24 Février 2019

Afrique de l'Ouest: Week-end électoral au Sénégal et au Nigeria - Sall tient la corde, Buhari dans les cordes

Photo: © Carine Frenk/RFI
Un des trois bureaux de vote installés au dispensaire Santia Ba, à Ziguinchor, dans le sud du Sénégal, le 24 février 2019.

Soixante-douze millions de Nigérians détenteurs de leur carte d'électeurs ont été appelés aux urnes le 16 février dernier pour élire simultanément leur président de la République, les membres du Sénat et ceux de la Chambre des représentants.

En dehors de la fausse note de la semaine d'avant avec le report inopiné de ces élections, on peut dire que tout s'est globalement bien passé, notamment en terme de participation, même si l'affluence est restée plutôt moyenne dans certaines villes, malgré les mesures de sécurité draconiennes autour des bureaux de vote.

Certes, il y a eu, comme à l'accoutumée, des violences dans certains Etats comme celui de Rivers et notamment dans sa ville portuaire de Port Harcourt, mais le bilan annoncé de 16 morts est presqu'anecdotique pour un pays de près de 200 millions d'habitants où on a régulièrement sorti les machettes à l'occasion de chaque scrutin.

Tout le monde devra jouer sa partition

L'heure est maintenant au dépouillement et à la compilation des résultats, et l'on saura dans les prochaines heures qui des 73 candidats en lice, présidera aux destinées de ce géant d'Afrique de l'Ouest pendant les 5 prochaines années.

Le président sortant, Muhammadu Buhari, a déjà annoncé, sans précaution langagière, sa victoire dès le premier tour, mais le boubou blanc gominé qu'il arborait à la sortie des urnes ne suffira pas à illuminer son bilan que beaucoup de ses compatriotes trouvent très mitigé.

L'ancien Général âgé aujourd'hui de 76 ans, peut naturellement compter sur le soutien quasi fanatique de ses frères de l'Etat de Katsina et plus globalement du Nord du pays, mais il a fort à faire cette fois-ci d'autant qu'il a présenté à ses compatriotes, un bilan en demi-teinte et surtout qu'il a comme principal challenger, un autre vieux routard de la politique, le septuagénaire Atiku Abubakar.

Ce dernier, également originaire du Nord musulman et précisément de l'Etat de l'Adamaoua, a aussi ses entrées dans le Sud chrétien, et si on ajoute à ces atouts son immense fortune, il est plus que probable qu'il contraigne le valétudinaire Muhammadu Buhari à un second tour à l'issue incertaine.

Espérons que leurs partisans respectifs sauront raison garder, et que leur soif légitime de victoire ne va pas plonger ce pays de la démesure dans une crise postélectorale et aggraver du coup la situation sécuritaire déjà très dégradée, au Nord comme au Sud.

Tout le monde devra donc jouer sa partition, et notamment la commission électorale déjà sur la sellette pour avoir multiplié les couacs avant et pendant le scrutin, mais qui pourra, pour ainsi dire, se racheter en proclamant des résultats effectivement sortis des urnes et non ceux conçus par des officines à la solde de l'un des candidats.

Il y va de la paix sociale au Nigeria, et il y va également de l'honneur du président sortant qui aurait tout à gagner s'il venait à reconnaître sa défaite en cas d'échec comme le fit, en 2015, son prédécesseur Goodluck Jonathan, au lieu de vendanger la réputation d'homme intègre et de patriote dont il jouit depuis qu'il a fait irruption sur la scène politique au début des années 80, à travers son coup d'Etat militaire qui avait balayé le régime de Shehu Shagari.

On saura dans les prochaines heures si, malgré sa maladie et son âge avancé, il a toujours assez de lucidité pour ne pas s'autoproclamer vainqueur de l'élection car, au Nigeria aussi, pardon, au Nigeria surtout, une contestation des résultats peut déboucher sur des tueries de masse, comme celles de 2011 qui ont fait près de 1000 macchabées, à l'annonce de la victoire de Goodluck Jonathan sur l'actuel président.

Du menu fretin face à Macky Sall

Cela dit, si le président Buhari est toujours sur le ring et peut-être même dans les cordes, son homologue sénégalais roule, quant à lui, sur du velours et à brides abattues vers une victoire dès le premier tour, puisqu'il a réussi le tour de force de phagocyter le Parti socialiste et d'écarter de la course ses rivaux de poids que sont le maire de Dakar, Khalifa Sall et le fils de l'ancien président, Karim Wade.

Il ne reste plus en lice que du menu fretin, pour ainsi dire, face à un Macky Sall grandissime favori, avec les performances économiques indéniables que le Sénégal a enregistrées depuis son élection à la tête du pays le 2 avril 2012.

Pour départager les cinq candidats en lice, il y avait foule, hier, dans les bureaux de vote, en dépit des manœuvres de sabotage et du boycott ouvertement prôné par certains leaders de l'opposition.

C'est tout à l'honneur de la démocratie sénégalaise qui passe pour être l'une des plus abouties du continent, car il y a rarement eu des affrontements sanglants après la proclamation des résultats pour se disputer la victoire.

Même s'il n'y a quasiment pas de suspense dans ce scrutin au regard du nombre inhabituellement bas de candidats et de leur poids politique, les 4 outsiders ne désespèrent pas de sortir le sortant à l'issue d'un improbable second tour qui pourrait avoir lieu le 24 mars prochain.

Idrissa Seck et Madické Niang ne font plus visiblement rêver les Sénégalais, alors que Issa Sall et Ousmane Sonko sont presque des novices en politique et n'ont pas encore de solides relais à travers le pays.

Certes, ils peuvent compter sur les déçus de l'actuel système au pouvoir et sur les partisans des recalés comme Khalifa Sall, mais cela ne suffira pas à contrarier la volonté des militants du parti au pouvoir et de ses alliés de voir Macky Sall garder les manettes et conduire le "plan Sénégal émergent" qui permettra, selon ses concepteurs, d'accélérer la croissance économique et d'améliorer les conditions de vie des populations sénégalaises.

C'est donc à une élection sans grand enjeu qu'on a assisté, hier, et les seules inconnues jusqu'à l'heure où nous tracions ces lignes, sont le taux de participation et le score du vainqueur.

On espère que les perdants ne joueront pas au lépreux en tentant de mener un combat d'arrière-garde qui consiste à créer une crise postélectorale inutile et extrêmement dommageable à l'image de cette démocratie sénégalaise dont tous les Africains sont fiers.

Si au Nigeria et au Sénégal, les résultats définitifs proclamés à l'issue de ces élections sont acceptés de tous, l'Afrique de l'Ouest aura démontré qu'à quelques exceptions près, elle est un modèle de démocratie et d'alternance à suivre, notamment pour les autres régions du continent où l'expression démocratique est encore au stade du balbutiement.

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