Sénégal: Election présidentielle - Un scrutin, deux particularités historiques

Un des trois bureaux de vote installés au dispensaire Santia Ba, à Ziguinchor, dans le sud du Sénégal, le 24 février 2019.

Plus de peur que de mal ! Abdoulaye Wade aura prêché dans le désert. Aucun Sénégalais n'a brûlé aucune urne et la forte affluence dans les bureaux de vote, hier dimanche, laissait augurer une bonne participation à ce scrutin présidentiel.

En tout cas, 95% des observateurs ont estimé à la mi-journée du 24 février que cette élection s'est déroulée dans de bonnes conditions d'organisation, de participation et de transparence.

A la fermeture des bureaux de vote le taux de participation, selon les endroits, oscillait entre 55 et 70%. Une participation supérieure donc au taux de 51,58% à la présidentielle de 2012.

A qui va profiter ce déplacement massif des Sénégalais dans les bureaux de vote ? A l'opposition, qui a réparti ses chances sur quatre candidats, ou au président sortant, qui mise sur une victoire dès le premier tour ?

Difficile de jouer au devin non sans faire remarquer cette tendance générale observée dans bien des pays qui fait profiter à l'opposition une forte affluence des électeurs aux urnes.

Macky Sall et sa coalition, Benno Bokk Yakaar, feront-ils mentir cette règle non écrite en réalisant le « un coup K.-O. » ? C'est-à-dire une victoire dès le premier tour ?

Il vaudrait mieux, pour le président sortant, qu'il en soit ainsi, car on n'a pas besoin d'être devin pour comprendre qu'un second tour serait très risqué pour lui, car, confronté à une probable alliance de ses opposants dans un « tout sauf Macky Sall », il pourrait mordre la poussière.

Vivement donc les résultats de cette présidentielle dont le caractère historique a résidé dans deux particularités.

Première particularité : les partis les plus anciens du Sénégal, qui ont été à l'avant-garde du multipartisme et d'une certaine maturité démocratique dont se prévaut le pays aujourd'hui, le Parti socialiste (PS) et le Parti démocratique sénégalais (PDS), n'ont pas eu de candidats à cette présidentielle.

C'est une première qui mérite d'être soulignée d'autant plus qu'il va influencer la vie future de ces formations politiques, en particulier celle du PS qui peine à exister à l'ombre de Macky Sall et de sa coalition, Benno Bokk Yakaar.

Pis, la rupture avec Khalifa Sall, l'emblématique ancien maire de Dakar, n'augure rien de bon pour son avenir.

Le PDS a eu lui, aussi, sa cohésion lézardée avec la candidature dissidente de Madické Niang qui s'est refusé à avaliser la patrimonialisation du parti par le paternalisme sans bornes d'Abdoulaye Wade.

L'option de ce dernier pour la candidature de son fils ou rien et aussi sa stratégie du boycott actif de cette élection ont plus que dérouté les cadres du PDS.

La deuxième particularité de cette élection présidentielle, c'est assurément les batailles judiciaires qui l'ont meublée en amont et conduit à la disqualification des candidats qui avaient les meilleures chances de battre le président sortant : Karim Wade et Khalifa Sall.

Les procès dont ils ont été l'objet et les condamnations qui s'en sont suivies, les mettant hors-course à cette présidentielle, ont quelque peu écorné l'image d'une démocratie mature que l'on se faisait du Sénégal.

De fait, Macky Sall, malgré ses dénégations, passe pour un démocrate à la petite semaine, un petit Machiavel à ses heures de réélection, capable de petits arrangements avec la justice pour écarter ses opposants les plus en vue.

Ainsi donc, s'il réalisait son rêve de se faire réélire dès le premier tour, il ne pourrait pas empêcher qu'on lui jette à la face l'assertion de Pierre Corneille : « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».

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Plus de: L'Observateur Paalga

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