurs.

Malheureusement, aujourd'hui encore, il est difficile de dire que le cinéma africain nourrit convenablement son homme. Des acteurs aux réalisateurs, ils sont nombreux à n'être riches que de leur renommée. Pourtant, ils font aussi partie de ces ambassadeurs qui font la fierté du contient africain.

C'est pourquoi il est temps, pour le FESPACO, d'opérer sa mue, pour se transformer en une véritable industrie du cinéma. Si ce n'est pas sa vocation première, il est peut-être temps d'y penser.

Car, si aujourd'hui le cinéma nourrit son homme sous d'autres cieux, il n'y a pas de raison qu'au pays des Hommes intègres, qui est de surcroît la capitale du cinéma africain, il en soit autrement.

Car, à y regarder de près, c'est un secteur qui est potentiellement pourvoyeur d'emplois dans toute la chaîne de production et de distribution, et qui pourrait être d'un apport inestimable dans la lutte contre le chômage et la pauvreté.

En tout état de cause, face à la concurrence des films venus d'ailleurs, le cinéma africain n'a pas d'autre choix que de vivre ou mourir.

Dans le cas d'espèce, tout Burkinabè devrait se sentir concerné par ce jubilé d'or du FESPACO qui est l'un des événements qui font la renommée du pays à travers le monde.

A ce titre, un hommage appuyé et mérité sera certainement rendu aux devanciers qui ont su allumer la flamme.

Ce au moment où le Burkina porte toujours le deuil de certains de ses fils disparus qui ont récemment tourné la ... caméra à gauche, comme Missa Hébié et le « Maestro » Idrissa Ouédraogo, véritable icône du septième art à la réputation mondiale, dont l'ombre planera à coup sûr sur ce festival qui fait aujourd'hui la fierté de tout le pays. Que la fête commence, et qu'elle soit belle !

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